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Chapeaux
décoiffants
Un chapelier
fou (ou un artiste, ou un homme en noir) et une Alice, et beaucoup
de chapeaux, chaque chapeau entraînant une histoire. Des histoires
destinées à séduire Alice, à l’entraîner
dans un autre monde follement logique (on y retrouve l’univers
de Lewis Carroll à qui est empruntée la figure du
chapelier fou). Des histoires « décoiffantes »,
où l’on s’éveille à Berlin, Madrid,
ou Prague, au XXe ou au XVIe siècle, de nuit ou de jour,
et où les événements s’enchaînent
comme des associations d’idées, c’est à
dire pas du tout et dans lesquels on est entraîné de
façon irrésistible.
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Chaque
chapeau donne lieu à un texte d’une à deux
pages qui narre une rencontre et un amour : un vendeur de fleur
turc aux grands yeux noirs, un torero, le capitaine Araignée,
l’ange de la mort aérienne… On ne sait si
on est dans l’inconscient d’Alice ou dans la projection
d’un film dans lequel elle jouerait un rôle muet.
La fantaisie et la musicalité des textes (très
bien traduits) en font des poèmes baroques et produisent
des problèmes de logique, des effets de miroir lexicologico-sonores.
Mais le vertige qui en découle fait qu’on peut
ressentir une certaine lassitude si on enchaîne la lecture
de ce premier texte (« Chapeaux pour Alice »,
publié chez Corti en 1994) avec leur continuation, «
nouveaux chapeaux pour Alice ». |
Cette suite
n’est pas portée par la même énergie et
semble plus concertée. Elle propose des scènes plus
construites et est plus érudite. Recréation du suicide
de Max Linder, scènes de mascarades inspirées de Sade,
univers de peintres (le Cri, la Vénus de Cranach au grand
chapeau), les chapeaux donnent accès à des univers
cohérents, théâtraux.
Le changement de régime et de mode qui apparaît entre
ces deux textes fait qu’il faudrait les lire séparément,
ou avec un temps d’attente entre les deux lectures. Ainsi,
on se ménagera une – ou plutôt deux – lectures
radicalement surprenantes et envoûtantes par leur rythme,
leur qualité sonore et visuelle et leur puissance d’imagination.
Anne-Marie
Mercier-Faivre
(avril 2007)
Anne-Marie
Mercier-Faivre
est
professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM
de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

http://www.lekti-ecriture.com/editeurs/-Tristram-.html
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