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Jørn
Riel, explorateur d'histoires : quand l'aventure se fait littérature
Jørn
Riel, écrivain danois, a vécu seize ans au Groenland,
accompagnant, dès 1950 (il avait alors dix-neuf ans) des
expéditions : une large partie de son oeuvre s'est nourrie
de ces voyages dans le désert de glace ; il en a ramené
ces désormais célèbres racontars, que les éditions
Gaïa, avec une fidèle régularité, depuis
plus de dix ans, rendent accessibles au lecteur francophone. Cette
année, paraissent deux recueils de ces récits glanés
au fil de ses périples arctiques : Les ballades
de Haldur et autres racontars, un ouvrage d'inédits
(dédié à Philippe Rohan, décédé
en décembre 2003, "instigateur de l'expédition
littéraire Apsuma Sukanga", que retrace l'ouvrage
Apsuma, dans les traces de
Jorn Riel) et Le roi Oscar, une compilation
de quatre histoires déjà parues en français
en 1993 et 1994.

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Qu'est-ce
qu'un racontar ? Une simple anecdote de départ (l'achat
d'un cochon, l'arrivée d'un nouveau chasseur converti
à l'islam, l'amitié entre un corbeau et un homme...),
une mésaventure qui se déroule, paradoxalement,
à huis clos, entre quelques-uns de la vingtaine d'habitants
éparpillés sur un vaste territoire (le nord-est
du Groenland, grand comme la moitié de la France) : des
hommes pour la plupart solitaires mais qui aiment à se
retrouver pour partager quelques verres (ou parfois plusieurs
bouteilles !) chez l'un ou chez l'autre, dans des cabanes rudimentaires.
Ils vivent bien sûr de la chasse (ours polaires, renards
et phoques) et de la vente des peaux du gibier. Un racontar,
"c'est une histoire vraie qui pourrait passer pour
un mensonge. À moins que ce ne soit l'inverse.",
selon Jørn Riel qui, en toute modestie, ajoute qu'il
n'a rien inventé, qu'il s'est contenté de rapporter,
assumant le rôle de conteur et de passeur, mais pas celui
d'écrivain. |
Et pourtant,
chaque récit, sous un dénuement narratif apparent,
est une authentique re-création (et récréation
!) d'un monde révolu, d'abord dépeint avec précision
et réalisme, puis qui vire parfois à une poésie
de l'absurde : des farces drolatiques dominées par le pragmatisme
des chasseurs, leur bon sens populaire et leur obstination parfois
touchante, et qui laissent entrevoir des leçons d'humanité
sans pareille : leur quasi solitude forcée (mais aussi désirée)
donne lieu à des situations où les frustrations et
les mésaventures, les joies et les querelles, les rapports
amicaux et la solidarité sont amplifiés, et par conséquent
doublement savourés.
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C'est
avec délectation que l'on découvre ce microcosme
et ses idiosyncrasies souvent burlesques : un homme aux prises
avec un ours coriace, affamé et astucieux, Vieux Niels,
qui s'est entiché d'un cochon, la terrible cohabitation
de Lause et Siverts, ce dernier jaloux des confortables latrines
que son compagnon a construites, la stupéfaction mais
aussi la générosité des chasseurs envers
leur compagnon musulman qui se met en tête de faire
le ramadan durant la nuit polaire, ou encore la mise en scène
d'un procès effectué dans les règles
de l'art par Bjorken, afin d'instruire un jeune compagnon...
La drôlerie l'emporte sur la rudesse du climat et ces
Robinson polaires ne cessent de nous surprendre, tout au long
de ces recueils cocasses et profondément humains. |
Blandine
Longre
(juillet 2004)

Le
garçon qui voulait devenir un Etre Humain (Gaïa,
2002)
Apsuma,
dans les traces de Jørn Riel (Gaïa, 2003)
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