"Littératures
francophones et littérature française s’interpénètrent..."
C’est
le poète malgache Jacques Rabemananjara qui, en 1959, a lancé
l’exclamation « Voleurs de langue ! »,
voulant montrer que les colonisés, à qui on avait
imposé le français, l’ont à leur tour
conquis pour le faire leur, le façonner, le transformer.
La francophonie, qui englobe aussi ceux qui « ont appris
le français dans l’épreuve de l’exil ou
par choix délibéré », affiche ainsi
sa pluralité, « la fécondité du Divers
», selon la formule d’Edouard Glissant.
La «
traversée de la francophonie littéraire »
que propose Jean-Louis Joubert, l’un des éminents spécialistes
de la question, se veut à la fois synthétique et concrète.
Les quatre chapitres («De l’universalité de la
langue française aux français métissés
», « L’écrivain et ses langues »,
«L’irruption dans la modernité » et «
Littérature française ou littératures francophones
? ») font émerger de grandes figures, de l’Europe
à l’Océan indien, de l’Afrique noire à
l’Amérique du nord, du Maghreb aux Antilles…
Il y a là Ramuz, Kateb Yacine,
Jean-Joseph Rabearivelo, Léopold
Sedar Senghor, Aimé Césaire, Gaston Miron, Ahmadou
Kourouma, Ghérasim Luca,
Hampaté Bâ, Cioran, Saint-John
Perse, J.-M. G. Le Clézio, Assia Djebar, voire Bernardin
de Saint-Pierre, Jean-Jacques Rousseau ou Alexandre Dumas (tous
trois vraiment concernés par le sujet), d’autres encore,
sans compter ceux qui ne peuvent être évoqués
dans un livre de 130 pages, et qui le mériteraient pourtant.
Autant d’exemples qui illustrent ou suscitent une réflexion
sur les grandes questions liées à l’histoire
et à l’actualité de la littérature francophone,
de ses rapports avec une langue française dont l’ancienne
réputation de clarté, de pureté et de rigidité
est largement et heureusement démentie par le foisonnement
dont elle est l’agent et l’objet.
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L’auteur
rappelle au passage l’ambivalence du mot francophonie
(dont les enjeux sont à la fois linguistiques et
institutionnels, voire politiques), ses spécificités
et sa complexité, les notions de bilinguisme, de
« déterritorialisation » et de «
circulation », s’interroge sur la modernité,
sur les relations entre langue maternelle et langue seconde
(ou tierce), et insiste sur l’enrichissement sans
pareil que la diversité francophone, dans ses «
massifs », ses « îles », ses «
archipels », apporte à la langue française.
« Littératures francophones et littérature
française s’interpénètrent comme
elles l’ont toujours fait », dans une langue
sans cesse en transformation, toujours vivante aux quatre
coins du monde.
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Jean-Pierre
Longre
(mai 2006)
Jean-Pierre
Longre enseigne la littérature contemporaine
à l’Université Jean Moulin Lyon 3. Auteur d’études
sur divers écrivains du XXe siècle, collaborateur
de plusieurs revues, il a participé à la publication
des romans de Queneau dans la Bibliothèque
de la Pléiade, s’intéresse à la comparaison
des arts (littérature, musique, peinture) et effectue des
recherches sur les littératures francophones (Roumanie
et Belgique en particulier).
Derniers ouvrages parus : Raymond Queneau en scènes
(Presses Universitaires de Limoges, 2005) et Jean
Prévost aux avant-postes (Collectif,
avec William Marx, Les Impressions Nouvelles, 2006).

http://www.philippe-rey.fr/
page
thématique Francophonie
http://www.lehman.cuny.edu/ile.en.ile/paroles/rabemananjara.html
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