Nouveaux chapeaux pour Alice
de Julian Rios

Traduction de Geneviève Duchêne
Editions Tristram, 2007

 

 

Chapeaux décoiffants

Un chapelier fou (ou un artiste, ou un homme en noir) et une Alice, et beaucoup de chapeaux, chaque chapeau entraînant une histoire. Des histoires destinées à séduire Alice, à l’entraîner dans un autre monde follement logique (on y retrouve l’univers de Lewis Carroll à qui est empruntée la figure du chapelier fou). Des histoires « décoiffantes », où l’on s’éveille à Berlin, Madrid, ou Prague, au XXe ou au XVIe siècle, de nuit ou de jour, et où les événements s’enchaînent comme des associations d’idées, c’est à dire pas du tout et dans lesquels on est entraîné de façon irrésistible.

Chaque chapeau donne lieu à un texte d’une à deux pages qui narre une rencontre et un amour : un vendeur de fleur turc aux grands yeux noirs, un torero, le capitaine Araignée, l’ange de la mort aérienne… On ne sait si on est dans l’inconscient d’Alice ou dans la projection d’un film dans lequel elle jouerait un rôle muet. La fantaisie et la musicalité des textes (très bien traduits) en font des poèmes baroques et produisent des problèmes de logique, des effets de miroir lexicologico-sonores. Mais le vertige qui en découle fait qu’on peut ressentir une certaine lassitude si on enchaîne la lecture de ce premier texte (« Chapeaux pour Alice », publié chez Corti en 1994) avec leur continuation, « nouveaux chapeaux pour Alice ».

Cette suite n’est pas portée par la même énergie et semble plus concertée. Elle propose des scènes plus construites et est plus érudite. Recréation du suicide de Max Linder, scènes de mascarades inspirées de Sade, univers de peintres (le Cri, la Vénus de Cranach au grand chapeau), les chapeaux donnent accès à des univers cohérents, théâtraux.
Le changement de régime et de mode qui apparaît entre ces deux textes fait qu’il faudrait les lire séparément, ou avec un temps d’attente entre les deux lectures. Ainsi, on se ménagera une – ou plutôt deux – lectures radicalement surprenantes et envoûtantes par leur rythme, leur qualité sonore et visuelle et leur puissance d’imagination.

Anne-Marie Mercier-Faivre
(avril 2007)

Anne-Marie Mercier-Faivre est professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

 

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