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Avec
Hassan Ben Mohamed, Laura Benson, Arié Elmaleh, Guillaume
Emmanuel, Cyril Guei, Brontis Jodorowsky, Jacques Martial, Alexis
Michalik, Pascal Oyong-Oly, Marc Ruchman
Du
8 au 20 janvier 2002
au Théâtre
de la Croix Rousse, Lyon
Théâtre
de la Croix Rousse, Lyon 4ème
renseignements et location
04 72 07 49 50
Choisir de monter
l'une des pièces les plus populaires de Shakespeare, qui
a connu de multiples adaptations (et pas toujours des plus heureuses),
est une véritable gageure, un défi lancé au
classicisme pompeux que l'on retrouve parfois dans des mises en
scène académiques et à la ringardise de certaines
adaptations musicales ou cinématographiques, qui ont la fâcheuse
tendance de simplifier à outrance une intrigue où
s'entrelacent une multitude de thèmes et qui ne peut se réduire
à une histoire d'amour qui tourne mal...
C'est pourtant bien l'amour qui est au centre des préoccupations
du dramaturge, lorsqu'il présente cette pièce en 1595.
Il y explore, à travers nombre de situations complexes, des
thèmes moraux qui lui sont chers (fatalité, responsabilité
humaine, passion et raison...) et s'interroge sur la valeur du désir
amoureux, nous donnant à voir des visions antagonistes du
sentiment. Dans cette adaptation, ces visions contrastées
sont parfaitement incarnées par plusieurs personnages : l'amour
rimant avec plaisir physique et pragmatisme pour la nourrice de
Juliette (Laura Benson, ridicule à souhait) qui n'hésite
pas à se faire maquerelle, la débauche sexuelle des
serviteurs et des compagnons de Roméo, la sagesse politique
de Père Laurent, ou encore les sinistres calculs de Capulet,
pour qui le mariage de Juliette et Paris est un pur arrangement
monétaire et dynastique. Dans le sentiment qui unit Juliette
à Roméo, l'on retrouve bien un mixe de tous ces ingrédients,
auquel s'ajoutent une touchante naïveté et une passion
destructrice : leur amour est "un éclair avant la
mort", métaphore brillamment rendue dans l'impétuosité
des très jeunes comédiens (Alexis
Michalik et Jennifer Decker), dans leur hâte à
consommer leur union, une fougue qui leur sera funeste ainsi que
le prédit Père Laurent : "On trébuche
à se précipiter"...
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Cette
fougue est omniprésente dans la vivacité et
l'inventivité d'une mise en scène qui s'affirme
dès le début comme exubérante et crue,
à l'image de la nudité de l'éclairage
qui accentue l'authenticité du jeu ; une mise en scène
qui, paradoxalement, se veut aussi dépouillée,
en témoigne la sobriété parfois glaçante
du décor, qui produit un effet de contraste plutôt
déroutant, mais en accord avec la nudité de
la scène élisabétaine et qui rappelle
l'atemporalité de l'histoire. Là, se succèdent
des joutes paillardes plutôt drôles, où
les comédiens semblent se faire autant plaisir que
Shakespeare en les écrivant, quelques danses et combats
bien chorégraphiées et des déplacements
scéniques rigoureux.
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©
Mario Del Curto
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Et pourtant,
malgré tout son élan, cette adaptation en frustrera
certains ; la comédie procure des émotions plaisantes,
soit, mais on aimerait pouvoir davantage respirer le souffle tragique
de l'oeuvre shakespearienne, ressentir les forces obscures du destin
s'acharnant sur les jeunes amants, et retrouver l'atmosphère
oppressante d'un texte qui est à la charnière des
comédies frivoles et des grandes et sombres tragédies...
Ceci, on ne l'éprouve que dans la douleur et l'impuissance
qui émanent du premier chant, où la scansion des vers
est en parfaite harmonie avec la hargne du rap, mais que l'on recherche
en vain dans le reste de la pièce. Car Irina Brook opte pour
l'humour là où l'on voudrait un peu de pathos, pour
la grivoiserie et l'obscénité là où
l'on aimerait une touche d'ironie dramatique et le burlesque là
où l'on s'attend à un semblant de terreur... Tout
cela donne une adaptation inégale, qui convainc beaucoup
dans le traitement comique, mais où la tragédie demeure
faiblarde, voire ennuyeuse ; Hélas ! le génie de Shakespeare
réside dans ce subtil mélange des genres, dans la
façon d'alterner harmonieusement les registres, mais lorsque
le burlesque prend le pas sur la tragédie, c'est aux dépens
des personnages et des situations, si démesurément
tournés en dérision que l'on remet presque en question
la vraisemblance de la mort de Mercutio (événement
pivot de toute la pièce, supposé faire basculer l'intrigue
dans le tragique et annoncer la chute prochaine des amants) ou la
sincérité des pleurs de Paris ou des amants.
Toutefois, nombreux sont les éléments de cette adaptation
travaillée qui sonnent juste, ne serait-ce que le choix courageux
d'inverser les prénoms des héros dans le titre de
la pièce, un choix dramatiquement fondé qui n'est
pas le fait d'un caprice féministe ; Shakespeare, lui, obéissait
à une convention sociale établie en citant Roméo
avant Juliette (tout comme il cite Antoine avant Cléôpatre
ou Troilus avant Cressida...), et pourtant, c'est bien la maturité
précoce de Juliette, ses intuitions et la fraîcheur
poétique de ses tirades qui l'emportent, face auxquelles
la maladresse, les vers ampoulés et l'inconstance du jeune
Roméo (n'oublions pas qu'en début de pièce,
il se meurt d'amour pour une autre...) ne pèsent pas lourd.
Disons que pour apprécier cette adaptation, qui a le mérite
de réconcilier Shakespeare et la jeunesse (au vu du petit
triomphe offert par le public), il est nécessaire de se libérer
de tout préjugé académique et ne pas manquer
d'ouverture d'esprit, mais il est regrettable, répétons-le,
que la dimension tragique en ait été gommée,
au point que l'on a trop souvent l'impression d'assister à
Trop de bruit pour rien...
B.
Longre
(janvier 2002)

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