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Il
est des petits films qui nous font changer d'avis...
Il y
a des soirées où l'on fuit un peu le bonheur surfait,
et où une belle surprise nous guette... On se retrouve alors
devant un petit film, J'me sens pas belle, dont la programmatique
inaugurale nous fait vaguement sourire. Et même si le film
de trentenaire célibataire parisien s'avère souvent
stéréotypé et nauséeux à l'extrême,
il est des petits films qui nous font changer d'avis...
Ici l'on rencontre
un huis-clos humain, théâtral dans son dépouillement,
respectant les sacro-saintes unités de temps (une soirée),
de lieu (chez Fanny, alias l'excellente Marina Foïs, échappée
des Robin des Bois), d'action (la rencontre amoureuse). L'argument
est simple : quand Fanny se décide à inviter un collègue
de travail, Paul, (le très charmant Julien Boisselier, à
l'affiche de Clara et moi avec Julie Gayet
et de Tout le plaisir est pour moi, avec
Marie Gillain) ; elle se déguise, se démène
et feint la nymphomanie pour ne pas sombrer dans l'indifférence.
Marina Foïs quitte alors son rôle de jeune femme délurée
ou déjantée, toujours un brin "fille perdue",
exit les "cheveux gras" (Filles perdues, cheveux gras,
de Claude Duty, toujours avec Marina Foïs) le désordre
capillaire sera celui d'une nuit partagée. J'me
sens pas belle ressemble bel et bien à du théâtre
filmé : le dénouement transparaît dès
le début et l'important réside surtout dans la qualité
des dialogues, la finesse des déplacements, et la révélation
des "coulisses" (en l'occurrence la cuisine de Fanny,
l'envers du décor, où la jeune femme se réfugie
quand elle cesse de jouer la comédie). Oscillant entre caricature
et revirements de situation un tantinet faussés, l'histoire
révèle surtout une sorte d'impératif catégorique
opppressant et ravageur : l'obligation du couple, et du bonheur,
érigés par la société.
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Dans
une première partie, focalisation sur Fanny, qui s'invente
une vie trépidante, fait sonner son propre téléphone,
affiche une part masculine et se ment allègrement,
avant tout à elle-même. L'envers du décor
: la voix d'Isabelle Nanty, Lolotte, meilleure amie attentive
qui exige, en écho au spectateur, la sincérité
du personnage, comme nous de la comédienne, en écrivant
(par texto!) la véritable règle cinématographique
et humaine : "N'en fais pas trop". Au fond
Fanny se sent seule, et ne se sent, de fait, pas bien belle.
Elle accumule vrais et faux ratages, retient Paul chez elle,
mais ne peut s'auto-persuader d'une satisfaction ou d'un besoin
strictement sexuels. |
Seconde partie,
changement de point de vue, le remarquable Julien Boisselier prend
la relève. De petit type coincé il laisse affleurer
une vérité d'être, une part de féminin.
Frôlant le ridicule (la danse ésotérique au
cours de laquelle il se dévoile, pour notre plus grand plaisir,
dans tous les sens du terme) il devient troublant, bouleversant
et sincère.
Paroles du quotidien,
mise en scène des corps qui se rapprochent et des regards
emplis de douceur. Erving Goffman, sociologue, parlait de "mise
en scène de la vie quotidienne", de rites et interactions
conversationnels, Paul Grice de "théorie des faces",
où chacun exhibe une face positive de soi (réussite,
apparences), pour mieux préserver une face négative
(univers du doute et du secret). D'où la nature bicéphale,
exemplaire et complexe, du compliment (de mise dans la rencontre
amoureuse) : formulé par la face positive, il atteint la
face négative, cachée, de l'autre. Dans le film, les
faces s'entremêlent. Fanny déblatère contre
elle-même de futiles faiblesses, dans une énumération
convulsive et décalée des angoisses "complexées"
de la femme moderne, tandis que Paul, moins paumé sans doute,
la regarde, amusé, et la désire.
Le spectateur
assiste à cette rencontre fébrile, à ses prémices
balbutiantes, et se laisse guider par le jeu juste des acteurs,
sans tricheries cinématographiques. Croirait-on in fine
au prince charmant, à l'âme soeur ? Non. Pas plus qu'hier.
La chanson entonnée par Marina Foïs, et reprise au générique
par effet de cadre, nous le rappelle ironiquement. L'on se prend
plutôt à croire à la sensibilité de deux
individualités, au parti-pris d'un cinéma d'auto-dérision,
retranché dans les interstices humains.
Un petit
film donc. Mais à la réflexion, ce petit film deviendra
grand.
Elise
Pavy
(septembre 2004)

http://www.snd-films.com/film.asp?ID=71
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