Nous sommes tous tellement désolés
T. Magnier, 2007
A partir de 13-14 ans

 

 

 

Retour vers le passé

Quand Vassile, vagabond sans attaches, abandonné huit ans plus tôt par sa mère Liliana, apprend que celle-ci est morte et lui a légué une maison dans un village de vignerons, il se rend sur les lieux, plus par hasard que par intérêt – c’est du moins ce qu’il croit… L’accueil n’a rien de cordial et le maire du village, malgré son amabilité et sa fausse compassion (« Nous sommes tous tellement désolés… » – une « phrase rituelle » que Vassile entendra maintes fois, prononcée de diverses façons) lui fait comprendre qu’il ne devrait pas traîner dans les environs. « Remuer le passé n’est jamais une bonne idée, surtout quand on ne sait à peu près rien des acteurs qui jouent l’histoire… » conseille-t-il au jeune homme. Vassile a en effet conscience d’entrer « dans une histoire » qui n’est « pas la sienne », qu’il ne sait presque rien de cette femme que sa famille d’accueil n’a pourtant jamais pu remplacer, et ses souvenirs restent incertains, des bribes qui ne referont surface que peu à peu. Mais lorsqu’il s’aperçoit que la mort de Liliana dissimule des secrets bien gardés, le jeune homme commence à s’interroger sur ce qui a pu inciter sa mère à repartir pour la Moldavie, son pays d’origine, quelque temps avant sa mort ; il remonte la piste du passé, va trouver le châtelain du pays, celui qui avait embauché sa mère sur son domaine avant d’en faire sa maîtresse et de lui offrir la maison que Vassile possède désormais. Il trouve un homme effondré, qui se débat avec sa conscience, paralysé par un drame dont il est en partie responsable.

En contrepoint, on découvre l’histoire de Liliana (que nous tairons ici afin de laisser le lecteur la découvrir par lui-même), qu’elle a patiemment écrite dans l’espoir que son fils puisse un jour la lire (à condition qu’il retrouve le cahier de sa mère…) – un parcours chaotique et cependant presque banal, une vie brisée très tôt, des actes motivés par une peur de chaque instant et d’intolérables pressions, dans un univers qui semble bien loin de nos existences confortables et pourtant si proche. Une confession poignante qu’on n’est pas près d’oublier, non plus que l’atmosphère oppressante du petit village, habilement évoquée par petites touches, à l’image de l’hostilité des habitants, très vraisemblable, des frustrations de deux jeunes filles que la présence de « l’étranger » fascine, et des petites lâchetés des uns et des autres – celles qui, en s’accumulant, provoquent des tragédies.

Retrouvailles manquées entre un fils et sa mère ? En partie seulement, car le dénouement de ce roman qu’on ne peut lâcher une fois entamé est teinté d’espoir et laisse deviner que la quête que Vassile décide d’entreprendre, même si son issue reste incertaine, lui offrira quelques moments d’un bonheur mérité.

Blandine Longre
(octobre 2007)

Blandine Longre, agrégée d’anglais, est l’une des fondatrices de Sitartmag ; traductrice et critique littéraire, elle s’intéresse tout particulièrement aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.
http://blongre.hautetfort.com
www.myspace.com/blandinelongre

 

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Billi Joe (T. Magnier, roman adultes, 2004)
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