Maboul à zéro
(Gallimard/Scripto)
A partir de 13 ans

 

Soif d’études

C’est à travers la famille Djemaï, immigrés d’origine algérienne vivant à Sponge, une petite ville bourguignonne, que Jean-Paul Nozière, écœuré par les résultats des élections du 21 avril 2002, a choisi de faire entendre sa voix.

A seulement 14 ans, Aïcha Djemaï se prépare à passer le bac ; souffrant d’épilepsie, la jeune fille n’a, en effet, pas suivi le parcours scolaire classique. Durant la journée, elle seconde sa mère Zohra, concierge du collège de Sponge, mais surtout, elle s’occupe de son frère aîné, Mouloud, que l’on peut qualifier de ‘maboul’ ne s’intéressant qu’au football et aux filles du catalogue de la Redoute. Peu à peu, Aïcha, qui ouvre parfois le courrier du collège, s’aperçoit que sa famille dérange, à cause des incartades de Mouloud, ou simplement parce que les gens de Sponge n’aiment pas les ‘Arabes’. Mais surtout, elle comprend à travers des articles de journal que sa petite ville n’est pas un cas isolé ; les résultats du premier tour des élections présidentielles sont une véritable claque pour Zohra et son mari jusqu’à présent persuadés d’avoir trouvé en France «un paradis».

Pour tenter de sauver son frère de la folie et comprendre ce qui a poussé ses parents à quitter l’Algérie, Aïcha exige de sa mère que celle-ci lui fasse, soir après soir, le récit de son passé qu’elle enregistre pour le faire écouter ensuite à Mouloud. Elle apprend ainsi que Zohra fut une adolescente pour qui « l’école a été la plus belle partie de sa vie » mais qui n’a pas pu aller à l’université après le baccalauréat car, sous la pression des intégristes, les jeunes filles étaient contraintes d’abandonner leurs études.
Tout sonne juste dans Maboul à zéro, que ce soit le triste passé de Zohra ou la description de la vie en vase clos au collège de Sponge : cela n’est pas étonnant puisque Jean-Paul Nozière a longtemps été professeur et a exercé plusieurs années en Algérie. Pour construire l’intrigue de son roman, il s’est d’ailleurs inspiré du récit de l’une de ses anciennes élèves qui a dû quitter son pays, ses deux enfants sous le bras. Le discours de l’auteur n’est jamais moralisateur ni le ton sentencieux, pourtant le sentiment de mal-être, d’incompréhension puis de colère de la famille Djemaï face aux préjugés des Français est vraiment palpable : « Tu as vu les résultats à Sponge ? 29% des votants pour Le Pen ! Bravo ! Tu penses toujours que la France est le paradis, Zohra ? 29% des habitants te disent aujourd’hui, par leur bulletin de vote, que tu les déranges dans leur paradis et qu’ils aimeraient te voir déguerpir ! ». Les personnages d’Aïcha et de Zohra sont la clé de la force de la famille comme de celle de l’ouvrage, l’une vivant par procuration les études qu’elle n’a jamais pu faire et encourageant l’autre dans son idée d’être bachelière à 14 ans. Quant à Mouloud, que ses obsessions rendent parfois franchement lourd, il faudra attendre la fin du roman pour connaître le triste secret de sa folie. Maboul à zéro est un roman fort, à mettre entre toutes les mains.

Anne Weber
(mai 2003)

http://jpnoziere.com/

Gallimard
http://www.gallimard.fr/

http://www.ricochet-jeunes.org/illus.asp?name=Nozi%E8re&surname=Jean-Paul

http://perso.wanadoo.fr/citrouille/articles/a_mars/algerie/maboul.htm

http://perso.wanadoo.fr/office.du.livre/Pages/auteurs_flj/noziere.html