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« Cette terrible vie errante et mystérieuse
»
Il y a un point
commun entre Joseph Vacher et son (presque) homonyme surréaliste
Jacques Vaché : leur œuvre est demeurée à
un stade embryonnaire – en l’occurrence celui de lettres
et d’écrits épars – qui suffit à
éclairer leur trajectoire foudroyante. La comparaison s’arrête
cependant ici, car celui qu’on surnomma « Le tueur de
Bergers » occupe définitivement une place à
part au Parnasse du crime plutôt qu’à celui de
la Poésie.
Si l’on
s’en tient aux quelques éléments de sa biographie,
on apprend que ce sombre personnage fut attaqué par un chien
enragé à l’âge de sept ans. Qu’à
vingt-quatre ans, il tenta d’assassiner sa première
fiancée et, tout aussi infructueusement, de se suicider.
Qu’il fut interné à Dôle puis dans l’Isère,
pour se voir libéré, vraisemblablement guéri.
Qu’il sillonna allègrement la France entière,
de 1894 à 1897, laissant derrière lui les corps d’une
vingtaine de victimes, jeunes filles et adolescents, violés
et éventrés. Enfin, qu’il passa le réveillon
du 31 décembre 1898 à Bourg-en-Bresse, sur la planche
de la guillotine.
À quoi
bon ressortir le dossier d’un tel « cas » des
annales judiciaires fin-de-siècle ? C’est qu’en
plus d’une furieuse tendance au délire de persécution,
Vacher nourrissait une autre obsession : il était graphomane.
Non pas qu’il ait livré à la postérité
des mémoires, juteux à souhait, dans lesquels il évoquerait
son palmarès de vivisecteur inspiré. Mais son parcours
est clairsemé de messages, de graffitis, d’invocations
mystiques tracées à même la neige, de poèmes
brefs et d’épîtres hallucinées qui, rassemblés,
constituent une inquiétante cartographie scripturale de son
destin. Ici, une inscription à la craie que l’on déniche
auprès d’un cadavre fraîchement mis à
jour ; là, une annotation sur un carnet d’écolier
ou une maxime gravée au couteau sur son bâton de pèlerin
; plus loin encore, les pancartes que notre homme se plut à
brandir pour ponctuer son procès-spectacle, et dont l’ultime
clamait « Joseph Vacher, le grand martyr de notre société
».
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Ce
mélange d’aphorismes abscons et de courriers
de récrimination, rédigés maladroitement,
sans orthographe ni parfois syntaxe, nous permet de suivre
à la trace les piétinements concentriques d’un
esprit en butte à la folie. À ses divers correspondants,
Vacher adresse toujours son sempiternel lamento. Il revient
immanquablement sur la morsure fatale, la tragédie
avec Louise Barrand, les effets dégradants d’une
hypothétique opération aux parties sexuelles,
son traumatisme de devoir coucher, à l’asile,
sur un matelas de vermine. Une itération tragi-comique,
dont d’aucuns affirmeront qu’elle ne présente
qu’un intérêt anecdotique ou morbide. Mais,
à la lecture de la subtile préface de Philippe
Astières, on découvre comment ces textes furent
utilisés par Vacher dans sa défense et pour
l’élaboration de son mythe. Et surtout dans quelle
mesure il compta les exploiter pour leurrer les experts en
« clinique de l’écriture » chargés
de l’examiner. À ce petit jeu, Vacher ne fut
battu que d’une courte tête. Trop courte. |
Frédéric
Saenen
(novembre 2006)
Frédéric
Saenen, licencié
en philologie romane, professeur de français-langue étrangère,
auteur et poète, collabore à de nombreuses revues
de poésie ou de critique littéraire, en Belgique et
en France et participe régulièrement à des
lectures publiques. Depuis mai 2003, avec Frédéric
Dufoing, il anime Jibrile,
revue de critique littéraire et politique.
à
(re)découvrir
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Traité
du fouet, Général F-Amédée
Doppet
Editions A rebours
Zébrures
- Voici un petit format qui cingle comme un coup de cravache
bien placé. Et pour cause : le Traité
du fouet du (pseudo) Général Doppet
peut autant se lire comme un manuel érotique que comme
une publication édifiante destinée aux éducateurs
avertis. L’ambivalence de l’ouvrage repose sur
une surprenante prémisse : la pratique de la flagellation
aiguiserait les sens et, plutôt que de le réprimer,
exacerberait le désir. Parfait. Mais alors, s’étonne
notre moraliste haut gradé, comment se fait-il qu’une
telle autopunition se pratique régulièrement
dans les monastères ? Pire encore : pourquoi maintenir
ce châtiment dans les écoles alors qu’on
en connaît les conséquences ? Et le dénicheur
de paradoxes de plaider la nécessité de «
changer les peines qu’on inflige à l’enfance
et à la jeunesse ». La démonstration
se termine par un catalogue fort épicé et exhaustif
de préparations aphrodisiaques propres à remplacer
les verges – pour en exciter d’autres… F.S.
(février
2006) |

Chez
le même éditeur
Proses moroses de Rémy de Gourmont
catalogue
en ligne
| 
au
catalogue
Traité du fouet
du Général F. Amédée Doppet
Traité de chasteté
du Révérend D. Ren. Louvel
Messaline d'Alfred Jarry
Sainte Lydwine de Schiedam
de Joris-Karl Huysmans
Infernaliana de Charles Nodier
etc. |
"Les
Éditions À rebours, ainsi nommées
en hommage à Joris-Karl Huysmans, proposent aux lecteurs
des textes de littérature française et étrangère
aujourd’hui indisponibles.
À rebours de la production littéraire actuelle,
nous proposons aux curieux de redécouvrir des écrits
d’auteurs célèbres qui ont porté
la polémique au sein de la littérature et des
idées.
À rebours des œuvres les plus connues de ces auteurs,
il s’agit de mettre en lumière celles qui le
sont moins.
À rebours d’éditions accompagnées
d’apparats critiques, nous invitons des écrivains
contemporains à éclairer sur un ton subjectif
les œuvres en question. Nous pensons que ces écrits
du passé nous racontent aussi notre présent,
et qu’ils ne s’adressent pas seulement à
des érudits."
Ludovic Roguet |
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