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Avec Atta Yaqub, Eva Birthistle, Shabana Bakhsh
L’Amour
envers et contre tous
Qui sont nos
Romeo et Juliette du jour ? Casmin (Atta Yaqub) est pakistanais,
né à Glasgow, où il a grandi et étudié,
et où il travaille, le jour à l’épicerie
de papa, la nuit comme DJ en boîte ; il vit toujours chez
ses parents, d’honnêtes musulmans très croyants,
très pratiquants, qui ont déjà parfaitement
planifié son mariage avec sa cousine. Roisin (Eve Birthistle)
est irlandaise, blonde et indépendante d’esprit, pianiste
et professeur de musique dans une école hyper-catholique.
La musique, universelle, rapproche nos deux héros, qui se
découvrent vite beaucoup plus d’affinités :
crédibles ou non, la pianiste classique en chemise et le
DJ modern style s’aiment...
Just a kiss ? Un simple baiser ?... On le devine, rien
ne sera facile pour eux : pas question que Casmin vive avec une
non-musulmane, et l’annulation du mariage prévu causerait
la destruction de la famille, qui aurait à subir l’opprobre
de toute la communauté ; quant à Roisin, par ailleurs
jeune divorcée, le tyrannique prêtre de la paroisse
de l’école l’a bien mise en garde : vivre, hors
du mariage, avec un non-catholique, la mènerait à
la porte de l’école, sans travail.
Tragédie
des origines et conflit de générations
Il n’est
pas forcément question de haine entre les deux communautés
- et notre comparaison avec les Capulet et les Montaigu tombe déjà
à l’eau -, mais l’indifférence, de part
et d’autre, la fermeture d’esprit, la méfiance
se révèlent déjà de puissants obstacles
pour le couple déchiré. Ken Loach s’intéresse
moins au face à face entre deux cultures, qu’aux difficultés
éprouvées par ceux qui essayent de faire le lien,
brandissant coûte que coûte leurs idéaux de tolérance,
d’ouverture à l’autre, et surtout d’Amour.
Tahara, la petite sœur de Casmin, donne le ton dès le
début du film, par un vibrant exposé, devant sa classe
de jeunes écossais intolérants en chemise-cravate,
sur la vision occidentale des musulmans : fier produit pluriculturel,
elle revendique autant sa religion et ses origines pakistanaises
que son éducation occidentale, et dénonce avec émotion
ceux qui jugent, avec mépris et assurément sans connaître,
les cultures et sociétés musulmanes.
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Le
débat, le tiraillement dramatique des personnages sont
rapidement sensibles, et Ken Loach abuse un peu des péripéties
dans un scénario à rallonges qui abîment
l’intensité du final : happy end, ou...?
Le réalisateur attire l’attention sur la famille
pakistanaise, et s’attarde moins sur le racisme occidental
contemporain que sur le parcours tragique du père de
famille, Tariq, de l’Inde au Pakistan (en 1947), puis
à la Grande-Bretagne : ayant tellement souffert de/pour
sa religion, il rêve d’une vie calme, d’une
vie de famille unie dans le sentiment religieux musulman et
dans une grande maison toute neuve. Casmin pourra-t-il lui
dire non, au risque d’être renié par toute
sa famille, en la jetant dans le déshonneur, pour épouser
la femme qu’il aime? |
Deux ans après
son portrait tragique de l’adolescence miséreuse dans
Sweet sixteen, Ken Loach, moins inspiré,
confirme ici sa position de partisan de la rupture : la nouvelle
génération doit avoir le courage de se libérer
du fardeau des vieilles traditions oppressantes. Il faut savoir
dire non, le message de Just a kiss est clair.
Go West
?
Plus ambiguë
est la question de ce à quoi le jeune Casmin désire
dire oui : l’Occident, l’individualisme libre, à
tout prix, la culture des riches, où l’Amour règne
aussi politiquement-correct que dans un clip de Céline Dion,
une culture du Plaisir sans grand relief (tourisme-plage, boîte
de nuit, sexe)... Le débat de l’occidentalisation,
du modèle occidental, n’est apparemment pas celui de
Ken Loach ici, à moins que la jolie petite blonde (Roisin),
exigeante (pour ne pas dire autre chose) et larmoyante, pas très
convaincante dans les conversations compliquées, n’ait
été choisie non pour des effets esthétiques
dans les quelques scènes torrides du film (le beau ténébreux
et la blonde virginale), mais comme symbole de cet Occident inculte
qui ne s’intéresse au Pakistanais que s’il aime
la techno internationalement fade, s’habille à la mode,
et, of course, parle anglais (il peut garder l’accent,
rigolo quand même). Ken Loach anti-conservateur, certes, mais
peut-être aussi trop jeunophile, facile, superficiel (on pense
à la plate discussion entre les deux amants sur les différences
entre christianisme et Islam) : dans quelle mesure le réalisateur
se distingue-t-il de ses héros mêmes ? Cette intéressante
tragi-comédie pleine de bonnes intentions peut en tout cas
laisser le spectateur sur sa faim.
Nicolas
Cavaillès
(juin 2004)

http://www.screenonline.org.uk/people/id/458945/
http://www.bfi.org.uk/gallery/kenloach/contents.html
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