D’un
continent à l’autre, d'un enfant à l'autre.
«
En dépit de tous les dangers qui grondent au cœur du
monde, sa vie sera belle et utile, elle se l’est juré.
» (La danse de la pluie)
Ce beau recueil
de nouvelles convie le lecteur à un tour du monde à
la fois apaisant et mouvementé ; des récits qui, sous
la plume vagabonde et sensible de Jocelyne Sauvard, mettent l'accent
sur les petits bonheurs du quotidien, des existences parfois bouleversées
par des événements à grande échelle,
mais où l’enfance et l’espérance l’emportent
malgré tout.
Le lecteur chemine
avec plaisir aux côtés d’enfants des quatre coins
du monde, de l’Amérique à l’Asie, de la
Polynésie à Paris, de Calcutta à la Creuse
; qu’ils se nomment Lélie, Yo, Arun, Jade ou Chico,
ils sont, chacun à sa façon, tournés vers l’avenir
; et pourtant, entre les violences guerrières, les catastrophes
naturelles, l’obscurantisme de certaines traditions, ou encore
les données économiques qu’ils ne peuvent contrôler,
ils sont tous plus ou moins menacés et chaque récit
témoigne de cette inéluctable fragilité. Il
leur reste heureusement l’amitié, comme celle qui unit
Clète, né sur l’atoll d’Hao (« un
fil d’azur qui se tend dans le lagon comme un petit serpent
d’eau »), et Zeph, un jeune Français chargé
de la surveillance maritime de ce coin du Pacifique – un lieu
dont la beauté jure avec le mal sournoisement invisible qui
atteint certains des habitants, à la suite des essais nucléaires
du passé. L’amitié, toujours, dans La pyramide
de la lune, entre Chico, vendeur de mangues sculptées
en forme d’oiseaux et Piñata, une petite fille qui,
elle, ne vit pas dans un bidonville, mais dans un building de Mexico
(« elle a même une pièce rien que pour faire
la cuisine. ») ; Chico, chaque soir, retrouve sa famille
sur « la pyramide de la lune », une montagne
d'ordures et de cabanes de fortune devant laquelle « on
a mis une haute palissade qui la cache bien » ; mais
la misère n’empêche pas le garçon de rêver
devant le stade du soleil : « Un jour, je jouerai sur
son gazon.»
D’autres enfants se raccrochent à l’amour, un
sentiment naissant dans le coeur du jeune narrateur d’Ouragan
qui, à Pondichéry, survit à un double «
raz de marée » - même si la souffrance ne
peut s’effacer après la catastrophe ; l’amour,
qui incite Shanti, la petite libraire de Calcutta, à fuir
le mariage arrangé par sa grand-mère pour vivre une
histoire interdite avec Akbar, un étudiant musulman. En Inde,
toujours, on rencontre Devi, qui voyage en direction du Taj Mahal
pour y retrouver son petit frère, exploité dans un
atelier de sculpture admiré des touristes de passage...
La terre et la nature menacent ces enfants de multiples façons
: tremblement de terre à Mexico, ou disparition progressive
d’une petite île de Louisiane, qui s’enfonce dans
le Bayou, mais que le vieil Ignasse et Arun, petit Indien cajun,
ne veulent quitter (Vert de Gris). Et pourtant, la plupart
des paysages, décrits avec poésie, évoquent
avant tout le bonheur de vivre et, au-delà des grands malheurs,
reflètent aussi tous les petits riens qui apportent un peu
de douceur à la vie – comme cet oiseau-mouche incarnant
l’espoir dans le premier récit, l’alligator solitaire
dans Vert de Gris, ou le dauphin dans Le petit serpent
bleu du Pacifique.
Ailleurs, ce sont les actes des humains qui se trouvent associés
à la destruction : la guerre (déjà abordée
dans le précédent recueil de Jocelyne Sauvard, Lettres
d’Afrique) semble lointaine à Yo et Ema,
mais elle se rapproche quand ils recueillent un petit garçon
abandonné dans un village calciné ; la violence policière,
aussi, dans Un certain 17 octobre (1961), qui montre l’événement
depuis le point de vue de Messaoudi, dont le frère Kateb
a disparu dans la Seine (il faut lire à ce propos le roman
de Leïla Sebbar, La Seine était
rouge).
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Pour
écrire ces tranches de vie captées avec finesse,
l’auteure a puisé son inspiration dans ses nombreux
voyages et même si elle a le souci d’apporter
à ses récits des aspects documentaires qui marquent
son engagement et qui sont là pour témoigner
des douleurs du monde, elle le fait avec subtilité,
laissant le lecteur tirer des leçons par lui-même,
insérant ces données à chaque récit,
où prime en définitive le regard de ces enfants
multicolores et pourtant semblables, à l'image de ceux
que l'on croise chaque jour.
B.
Longre
(mai 2006)
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Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en
chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.

http://www.jocelynesauvard.fr/
lire
aussi
Mousson blues - Les
Impressions Nouvelles, Théâtre, 2005
http://www.seuil.com/
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