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Trois
voix
Femmes
de réconfort est un album singulier, et dans
le traitement
graphique et narratif, et dans le thème traité, que
beaucoup de lecteurs ignorent en fait : comment pendant la Seconde
guerre mondiale, l'armée japonaise a enlevé 200 000
femmes, coréennes principalement, et les a transformés
en esclaves sexuelles, pour les « besoins » de ses soldats
! Durant des décennies, ces femmes qui avaient été
battues et violées, se sont tues, gardant en elles ce traumatisme
violent et la honte. Et puis à partir de 1992, elles ont
décidé de parler, de se montrer au grand jour, de
manifester, d'exiger réparation auprès du gouvernement
japonais.
Depuis cette date, chaque mercredi, devant l'ambassade du Japon
à Séoul, une manifestation a lieu réunissant
des femmes victimes que l'on appelle les « Halmudy
» (femmes de réconfort), des associations féministes
et des citoyens. Pour que l'on n'oublie pas, pour que l'on dénonce
le sort fait aux femmes durant les guerres, toutes les guerres !
L'album de Jung
Kyang-a fait entendre trois voix. Il s'ouvre sur l'histoire de Jan
Ruff O'Herne, une femme hollandaise, qui vit aujourd'hui en Australie.
Elle a soixante ans et porte en permanence un chapeau, un chapeau
très haut. Son entourage pense qu'elle est folle de chapeaux
alors qu'en réalité, Jan les déteste. La vérité,
c'est que Jan dissimule un lourd secret sous cette coiffure inhabituelle,
un secret qu'elle a toujours caché, celui de son histoire
douloureuse. Elle vivait à Java durant l'occupation de cette
colonie hollandaise par l'armée japonaise. C'est là
qu'elle a été enlevée, emmenée dans
un camp et réduite à l'esclavage sexuel. En 1992,
en voyant à la télévision un reportage sur
des femmes coréennes manifestant et demandant réparation,
elle se décide à parler. Elle enlève son chapeau
et libère sa parole, sa souffrance, le lourd poids du silence.
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Jung
Kyang-a a été lauréate en 2001 du prix
Korea Publishing Cartoon Competition pour son premier manga
Padam Padam, qui racontait la vie
d'Edith Piaf. En 2003, le conflit en Irak la sensibilise à
l'impact des guerres sur les femmes et elle commence à
travailler sur Femmes de réconfort.
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La
deuxième voix, c'est celle d'Aso Tetsuo, qui était
médecin gynécologue pendant la guerre et qui
a dû examiner un groupe de femmes raflées par
les Japonais, afin de certifier leur bon état sanitaire
! Non pas pour le bien de ces femmes, mais surtout pour ne
pas contaminer les précieux soldats ! Il témoigne
sans passion, sans indignation non plus. Etonné des
ordres reçus alors qu'il était jeune médecin,
il s'exécute en loyal serviteur, fait son métier
et ne prend pas parti. Il explique le fonctionnement et l'organisation
des maisons closes, parle des femmes qu'il a côtoyées.
Un témoignage précieux mais qui met aussi parfois
mal à l'aise parce qu'il ne montre aucune passion,
aucune compassion.
Enfin, la troisième voix, c'est celle d'une vieille
femme chinoise, Lee Ok-Sun, née en 1927, enlevée
en 1942 et détenue comme « femme de réconfort
» durant trois ans en Mandchourie. Abandonnée
au moment de la libération de la Chine, elle se marie,
devient veuve, se remarie ensuite avec un Coréen, témoigne
de son passé d'esclave sexuelle en 1996 et part vivre
en Corée en 2000. |
Jung Kyang-a
construit ces trois chapitres comme des reportages dans lesquels
elle se met elle-même en scène en tant qu'enquêtrice,
lorsqu'elle part à la rencontre de ses témoins, et
procède ensuite par flash-back, pour dérouler le récit
de ces deux femmes ou du médecin. Elle se montre aussi d'une
très grande efficacité graphique, avec un trait épuré,
toujours au service de la narration, et un découpage très
travaillé, qui allie la simplicité et les ruptures.
L'album est presque entièrement dessiné en noir, gris
et blanc, ponctué parfois de quelques notes de couleurs qui
ne sont jamais là par hasard.
Un travail vraiment remarquable à saluer.
Catherine
Gentile
(décembre 2007)
Catherine
Gentile est documentaliste, formatrice en littérature
jeunesse, présidente de l'Association du Festival du Livre
de jeunesse et de bande dessinée de la ville de Cherbourg-Octeville
et auteur de Bulles en stock (Bibliographie
sélective et commentée de bandes dessinées,
ed. Cedis, 1999) ; elle a aussi chroniqué littérature
de jeunesse et bande dessinée dans la revue Inter CDI pendant
plus de quinze ans.

Entretien
en ligne
www.pastis.org/jade/2007-9-12/oct07/femmes_de_reconfort-interview.htm
http://www.audiable.com/
http://www.pastis.org/jade/
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dessinée
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