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Le
doudou qui voit clair (dans son jeu)
“
Jop est coincé dans l’ascenseur, Jop plonge dans le
vide-ordure, Jop est enlevé, Jop disparaît dans le
magasin, Jop est avalé par la boîte aux lettres, Jop
est enterré vivant ”…Il arrive beaucoup
de choses à Jop et l’on n’a pas besoin de l’affirmation
donnée par le titre du premier chapitre pour avoir véritablement
l’impression que “ Jop existe vraiment ”.
Jop s’ennuie, Jop est d’accord, ou non, Jop mange, Jop
regarde par la fenêtre…
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Jop
est une taupe en peluche ; il appartient à Ola qui
ne cesse de le perdre et de le retrouver et qui vit seul avec
sa mère. On pourrait se trouver face à un énième
livre sur la perte d’un doudou indispensable (ces livres
ont une utilité, nous diront certains), mais non :
Jop existe vraiment, pas de façon “ magique ”
(il ne parle ni ne bouge), mais à travers un regard
qui le prend pour vrai, le regard d’Ola. Il existe aussi
à travers les illustrations, très simples et
drôles : les grands yeux étonnés de Jop
– ce n’est pas très normal pour une taupe
– qui gardent toujours la même expression en toutes
circonstances – c’est normal pour une peluche
– quelles que soient les situations dramatiques dans
lesquelles il se trouve, accompagnent merveilleusement bien
chaque début des courts chapitres. |
La répétition
fait le charme de cette histoire, une histoire qui progresse néanmoins
: chaque fois c’est le gentil voisin un peu fantaisiste qui
vole au secours d’Ola et de sa maman. À La fin, on
le devine, ce n’est pas seulement Jop que l’on retrouve
encore une fois, c’est un couple qui se forme et Ola trouve
alors une autre figure rassurante et plus efficace qu’un doudou
qu’on s’obstine à perdre (ce n’est pas
innocent). Il trouve aussi une amie (une petite fille qui a voulu
s’emparer de Jop). Mise en scène de la perte et de
l’angoisse qui l’accompagne, métaphores de l’angoisse
liée à d’autres pertes jamais dites de façon
explicite, chaque histoire met en scène le jeu d’enfant
dans sa version la plus sérieuse : l’objet d’amour
s’éloigne et puis revient. Mais la jubilation vient
aussi de la variation autour d’un thème sans cesse
renouvelé de façon très inventive, comme un
jeu qu’on pourrait prolonger sans cesse, mais qu’on
arrête à la fin du livre, sans doute parce qu’il
n’a plus lieu d’être.
Jop fait exister aussi bien l’univers de l’enfant, un
univers familier, celui des repas, de la maison, de la rue, du monde
tout autour, et du jeu qui s’y invente. En même temps,
sans insister lourdement, il fait voir ce qui n’est pas dit.
Un modèle pour les livres “sur les doudous”,
inimitable sans doute.
Anne-Marie
Mercier-Faivre
(mai 2006)
Anne-Marie
Mercier-Faivre
est
professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM
de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

d'Ole
Könnecke
Anton et les filles (l’école
des loisirs 2005)
Mon papa a peur des étrangers,
de Rafik Schami (La Joie de lire 2004)
http://www.lajoiedelire.ch/
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