Jonathan Strange & Mr Norrell
De Susanna Clarke

traduit de l’anglais par Isabelle D. Philippe
Robert Laffont, 2007

 

 

Fantastique noir

Contrairement à ce que pourraient laisser penser les commentaires de certains critiques qui ont salué la sortie de ce livre comme un super-Harry Potter, ce n’est pas un livre pour enfants. Par sa taille tout d’abord (plus de 800 pages), par sa complexité, par sa noirceur. L’histoire se passe au tout début du XIXe siècle, en Angleterre, pendant les guerres napoléoniennes que l’on suit de près durant certains épisodes (le héros accompagne les campagnes de Wellington). De nombreux passages sont très près de la réalité du temps (politique, littéraire, religieuse). En somme, c’est un roman historique très réussi et très documenté.


C’est aussi une histoire de sorciers, en un temps où la magie semble avoir disparu de Grande-Bretagne : les deux personnages principaux sont deux magiciens, l’un coincé, à cheval sur ses prérogatives et jaloux de son autorité, cherchant à préserver son savoir de toute diffusion, l’autre offre une image plus romantique, aventureuse et généreuse, mais elle aussi vouée à l’échec.
Leur parcours, lente affirmation de ses dons et combat laborieux pour la reconnaissance pour le premier, fulgurances du génie, des épreuves, des trouvailles et des rencontres surnaturelles pour le second, les amène, au-delà de la lutte commanditée par le gouvernement contre la France, à une lutte d’un autre type contre un génie du mal qui leur est a priori bien supérieur.

Fantastique, bals sataniques, combats navals et terrestres, morts vivants, femmes envoûtées, récits féeriques, rien ne manque à ce roman très inventif. C’est aussi un récit plein d’humour, qui propose de nombreuses digressions, des notes en bas de pages d’une longueur vertigineuse (pour un lecteur moderne), des références multiples et savantes tantôt sérieuses tantôt loufoques.
Un régal pour des amateurs de féerique qui aimeraient aussi les romans fleuves complexes et noirs (très noirs, comme la couverture et la tranche de ce beau pavé). Malgré un démarrage un peu lent, il est idéal pour remplir de longues journées de lecture.

Anne-Marie Mercier-Faivre
(juillet 2007)

Anne-Marie Mercier-Faivre est professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

http://www.jonathanstrange.com