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Samedi
30 mars à 11 heures
Lecture
dUn Anarchiste
par
Roland Boully à la librairie A plus dun titre
Nouvelle
adresse : 4, quai de la Pêcherie (Lyon 1er)
La vie de Joseph
Conrad a suscité un nombre élevé de biographies,
et son uvre une abondante littérature critique. On
a dit beaucoup de choses, souvent fort justes, sur l'originalité
de l'une et de l'autre, sur l'exil (géographique et linguistique),
les voyages, la mer, le goût de l'aventure extérieure
et intérieure... tant de choses que l'on risque parfois de
se perdre dans les méandres de ces itinéraires.
La publication
de la nouvelle Un anarchiste, "un conte désespéré"
(An anarchist, "a desperate tale"), parue pour
la première fois en août 1906, vient à propos
pour faire le point sur certains aspects de l'écriture de
Conrad (pas seulement, bien sûr : le plaisir de la lecture
avant tout). On y suit les hasards d'une destinée vouée
au malheur, celle d'un homme brutalement chassé de son existence
tranquille et de ses projets raisonnables, conduit en prison puis,
malgré lui, dans des activités anarchistes qui lui
vaudront le bagne en Guyane ; s'il arrive à fuir, c'est pour
retomber dans une autre sorte de bagne ; et le narrateur de se souvenir
de loin en loin de "l'esclave anarchiste du domaine de Marañon"
qui s'est paradoxalement résigné, "le cur
chaud et la tête faible", à rester soumis
jusqu'à la fin de ses jours.
| Pas
d'engagement politique direct dans ce récit tout en nuances,
à la structure subtilement élaborée. Pas
d'engagement direct, mais une distance ironique plus ou moins
marquée (la satire mordante, dans les premières
pages, concernant la publicité, met d'emblée dans
le ton) à l'égard des faits et des personnages,
un " dégagement " stylistique qui est sans
doute le plus efficace des engagements littéraires :
voilà qui permet au lecteur, en quelques pages d'une
grande densité, de se faire une idée précise
de la vision conradienne du monde et des hommes, et cela dans
une bonne traduction, qui rend compte de la complexité
de l'écriture. |
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Pierre-Julien
Brunet a complété sa traduction par une postface éclairante,
rappelant les "sources" de la nouvelle, esquissant en
particulier une intéressante comparaison (à l'avantage
de Conrad) avec Crainquebille d'Anatole France, précisant
les options politiques et métaphysiques de l'auteur, analysant
ses stratégies d'écriture, une écriture "qui
se veut écho physique du monde qu'elle transcrit",
comme l'a dit Jacques Lacarrière.
Saluons donc
cette initiative d'une jeune maison d'édition lyonnaise qui
publie de la vraie littérature, avec tout ce que cela peut
avoir d'exigeant et de prometteur, et souhaitons-lui le succès
qu'elle mérite.
Jean-Pierre
Longre
(mars 2002)
Jean-Pierre
Longre, maître de conférences en littérature
du XXème siècle à l'Université Jean
Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une thèse sur Raymond
Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains
contemporains et sur la comparaison des langages littéraire
et musical.
Il participe actuellement à l'édition des romans de
Queneau dans la " Pléiade ", et effectue des recherches sur
les littératures francophones (Roumanie, Belgique, Québec).

http://www.lalubie.com/
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