| Les
gens du Raval, circa 1960 © Joan Colom
Collection Fundacio Foto Colectania
Fondation
Cartier Bresson
2, impasse Lebouis
75014 Paris
01 56 80 27 00
Du
mardi au dimanche de 13h00 à 18h30
Le samedi de 11h00 à 18h45
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conversations
mercredi 7 juin
« Joan Colom, l’espion
de la rue »
avec Joan Fontcuberta, photographe
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Parmi la grande populace
C’est en 1958, dans le Raval, ou Barrio Chino, quartier pauvre
et animé de Barcelone, que Joan Colom s’est découvert
une vocation pour la photographie. Il y a des œuvres qui attendent
leur auteur, comme des spectacles leurs spectateurs : immédiatement
fasciné par cette cour des maigres miracles et des miracles
ventripotents, Joan Colom s’y immerge trois ans durant, à
engendrer les clichés les plus réalistes et les plus
expressifs de ce quartier maudit, de sa faune misérable et
fière, de ses fortes prostituées et de ses petits
loqueteux aux sourcils sérieux. Quarante plus tard, exposé
pour la première fois en France, avec de magnifiques épreuves
d’origine, le travail de Joan Colom sur « les Gens
du Raval » nous montre une humanité généreuse
en sentiments comme ses grosses fesses féminines en chair,
concentrée dans les sombres ruelles interdites de l’Espagne
franquiste.
De la pénombre
d’une impasse aux ténèbres d’une maison
close, les femmes exposent avec force et sans équivoque leurs
pleines rondeurs, dont Joan Colom s’amuse à chercher
les profils saillants, et, dans leur dos, à leurs trousses,
les hommes et leur regard fatalement tourné vers ce plaisir
à portée de main : dans le cercle infernal de ces
ruelles sans issues ni ciel, la seule porte de sortie hors de la
misère réside dans ces putains nonchalamment adossées
à l’attente crasseuse, mains sur les hanches, mégots
à la bouche, foudre dans les yeux. Ici et là, des
couples mouvementés, des solitudes orgueilleuses, des vieillards
qui s’esclaffent, et partout ces grasses femmes, derniers
vestiges de la beauté dans les décombres citadins
: les regarder, c’est toujours résister.
Inscrit
dans la verticalité vitaliste des hauts immeubles,
de leur linge qui pend, ou des talons fins sur lesquels les
puissants popotins s’élèvent au-dessus
de la saleté des pavés, l’art photographique,
réaliste, et jamais misérabiliste, de Joan Colom
place au premier plan l’incontournable désir,
qui couvre, tout en la stigmatisant, la misère du quartier
: des rapports intenses, parfois ironiques, sont instantanément
créés par les décalages des personnages,
par des cadrages qui tranchent dans la grisaille, et par des
plans souvent gros, imposant la confrontation, le contact,
la rencontre physique, comme dans ces ruelles où il
n’est pas de place pour la distance. Souvent comparé
à Brassaï dans Paris, Joan Colom dans Barcelone
partageait avec Henri Cartier-Bresson ce jeu de mots, qu’il
illustre non moins magistralement : « je fais le
trottoir »…
Nicolas
Cavaillès
(avril 2006)
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Les
gens du Raval, circa 1960
© Joan Colom
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