Jop
de Gunnel Linde
Illustrations de Ole Könnecke

Gerstenberg - La joie de lire 2006
à partir de 6 ans

 

 

Le doudou qui voit clair (dans son jeu)

Jop est coincé dans l’ascenseur, Jop plonge dans le vide-ordure, Jop est enlevé, Jop disparaît dans le magasin, Jop est avalé par la boîte aux lettres, Jop est enterré vivant ”…Il arrive beaucoup de choses à Jop et l’on n’a pas besoin de l’affirmation donnée par le titre du premier chapitre pour avoir véritablement l’impression que “ Jop existe vraiment ”. Jop s’ennuie, Jop est d’accord, ou non, Jop mange, Jop regarde par la fenêtre…

Jop est une taupe en peluche ; il appartient à Ola qui ne cesse de le perdre et de le retrouver et qui vit seul avec sa mère. On pourrait se trouver face à un énième livre sur la perte d’un doudou indispensable (ces livres ont une utilité, nous diront certains), mais non : Jop existe vraiment, pas de façon “ magique ” (il ne parle ni ne bouge), mais à travers un regard qui le prend pour vrai, le regard d’Ola. Il existe aussi à travers les illustrations, très simples et drôles : les grands yeux étonnés de Jop – ce n’est pas très normal pour une taupe – qui gardent toujours la même expression en toutes circonstances – c’est normal pour une peluche – quelles que soient les situations dramatiques dans lesquelles il se trouve, accompagnent merveilleusement bien chaque début des courts chapitres.

La répétition fait le charme de cette histoire, une histoire qui progresse néanmoins : chaque fois c’est le gentil voisin un peu fantaisiste qui vole au secours d’Ola et de sa maman. À La fin, on le devine, ce n’est pas seulement Jop que l’on retrouve encore une fois, c’est un couple qui se forme et Ola trouve alors une autre figure rassurante et plus efficace qu’un doudou qu’on s’obstine à perdre (ce n’est pas innocent). Il trouve aussi une amie (une petite fille qui a voulu s’emparer de Jop). Mise en scène de la perte et de l’angoisse qui l’accompagne, métaphores de l’angoisse liée à d’autres pertes jamais dites de façon explicite, chaque histoire met en scène le jeu d’enfant dans sa version la plus sérieuse : l’objet d’amour s’éloigne et puis revient. Mais la jubilation vient aussi de la variation autour d’un thème sans cesse renouvelé de façon très inventive, comme un jeu qu’on pourrait prolonger sans cesse, mais qu’on arrête à la fin du livre, sans doute parce qu’il n’a plus lieu d’être.
Jop fait exister aussi bien l’univers de l’enfant, un univers familier, celui des repas, de la maison, de la rue, du monde tout autour, et du jeu qui s’y invente. En même temps, sans insister lourdement, il fait voir ce qui n’est pas dit. Un modèle pour les livres “sur les doudous”, inimitable sans doute.

Anne-Marie Mercier-Faivre
(mai 2006)

Anne-Marie Mercier-Faivre est professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

 

d'Ole Könnecke
Anton et les filles (l’école des loisirs 2005)
Mon papa a peur des étrangers, de Rafik Schami (La Joie de lire 2004)

http://www.lajoiedelire.ch/