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Sous le voile
Deborah Rodriguez
est américaine, native du Michigan. Elle a toujours vécu
aux Etats-Unis où elle exerce le métier de coiffeuse
jusqu’au jour où elle débarque à Kaboul,
en 2002, avec une association humanitaire. Elle veut échapper
à un mari jaloux et violent et souhaite aussi se rendre utile
et aider les autres. Malgré les difficultés et le
danger de la vie en Afghanistan, elle trouve sa place dans une capitale
dévastée, où les femmes sont les premières
victimes de la politique des talibans tout d’abord, puis de
l’extrême précarité de la vie et de la
conception afghane des relations hommes-femmes.
« Ma première impression de Kaboul fut celle d’une
ville grise. Les murs en ruine, les maisons de brique, jusqu’aux
vêtements des gens et au ciel chargé de poussière,
tout semblait être de la même couleur. Les routes elles-mêmes
étaient de longues bandes de boue grise, avec quantité
de trous, des tas de pierres et de terre, et quelques rares zones
plates. »
Elle n’a aucune formation médicale et, dans les premières
semaines qui suivent son arrivée, Deborah Rodriguez se sent
complètement inutile. Puis, en arpentant la ville, en rencontrant
des femmes américaines, européennes puis afghanes,
elle se rend compte qu’il n’y a aucun institut de beauté
dans la capitale afghane, alors qu’il y en avait beaucoup
avant l’arrivée des talibans qui les ont tous supprimés.
Ces lieux étaient à leurs yeux des endroits incontrôlables,
strictement réservés aux femmes, donc entièrement
interdits aux hommes, y compris aux maris des esthéticiennes
! Elle se rend compte que, sous les burqas, ces prisons de toile
ambulantes, les femmes aiment être belles, prennent un immense
plaisir à soigner leurs cheveux, à se maquiller et
à porter des vêtements seyants et colorés. Elle
visite des salons à l’abandon qui ont fermé
leurs portes depuis plusieurs années, d’autres, clandestins,
qui ouvrent timidement.
« A l’intérieur, c’était plus
petit et plus sombre, à peine plus grand qu’une salle
de bains. […] Sur un mur, je crus distinguer des capes bleues
accrochées à des patères, avant de m’apercevoir
que c’étaient des burqas que les femmes avaient enlevées
en entrant. Mis à part ces quelques différences, il
régnait la même atmosphère chaleureuse que dans
les salons américains. On entendait des voix de femmes, des
rires de femmes ; on sentait qu’elles se détendaient
entre elles, se racontaient leur vie et celle de leur entourage.
Peut-être était-ce d’ailleurs la véritable
raison pour laquelle les talibans s’étaient si vigoureusement
opposés aux salons de beauté. Pas parce qu’ils
transformaient les femmes en prostituées ou servaient de
couverture à des maisons de passe, comme ils le prétendaient,
mais simplement parce que ces endroits permettaient aux femmes d’échapper
au contrôle des hommes. »
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Elle
a alors l’idée de créer à Kaboul
une école unique en son genre où les femmes
pourraient suivre une formation d’esthéticienne
et deviendraient, par là même capables de prendre
leur vie en main et de devenir indépendantes financièrement.
A force d’énergie et de conviction, elle parvient
à convaincre de grands groupes de cosmétiques
américains à lui fournir des produits, elle
arrache aux autorités la permission de créer
cette école, elle trouve une première maison
pour s’installer et recrute ses premières élèves
qu’elle forme et qui pourront ensuite l’épauler
pour former d’autres femmes. Sa première école
ouvre à Kaboul en 2003.
Tout cela ne se fait pas sans peine ni déconvenue,
mais Deborah Rodriguez s’accroche, utilise aussi les
nombreuses connaissances et amitiés qu’elle lie,
y compris le marin afghan qu’elle épouse, pour
concrétiser sa folle idée de départ. |
C’est
ce cheminement qu’elle raconte dans son témoignage,
qui se lit avec un très grand intérêt du début
jusqu’à la fin, un récit fait de rencontres,
de luttes, d’amitiés nouées avec de nombreuses
femmes auxquelles elle donne de l’espoir, et avec des hommes
qui l’aident aussi à leur façon. C’est
aussi, par un biais inattendu, une manière de raconter la
vie en Afghanistan aujourd’hui, à l’écart
de ce qu’on lit habituellement sur le pays, d’approcher
les femmes au cœur de leur intimité, de leurs rêves,
de leurs désirs d’émancipation, de soulever
le voile désespérant dans lequel on voulait les tenir
prisonnières.
Catherine
Gentile
(septembre 2007)
Catherine
Gentile est documentaliste, formatrice en littérature
jeunesse, présidente de l'Association du Festival du Livre
de jeunesse et de bande dessinée de la ville de Cherbourg-Octeville
et auteur de Bulles en stock (Bibliographie
sélective et commentée de bandes dessinées,
ed. Cedis, 1999) ; elle a aussi chroniqué littérature
de jeunesse et bande dessinée dans la revue Inter CDI pendant
plus de quinze ans.

http://www.pressesdelacite.com/degroote/index.html
Littérature
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