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Plus qu’un
policier, c’est un roman qui par bribes raconte une vie,
celle d’une jeune fille qui apprend soudain qu’elle
a toujours vécu sous un faux nom, au moment où sa
mère est arrêtée pour des actes commis près
de vingt ans plus tôt. Celle-ci a fait partie d’un
groupe révolutionnaire armé, qui ressemble beaucoup
à Action directe, de même que le cas de la mère
d’Emilie-Dora ressemble beaucoup à celui d’Hélène
Castel, arrêtée en 2004 au Mexique puis extradée
vers la France.
Le roman se centre sur la jeune fille, qui découvre Rouen,
la ville de sa mère, et ses grands parents qu’elle
n’avait jamais vus. Petit à petit, à travers
la rencontre d’un garçon de son âge (joli portrait
d’un fils d’aristos ruinés), elle livre son
histoire après avoir refusé de la dire à
ceux qui sont payés pour (psychologues, avocat, etc.) :
la vie errante, la clandestinité, les perpétuels
déménagements dans des villes misérables
(en France – cette vie n’a ici plus rien à
voir avec celle des Castel), l’absence de souvenirs et d’amitiés.
Elle raconte aussi la fin de leur fuite, retrouvées par
un ex-policier psychopathe, ce qui donne lieu à quelques
scènes assez brutales et angoissantes (mais pas trop, puisque
c’est elle qui les raconte, on sait qu’elle s’en
sort). Pas à pas, elle découvre aussi l’histoire
de sa mère, celle d’une génération
qui voulait changer le monde avec de mauvais moyens. Le livre
propose un portrait plein de compréhension, sans pour autant
excuser la violence, et pose un regard plein d’humanité
sur un pan de notre histoire.
De nombreux traits d’humour et de distance allègent
la tension : le regard que la jeune fille pose sur elle-même
et sur les autres, ceux de son âge et les plus âgés
: les délégués des élèves,
les militants balourds, les grands parents un peu maladroits,
la CPE, les profs de gym… L’auteur s’amuse aussi
avec de multiples clins d’œil, citations, emprunts
(l’avocat Derville porte le nom d’un avoué
balzacien, celui du Colonel Chabert et d’autres
romans de la Comédie Humaine). Des références
littéraires (Rimbaud, Céline, Flaubert) ouvrent
le texte sur la littérature et les goûts partagés.
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De
même que Flaubert a pu inspirer quelques une des descriptions
de Rouen, la quête obstinée du flic psychopathe
Duvert a beaucoup à voir avec celle que mène
dans Les Misérables l’inspecteur Javert,
poursuivant un homme innocent et une enfant en en faisant
une affaire personnelle dans laquelle la justice n’est
qu’un prétexte. Ici, plus qu’une référence
un peu lointaine, on peut lire le parti pris par l’auteur
: traiter d’un fait divers pour donner un état
de la société.
Anne-Marie
Mercier-Faivre
(décembre 2007)
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Anne-Marie
Mercier-Faivre
est
professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM
de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

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