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Dans l’intimité
du Cantor
Une énième
biographie de Jean-Sébastien Bach ? Oui, mais une «
biographie à la première personne » : c’est
là la première originalité d’un ouvrage
qui – seconde originalité – n’a pas été
écrit par un « spécialiste », mais par
un « amateur éclairé », qui a passé
ses loisirs à effectuer des recherches sur le compositeur.
Voilà donc un double intérêt pour le lecteur,
puisqu’il saisit le personnage de l’intérieur,
et par la plume de quelqu’un qui manifeste non seulement sa
connaissance érudite, mais aussi ses affinités profondes
avec « JSB ».
Nous assistons,
bien sûr, à tous les épisodes plus ou moins
connus de la vie particulièrement dense de celui qui, né
à Eisenach dans une famille de musiciens éminents,
mourut à Leipzig dans la notoriété, après
tous les malheurs et les bonheurs d’un homme considéré
– il n’est pas inutile de le rappeler – comme
un employé et un serviteur. Il y a le premier voyage de l’orphelin,
à pied, à 15 ans, jusqu’en Allemagne du Nord,
première expérience personnelle qui lui permet diverses
rencontres, dont celle du « grand Buxtehude ». Puis
se succèdent, avec l’exactitude et la vivacité
d’une narration historique assortie d’évocations
pittoresques et de dialogues animés, les événements
intimes et publics : les emplois à Arnstadt, Mülhausen,
Weimar, Köthen, Leipzig, les deux mariages, la naissance des
enfants (et la mort d’un certain nombre d’entre eux),
les instants de bonheur musical en famille, la quête des postes,
les difficultés professionnelles et pécuniaires, les
mesquineries des employeurs, les jalousies des confrères,
l’ingratitude des élèves et les satisfactions
pédagogiques, les amitiés, les rendez-vous manqués
(avec Haendel en particulier)… Traversant épreuves
et réussites, Jean-Sébastien s’affirme de plus
en plus comme un homme de tempérament, qui n’hésite
pas à laisser éclater sa colère, sa révolte,
le leitmotiv du « j’en ai assez » que l’on
rencontre dans certaines de ses œuvres, lorsqu’il voit
les contraintes sociales, politiques, financières auxquelles
se heurte l’art musical.

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Jean-Sébastien
Bach ne fut pas, comme Mozart, un génie précoce.
Celui-ci est fondé sur le travail, la spiritualité,
l’amour et l’expérience de la vie ; le récit
à la première personne le montre bien, qui permet
de percevoir de l’intérieur la manière dont
naissent les thèmes mélodiques, les constructions
harmoniques, les idées de nouvelles compositions, d’un
coup ou progressivement, à des moments privilégiés,
et même pendant les longs sermons des offices dominicaux…
De l’intérieur encore, les multiples occupations
professionnelles et personnelles d’un homme toujours rempli
de projets et pour qui la raison et l’émotion vont
de pair (« Vous aimez l’ordre, mais vous êtes
sensible », lui dit l’un des princes qu’il
sert), pour qui le symbolisme des chiffres revêt une grande
importance (par exemple le nombre 14 correspondant à
son nom : « B = 2, A = 1, C = 3, H = 8, leur somme
fait 14 »), pour qui la famille et la musique sont
inséparables, à voir la complicité qu’il
entretient avec certains de ses fils – Guillaume et Emmanuel
notamment. |
Le livre de
Jean-Pierre Grivois n’a pas la prétention d’être
une somme scientifique, même si les dernières pages
sont consacrées à d’utiles listes (œuvres
principales du catalogue BWV, index des noms propres). Sur le mode
romanesque et autobiographique, il fait vivre d’une manière
attrayante, dans toute sa simplicité d’homme et dans
toute sa complexité de musicien, l’un des plus grands
génies de l’histoire européenne.
Jean-Pierre
Longre
(février 2006)
Jean-Pierre
Longre enseigne la littérature contemporaine
à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Auteur d’études
sur divers écrivains du XXe siècle, collaborateur
de plusieurs revues, il a participé à la publication
des romans de Queneau dans la Bibliothèque
de la Pléiade, s’intéresse à la comparaison
des arts (littérature, musique, peinture) et effectue des
recherches sur les littératures francophones (Roumanie
et Belgique en particulier).
Derniers ouvrages parus : Raymond Queneau en scènes
(Presses Universitaires de Limoges, 2005) et Jean
Prévost aux avant-postes (Collectif,
avec William Marx, Les Impressions Nouvelles, 2006).
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Littérature
et musique
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Le Resquilleur du Louvre
de
bernard Chenez (2005)
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