Le roi Oscar
Gaïa, 2004
Les ballades de Haldur et autres racontars
Gaïa, 2004
traduits du danois par Susanne Juul
et Bernard Saint Bonnet

parution en poche
10/18, Domaine étranger, 2007

 

 

Jørn Riel, explorateur d'histoires : quand l'aventure se fait littérature

Jørn Riel, écrivain danois, a vécu seize ans au Groenland, accompagnant, dès 1950 (il avait alors dix-neuf ans) des expéditions : une large partie de son oeuvre s'est nourrie de ces voyages dans le désert de glace ; il en a ramené ces désormais célèbres racontars, que les éditions Gaïa, avec une fidèle régularité, depuis plus de dix ans, rendent accessibles au lecteur francophone. Cette année, paraissent deux recueils de ces récits glanés au fil de ses périples arctiques : Les ballades de Haldur et autres racontars, un ouvrage d'inédits (dédié à Philippe Rohan, décédé en décembre 2003, "instigateur de l'expédition littéraire Apsuma Sukanga", que retrace l'ouvrage Apsuma, dans les traces de Jorn Riel) et Le roi Oscar, une compilation de quatre histoires déjà parues en français en 1993 et 1994.


Qu'est-ce qu'un racontar ? Une simple anecdote de départ (l'achat d'un cochon, l'arrivée d'un nouveau chasseur converti à l'islam, l'amitié entre un corbeau et un homme...), une mésaventure qui se déroule, paradoxalement, à huis clos, entre quelques-uns de la vingtaine d'habitants éparpillés sur un vaste territoire (le nord-est du Groenland, grand comme la moitié de la France) : des hommes pour la plupart solitaires mais qui aiment à se retrouver pour partager quelques verres (ou parfois plusieurs bouteilles !) chez l'un ou chez l'autre, dans des cabanes rudimentaires. Ils vivent bien sûr de la chasse (ours polaires, renards et phoques) et de la vente des peaux du gibier. Un racontar, "c'est une histoire vraie qui pourrait passer pour un mensonge. À moins que ce ne soit l'inverse.", selon Jørn Riel qui, en toute modestie, ajoute qu'il n'a rien inventé, qu'il s'est contenté de rapporter, assumant le rôle de conteur et de passeur, mais pas celui d'écrivain.

Et pourtant, chaque récit, sous un dénuement narratif apparent, est une authentique re-création (et récréation !) d'un monde révolu, d'abord dépeint avec précision et réalisme, puis qui vire parfois à une poésie de l'absurde : des farces drolatiques dominées par le pragmatisme des chasseurs, leur bon sens populaire et leur obstination parfois touchante, et qui laissent entrevoir des leçons d'humanité sans pareille : leur quasi solitude forcée (mais aussi désirée) donne lieu à des situations où les frustrations et les mésaventures, les joies et les querelles, les rapports amicaux et la solidarité sont amplifiés, et par conséquent doublement savourés.

C'est avec délectation que l'on découvre ce microcosme et ses idiosyncrasies souvent burlesques : un homme aux prises avec un ours coriace, affamé et astucieux, Vieux Niels, qui s'est entiché d'un cochon, la terrible cohabitation de Lause et Siverts, ce dernier jaloux des confortables latrines que son compagnon a construites, la stupéfaction mais aussi la générosité des chasseurs envers leur compagnon musulman qui se met en tête de faire le ramadan durant la nuit polaire, ou encore la mise en scène d'un procès effectué dans les règles de l'art par Bjorken, afin d'instruire un jeune compagnon... La drôlerie l'emporte sur la rudesse du climat et ces Robinson polaires ne cessent de nous surprendre, tout au long de ces recueils cocasses et profondément humains.

Blandine Longre
(juillet 2004)

Le garçon qui voulait devenir un Etre Humain (Gaïa, 2002)

Apsuma, dans les traces de Jørn Riel (Gaïa, 2003)

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