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Histoire d'exil
Les
exilés de la mémoire est le premier
livre traduit en français de Jordi Soler, écrivain
mexicain qui se replonge ici dans son histoire familiale. Il est
plus particulièrement question de celle de son grand-père,
Arcadi, combattant républicain espagnol ayant fui au moment
de la chute de Barcelone. Commence alors pour cet homme qui, comme
ses frères d'armes, pensait rallier l'Espagne quelques mois
plus tard, un long périple à la fois épique
et tragique qui se termine par l'acceptation déchirante de
l'exil au Mexique.
Mais la première étape de ce périple, l'une
des plus douloureuses, confrontera le lecteur français à
un oubli, voire un déni sidérant d'un épisode
historique. Henri-François Imbert avait consacré un
film magnifique (No Pasaran) à ce trou de mémoire
collectif touchant l'existence des camps sur les plages d'Argelès-sur-Mer,
puis à Saint-Cyprien et Le Barcarès, où furent
regroupés plusieurs centaines de milliers de réfugiés
espagnols. Jordi Soler, se rendant à son tour sur ces lieux,
constate le même défaut d'empreinte historique, la
même absence hallucinatoire de souvenir dans ces hauts lieux
du tourisme de masse. Il semble toutefois que le tabou ait été
brisé en 1999 par les associations d'anciens républicains
espagnols (d'ailleurs, aujourd'hui, le site Internet de la ville
d'Argelès-sur-Mer fait état de cet épisode
de son histoire) à l'occasion du soixantième anniversaire
de la «Retirada» et du camp d'Argelès. Le récit
que nous livre Soler des conditions de vie dans ce camp, depuis
l'accueil brutal des Français à la frontière,
est effroyable : cloîtrée sans aucun abri sur la plage,
la centaine de milliers d'habitants forcés du camp subit
la rigueur des nuits (1939 fut un des plus froids hiver du siècle),
la sous-alimentation, l'absence d'eau potable et de services d'hygiène,
les maladies diverses qui se plaisent dans ces conditions, tout
cela sans avoir jamais aucune idée de ce qui les attend ou
de la durée de leur séjour. Soler rend également
un hommage appuyé à ceux qui, comme l'ambassadeur
mexicain en France, tentèrent tout ou presque pour arracher
les réfugiés à la misère du camp et
à la catastrophique politique de Vichy.
Dans la confusion suivant la débâcle, Arcadi parvint
à s'enfuir. Le récit des péripéties
qui parsemèrent son long voyage jusqu'au Mexique nous entraîne
alors dans une sorte de roman d'aventures où apparaissent
de nombreux personnages, à demi-réels à demi-rêvés,
tels l'ingénieur Cabezza Pratt vivant mille vies successives
dans la tourmente de l'histoire, de Cuba aux Etats-Unis, du Mexique
à l'Espagne. Quant à Arcadi, il finit par fonder avec
quelques autres réfugiés espagnols une plantation
de café au fin fond du Mexique, La Portuguesa, reflet séduisant
mais illusoire de la Catalogne perdue. Il fomente alors d'improbables
complots contre Franco et redécouvre, étonné,
dans les yeux de son petit fils, l'image du temps passé,
perdu, gâché.
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Jordi
Soler romance à loisir son autobiographie familiale,
sans doute aussi parce que le roman et l'imaginaire seuls
sont à même de rendre compte des soubresauts
gigantesques de l'Histoire à l'échelle des
existences, d'en combler partiellement les lacunes, les
incohérences. Si la mémoire défaille
et menace sans cesse de s'effacer, le roman lui offre du
moins un soutien et une arme, dont l'auteur use ici avec
talent. En transformant sa généalogie en matière
romanesque, l'auteur restitue éclat et dignité
à l'identité précaire des exilés
et de leurs descendants.
Jean-Baptiste
Monat
(avril 2007)
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Jean-Baptiste
Monat poursuit
des études de Lettres qui le mènent plus particulièrement
dans le domaine poétique français, et déambule
volontiers aux confins des genres littéraires, vers certaines
de leurs marges (la chanson notamment).

http://www.belfond.fr/
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