Photographie

Rétrospective KOUDELKA
6 juillet - 8 septembre 2002

De 10h à 19h en trois lieux
Espace Van Gogh (Beginnings, Théâtre, Gitans), Eglise des Trinitaires (Prague, Exils), Eglise des Frères Prêcheurs (Chaos).

 

voir aussi les chroniques et le Journ'Arles des Rencontres d'Arles 2002

 

Josef Koudelka, alchimiste de la lumière

Théâtre et premiers affrontements avec l'obscur
Sa première bataille avec les ténèbres, Josef Koudelka l'a livrée dans un théâtre pragois dans les années 60, photographiant les acteurs évoluant sur la scène du Za Branou. Fantomatiques et marqués par un grain important, ces portraits n'ont déjà qu'un rapport lointain avec les traditionnelles photographies de spectacle.

Koudelka indique qu'il "avait appris à voir le théâtre comme la vie et qu'ensuite il voyait la vie comme un théâtre"… La théâtralité et le sens de la mise en scène (contre le naturalisme ou le réalisme) seront, tout au long de son œuvre, deux dimensions fondamentales de son esthétique. Parallèlement à ce travail, ses premières photos "artistiques" sont "grosses" déjà de celles à venir : transfiguration du réel, lumières sculptées, panoramiques et jeux de lignes, compositions géométriques… Mais aussi quelques "personnages" spiralés, réduits à d'infimes volutes, à l'instar des statuettes de Giacometti.

 

Gitans
De 1962 à 1968, Koudelka voyage à travers la Slovaquie orientale à la rencontre du peuple gitan. Ce travail est présenté sous forme de séries: intérieurs, enterrements, enfants… Ici la rencontre avec l'autre est indissociable de soucis esthétiques. Josef Koudelka, dans le même temps, affronte des individus, des rituels et des cérémonies religieuses, des conditions géographiques et matérielles, des lieux et des territoires, mais aussi des formes, des masses obscures ou diffuses, des noirs et des blancs, des lignes et des courbes. Fond et forme, sujet et cadrage, sont indissociables. Koudelka réconcilie ainsi humanisme et abstraction. L'alphabet de lumière dit l'essence du peuple gitan. Et, au-delà, ces visages, parfois avec morgue, ostentation ou encore violence, nous regardent, nous et notre sédentarité, nos mœurs, nos conforts replets.

Exils
A partir de 1970, Koudelka parcourt l'Europe, poète aux semelles de vent. Italie, Angleterre, France, Espagne, Portugal… Solitudes, abstractions, paysages, pauvretés, cérémonies, singularités…Mouettes, chiens errants, saltimbanques, plis de la mer… Quel que soit le lieu, l'instant ou le sujet, le regard est toujours passionné, rigoureux, singulier.

Chaos : le dernier "coup d'éclat"
Les derniers travaux de Koudelka sont présentés à l'Eglise des Frères Prêcheurs sous le titre "Chaos" : le choc est complet même si la mise en scène s'avère un peu trop appuyée (musique d'ambiance, deux formats géants un peu "flottants"…).
Ici la perception ordinaire de l'espace bascule littéralement. Les grands formats verticaux ou horizontaux la distordent, la dilatent, l'étirent. Ce sont pourtant des lieux parfois d'une grande banalité qui sont ici transfigurés : une ruine abandonnée, un mur "taggé", un égout, une rue pavée, la croisée de deux chemins… Mais avec Koudelka, les routes ondulent, se dilatent, suivent des lignes un peu folles. Les roches, les montagnes, les plans d'eau prennent les dimensions de l'infini. Les brèches, les murs lépreux, les blessures de pierre, les statues deviennent autant de passages et de territoires métaphysiques. Bouleversant.

Jean-Emmanuel Denave
(juillet 2002)

Josef Koudelka: né en Tchécoslovaquie en 1938. Etudes d'ingénieur en aéronautique. Premiers travaux: théâtre, gitans, invasion soviétique en 1968. Il quitte son pays en 1970 et voyage à travers le monde. Il s'établit à Paris par la suite.


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