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Un univers
doré et des existences fragiles
John Cheever
(1912-1982) est surtout célèbre pour ses nouvelles
(il a obtenu pour celles-ci le prix Pulitzer en 1978) mais même
s’il a servi de maître pour Raymond
Carver, il reste finalement peu connu. Depuis plusieurs années,
Dominique Mainard (auteur de Leur histoire aux Editions
Joëlle Losfeld) a décidé de réintroduire
son œuvre en France en traduisant deux recueils de nouvelles
pour le Serpent à Plumes : Insomnies et L’Ange
sur le Pont, avant de présenter ici l'un des rares romans
de l’écrivain.
Tout pourrait
être parfait pour la famille Nailles, propriétaire
d’une belle demeure dans les quartiers chics de Bullet Park
et pourtant… Depuis qu’un de leurs voisins a été
happé par un express, le père, Eliot Nailles, a la
phobie des trains et ne peut se rendre à son bureau de New-York
sans avoir absorbé des tranquillisants (qu’il se procure
sous le manteau). A moins que ce ne soit son métier de représentant
pour Spang, un bain de bouche qui donne une bonne haleine, qu’il
ne cherche à fuir inconsciemment. La mère, Nellie,
semble à peu près heureuse bien que l’on perçoive
chez elle un sentiment de malaise et de frustration. Quant au fils
unique, Tony, il se trouve un beau jour tellement triste qu’il
refuse désormais de quitter son lit. A la messe, les Nailles
rencontrent de nouveaux arrivants à Bullet Park, les Hammer
; le destin a prévu de réunir ces deux familles (en
anglais, "nail" signifie clou et "hammer" marteau)
de manière tragique. En effet, Paul Hammer, qui a vécu
une enfance malheureuse (né hors mariage, non reconnu par
son père, abandonné par sa mère, il est recueilli
par sa riche grand-mère paternelle), est un être torturé,
miné qui plus est, par un mariage raté et il a décidé
qu’il «était judicieux de crucifier un homme».
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Face
aux Lumières de Bullet Park,
le lecteur reste perplexe car il semble tenir deux romans
– ou plutôt deux nouvelles – entre les mains.
Le premier est constitué par la peinture minutieuse
de la famille Nailles et du milieu social qu’ils symbolisent,
exercice dans lequel excelle John Cheever, lui qui sait mettre
en avant les travers de chacun comme dans ce court mais décisif
portrait d’un professeur de Tony : « Elle
aurait pu être jolie – elle était mince,
ses traits étaient fins – mais sa peau était
cireuse et dans la lumière crue, on distinguait quelques
poils sur son menton ». La seconde partie, consacrée
à la biographie de Paul Hammer, est malheureusement
bien moins intéressante et d’un style fort différent
: Cheever, qui utilisait la troisième personne pour
observer froidement les Nailles choisit maintenant de parler
à la première personne. Quant au dénouement,
le passage à l’acte de Hammer, il vient à
point nommé rehausser l’intérêt
des Lumières de Bullet Park,
roman fort inégal.
Anne
Weber
(août
2003) |

Le
Serpent à Plumes
http://www.serpentaplumes.com
www.kirjasto.sci.fi/cheever.htm
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