Le garçon qui voulait devenir un Etre Humain
Gaïa, 2002

Trilogie, traduite du danois
par Suzanne Juul et Bernard Saint Bonnet
1. Le naufrage
2. Leiv, Narua et Apuluk
3. ... et Sølvi

 

Un conte humaniste

« J’ai appris à vivre comme un Etre humain » : au sens propre comme au figuré (Inuit signifie "être humain" en langage esquimau), ces paroles résument parfaitement l’extraordinaire aventure de Leiv Steinursson que nous conte, sous forme de trilogie, Jørn Riel. Plus de 20 ans après sa parution, les Editions Gaïa, spécialisées dans la littérature scandinave, complètent le catalogue de l’écrivain danois dont on connaissait déjà d’autres œuvres plus récentes tels l’ensemble des Racontars arctiques ou celui du Chant pour celui qui désire vivre. Dans cette suite inspirée de sagas islandaises avec des personnages hauts en caractère affrontant avec courage leurs destinées et la fatalité, l’auteur nous entraîne dans le cadre du Groenland où il a passé une longue partie de sa vie.

En Islande, vers l’an mil, Leiv Steinursson est un jeune garçon cherchant à venger la mort de son père, comme c’est alors la tradition. Il accompagne Thorstein, l’assassin, au Groenland où il doit s’exiler. A la suite d’un naufrage, Leiv est recueilli par deux enfants Inuits de son âge, Narua et Apuluk, qui vont d’abord le cacher plusieurs mois avant d’oser le présenter à leur tribu : à cette époque, les Inuits craignent les Vikings qui les massacrent pour leur voler des fourrures où cherchent à les vendre comme esclaves. Leiv apprend la langue et le mode de vie des Etres Humains et s’attache profondément à ses nouveaux amis.


Les trois compagnons parcourent ensemble, pendant plusieurs saisons, les côtes du Groenland, selon les habitudes nomades des Inuits obligés de se déplacer pour suivre le gibier. En trouvant de manière inattendue la ferme établie par Thorstein, Narua et Apuluk font à leur tour la découverte d’une nouvelle culture, celle des Vikings, si différente de la leur. Mais l’arrivée soudaine de pirates, assoiffés de sang et de richesse, vient semer mort et désolation et entraîne les trois enfants dans une ultime aventure en compagnie cette fois de Sølvi, l’une des esclaves de Thorstein. Leur ténacité et leur force de caractère permettront de libérer Thorstein, que les pirates avaient fait prisonnier, et de débarrasser les côtes du Groenland de ces hôtes indésirables ; en guise de remerciement, Apuluk obtient la liberté de Sølvi. Cette dernière, avec Leiv, choisit de rejoindre définitivement la communauté des Etres Humains.

Sous les apparences trompeuses d’un simple roman d’aventures, Jørn Riel développe, avec une maîtrise incomparable, le très vaste thème de la rencontre de l’autre et de l’acceptation des différences. Grande leçon d’humanité, ce livre met également en valeur la simplicité et l’ingéniosité de la culture Inuit. On pourra par ailleurs souligner l’esprit de tolérance et de fraternité qui anime les relations entre enfants — ce que l’on retrouve dans toutes les cultures — en opposition avec les réticences habituelles de leurs aînés, ainsi que le rôle central joué par les personnages féminins dont la sagesse permet de dénouer les situations les plus délicates. Le garçon qui voulait devenir un Etre Humain est un conte dont la lecture passionnante et très enrichissante ravira tous les lecteurs, y compris les plus jeunes (à partir de 12 ans).

O. Weber
(mars 2003)

Le roi Oscar / Les ballades de Haldur et autres racontars (Gaïa, 2004)

Apsuma, dans les traces de Jørn Riel (Gaïa, 2003)

http://www.gaia-editions.com/accueil.html

http://www.initiales.org/chap004/rubr002/doss20.html

http://www.humanite.presse.fr/journal/2001/2001-

http://archives.letelegramme.com/data/2001/20010605/29