Un Anarchiste
Traduction de l'anglais et postface de Pierre-Julien Brunet
Editions la lubie, Lyon, 2001

 

Samedi 30 mars à 11 heures
Lecture d’Un Anarchiste
par Roland Boully à la librairie A plus d’un titre
Nouvelle adresse : 4, quai de la Pêcherie (Lyon 1er)

 

La vie de Joseph Conrad a suscité un nombre élevé de biographies, et son œuvre une abondante littérature critique. On a dit beaucoup de choses, souvent fort justes, sur l'originalité de l'une et de l'autre, sur l'exil (géographique et linguistique), les voyages, la mer, le goût de l'aventure extérieure et intérieure... tant de choses que l'on risque parfois de se perdre dans les méandres de ces itinéraires.

La publication de la nouvelle Un anarchiste, "un conte désespéré" (An anarchist, "a desperate tale"), parue pour la première fois en août 1906, vient à propos pour faire le point sur certains aspects de l'écriture de Conrad (pas seulement, bien sûr : le plaisir de la lecture avant tout). On y suit les hasards d'une destinée vouée au malheur, celle d'un homme brutalement chassé de son existence tranquille et de ses projets raisonnables, conduit en prison puis, malgré lui, dans des activités anarchistes qui lui vaudront le bagne en Guyane ; s'il arrive à fuir, c'est pour retomber dans une autre sorte de bagne ; et le narrateur de se souvenir de loin en loin de "l'esclave anarchiste du domaine de Marañon" qui s'est paradoxalement résigné, "le cœur chaud et la tête faible", à rester soumis jusqu'à la fin de ses jours.

Pas d'engagement politique direct dans ce récit tout en nuances, à la structure subtilement élaborée. Pas d'engagement direct, mais une distance ironique plus ou moins marquée (la satire mordante, dans les premières pages, concernant la publicité, met d'emblée dans le ton) à l'égard des faits et des personnages, un " dégagement " stylistique qui est sans doute le plus efficace des engagements littéraires : voilà qui permet au lecteur, en quelques pages d'une grande densité, de se faire une idée précise de la vision conradienne du monde et des hommes, et cela dans une bonne traduction, qui rend compte de la complexité de l'écriture.

Pierre-Julien Brunet a complété sa traduction par une postface éclairante, rappelant les "sources" de la nouvelle, esquissant en particulier une intéressante comparaison (à l'avantage de Conrad) avec Crainquebille d'Anatole France, précisant les options politiques et métaphysiques de l'auteur, analysant ses stratégies d'écriture, une écriture "qui se veut écho physique du monde qu'elle transcrit", comme l'a dit Jacques Lacarrière.

Saluons donc cette initiative d'une jeune maison d'édition lyonnaise qui publie de la vraie littérature, avec tout ce que cela peut avoir d'exigeant et de prometteur, et souhaitons-lui le succès qu'elle mérite.

Jean-Pierre Longre
(mars 2002)

Jean-Pierre Longre, maître de conférences en littérature du XXème siècle à l'Université Jean Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une thèse sur Raymond Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains contemporains et sur la comparaison des langages littéraire et musical.
Il participe actuellement à l'édition des romans de Queneau dans la " Pléiade ", et effectue des recherches sur les littératures francophones (Roumanie, Belgique, Québec).


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