Exposition


Joan Colom, Les Gens du Raval
Fondation Henri Cartier-Bresson
Du 26 avril au 30 juillet 2006

puis au Folkwang Museum d’Essen
23 septembre – 12 novembre 2006

Les gens du Raval, circa 1960 © Joan Colom
Collection Fundacio Foto Colectania

 

Fondation Cartier Bresson
2, impasse Lebouis
75014 Paris
01 56 80 27 00

Du mardi au dimanche de 13h00 à 18h30
Le samedi de 11h00 à 18h45
Nocturne le mercredi jusqu’à 20h30
Fermé lundi et jours fériés

conversations

mercredi 7 juin
« Joan Colom, l’espion de la rue »
avec Joan Fontcuberta, photographe

 


Parmi la grande populace


C’est en 1958, dans le Raval, ou Barrio Chino, quartier pauvre et animé de Barcelone, que Joan Colom s’est découvert une vocation pour la photographie. Il y a des œuvres qui attendent leur auteur, comme des spectacles leurs spectateurs : immédiatement fasciné par cette cour des maigres miracles et des miracles ventripotents, Joan Colom s’y immerge trois ans durant, à engendrer les clichés les plus réalistes et les plus expressifs de ce quartier maudit, de sa faune misérable et fière, de ses fortes prostituées et de ses petits loqueteux aux sourcils sérieux. Quarante plus tard, exposé pour la première fois en France, avec de magnifiques épreuves d’origine, le travail de Joan Colom sur « les Gens du Raval » nous montre une humanité généreuse en sentiments comme ses grosses fesses féminines en chair, concentrée dans les sombres ruelles interdites de l’Espagne franquiste.

De la pénombre d’une impasse aux ténèbres d’une maison close, les femmes exposent avec force et sans équivoque leurs pleines rondeurs, dont Joan Colom s’amuse à chercher les profils saillants, et, dans leur dos, à leurs trousses, les hommes et leur regard fatalement tourné vers ce plaisir à portée de main : dans le cercle infernal de ces ruelles sans issues ni ciel, la seule porte de sortie hors de la misère réside dans ces putains nonchalamment adossées à l’attente crasseuse, mains sur les hanches, mégots à la bouche, foudre dans les yeux. Ici et là, des couples mouvementés, des solitudes orgueilleuses, des vieillards qui s’esclaffent, et partout ces grasses femmes, derniers vestiges de la beauté dans les décombres citadins : les regarder, c’est toujours résister.

Inscrit dans la verticalité vitaliste des hauts immeubles, de leur linge qui pend, ou des talons fins sur lesquels les puissants popotins s’élèvent au-dessus de la saleté des pavés, l’art photographique, réaliste, et jamais misérabiliste, de Joan Colom place au premier plan l’incontournable désir, qui couvre, tout en la stigmatisant, la misère du quartier : des rapports intenses, parfois ironiques, sont instantanément créés par les décalages des personnages, par des cadrages qui tranchent dans la grisaille, et par des plans souvent gros, imposant la confrontation, le contact, la rencontre physique, comme dans ces ruelles où il n’est pas de place pour la distance. Souvent comparé à Brassaï dans Paris, Joan Colom dans Barcelone partageait avec Henri Cartier-Bresson ce jeu de mots, qu’il illustre non moins magistralement : « je fais le trottoir »…

Nicolas Cavaillès
(avril 2006)


Les gens du Raval, circa 1960
© Joan Colom
Collection Fundacio
Foto Colectania

 

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