Ouragans
de Jocelyne Sauvard
Seuil, 2006

à partir de 11-12 ans

 


D’un continent à l’autre, d'un enfant à l'autre.

« En dépit de tous les dangers qui grondent au cœur du monde, sa vie sera belle et utile, elle se l’est juré. » (La danse de la pluie)

 

Ce beau recueil de nouvelles convie le lecteur à un tour du monde à la fois apaisant et mouvementé ; des récits qui, sous la plume vagabonde et sensible de Jocelyne Sauvard, mettent l'accent sur les petits bonheurs du quotidien, des existences parfois bouleversées par des événements à grande échelle, mais où l’enfance et l’espérance l’emportent malgré tout.

Le lecteur chemine avec plaisir aux côtés d’enfants des quatre coins du monde, de l’Amérique à l’Asie, de la Polynésie à Paris, de Calcutta à la Creuse ; qu’ils se nomment Lélie, Yo, Arun, Jade ou Chico, ils sont, chacun à sa façon, tournés vers l’avenir ; et pourtant, entre les violences guerrières, les catastrophes naturelles, l’obscurantisme de certaines traditions, ou encore les données économiques qu’ils ne peuvent contrôler, ils sont tous plus ou moins menacés et chaque récit témoigne de cette inéluctable fragilité. Il leur reste heureusement l’amitié, comme celle qui unit Clète, né sur l’atoll d’Hao (« un fil d’azur qui se tend dans le lagon comme un petit serpent d’eau »), et Zeph, un jeune Français chargé de la surveillance maritime de ce coin du Pacifique – un lieu dont la beauté jure avec le mal sournoisement invisible qui atteint certains des habitants, à la suite des essais nucléaires du passé. L’amitié, toujours, dans La pyramide de la lune, entre Chico, vendeur de mangues sculptées en forme d’oiseaux et Piñata, une petite fille qui, elle, ne vit pas dans un bidonville, mais dans un building de Mexico (« elle a même une pièce rien que pour faire la cuisine. ») ; Chico, chaque soir, retrouve sa famille sur « la pyramide de la lune », une montagne d'ordures et de cabanes de fortune devant laquelle « on a mis une haute palissade qui la cache bien » ; mais la misère n’empêche pas le garçon de rêver devant le stade du soleil : « Un jour, je jouerai sur son gazon.»
D’autres enfants se raccrochent à l’amour, un sentiment naissant dans le coeur du jeune narrateur d’Ouragan qui, à Pondichéry, survit à un double « raz de marée » - même si la souffrance ne peut s’effacer après la catastrophe ; l’amour, qui incite Shanti, la petite libraire de Calcutta, à fuir le mariage arrangé par sa grand-mère pour vivre une histoire interdite avec Akbar, un étudiant musulman. En Inde, toujours, on rencontre Devi, qui voyage en direction du Taj Mahal pour y retrouver son petit frère, exploité dans un atelier de sculpture admiré des touristes de passage...
La terre et la nature menacent ces enfants de multiples façons : tremblement de terre à Mexico, ou disparition progressive d’une petite île de Louisiane, qui s’enfonce dans le Bayou, mais que le vieil Ignasse et Arun, petit Indien cajun, ne veulent quitter (Vert de Gris). Et pourtant, la plupart des paysages, décrits avec poésie, évoquent avant tout le bonheur de vivre et, au-delà des grands malheurs, reflètent aussi tous les petits riens qui apportent un peu de douceur à la vie – comme cet oiseau-mouche incarnant l’espoir dans le premier récit, l’alligator solitaire dans Vert de Gris, ou le dauphin dans Le petit serpent bleu du Pacifique.
Ailleurs, ce sont les actes des humains qui se trouvent associés à la destruction : la guerre (déjà abordée dans le précédent recueil de Jocelyne Sauvard, Lettres d’Afrique) semble lointaine à Yo et Ema, mais elle se rapproche quand ils recueillent un petit garçon abandonné dans un village calciné ; la violence policière, aussi, dans Un certain 17 octobre (1961), qui montre l’événement depuis le point de vue de Messaoudi, dont le frère Kateb a disparu dans la Seine (il faut lire à ce propos le roman de Leïla Sebbar, La Seine était rouge).

Pour écrire ces tranches de vie captées avec finesse, l’auteure a puisé son inspiration dans ses nombreux voyages et même si elle a le souci d’apporter à ses récits des aspects documentaires qui marquent son engagement et qui sont là pour témoigner des douleurs du monde, elle le fait avec subtilité, laissant le lecteur tirer des leçons par lui-même, insérant ces données à chaque récit, où prime en définitive le regard de ces enfants multicolores et pourtant semblables, à l'image de ceux que l'on croise chaque jour.

B. Longre
(mai 2006)

Blandine Longre, agrégée d’anglais, est l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.

 

http://www.jocelynesauvard.fr/

lire aussi
Mousson blues - Les Impressions Nouvelles, Théâtre, 2005

http://www.seuil.com/

   
   
   
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