Ce que la vie signifie pour moi
Jack London

traduit de l’anglais par Moea Durieux
Editions du Sonneur

 

 

Profession de foi

Ce court texte autobiographique paru en 1906 donne à voir un Jack London (1876-1916) sous un jour inhabituel ; car on ne le sait peut-être pas, mais avant d'être l’auteur de Croc Blanc ou de L'appel de la forêt, l'écrivain fut un autodidacte, originaire d’une famille populaire, adepte du capitalisme puis du... socialisme.

Il retrace ici son parcours cahoteux, entre petits métiers et vagabondages, une trajectoire militante, des usines aux salons, et vice-versa. Profondément optimiste, malgré la lucidité politique dont il fait montre, il y déclare sa foi dans l’humain, persuadé que « la douceur spirituelle et la générosité finiront par avoir raison de la grossière gloutonnerie actuelle. » Ancien capitaliste (quand, à 16 ans, il eut l’idée « d’exploiter ses semblables » et lorsque, plus tard, il découvre que le cerveau est « une marchandise comme les autres »), il dresse une intéressante analogie entre activités illégales et libéralisme : « c’était du vol, je le reconnais, mais tel est précisément l’esprit du capitalisme », esprit auquel il oppose la solidarité du socialisme – il y souscrit après avoir compris, à l’instar de M. Jourdain pour la prose, qu’il l’était depuis longtemps, sans le savoir. Self-made man, victime du mythe de la success story à l’américaine, il sait en tirer des leçons et ainsi dépasser ses propres contradictions en relatant, avec une grande honnêteté intellectuelle, ses espoirs, ses échecs et ses désillusions, sans pourtant renoncer à s’affirmer idéaliste avant tout.

Une préface signée Francis Combes (éditeur du Temps des Cerises et président de l'association L'autre Livre) fait le lien entre les expériences de l’écrivain et le monde d’aujourd’hui – et précise ce que ce texte, au-delà de l’anecdote, peut nous enseigner, car Jack London est « l’un de ces cas rares d’écrivains (…) pour qui l’écriture n’est pas un but en soi, mais une façon de chercher et de dire le sens même de la vie individuelle et collective. » Un texte revigorant, lucide et engagé.

B. Longre
(mars 2008)

Blandine Longre, agrégée d’anglais, est l’une des fondatrices de Sitartmag ; traductrice et critique littéraire, elle s’intéresse tout particulièrement aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.
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