Variations
sur des thèmes très humains
Jacques Jouet
aime les contraintes oulipiennes, les gens (dans le métro,
dans la rue, en groupes), la musique des mots, Raymond Queneau et
Jean-Sébastien Bach… En outre, il aime écrire
(des essais, des récits, des poèmes), et les Cantates
de proximité sont ici rassemblées comme
des humains en société, mais comme eux peuvent être
considérées individuellement.
Placées
(entre autres) sous l’égide de Max Beckmann, «
peintre d’histoire », dont les apparitions (ou
plutôt celles de certaines de ses œuvres) rythment l’ensemble,
ces cantates sont composées de variations sur des sujets
collectifs. De même que beaucoup d’entre elles sont
encadrées par des listes, des séries de mots clés
qui ouvrent et ferment chaque unité textuelle, de même
il est possible de résumer le tout en énumérant
les thèmes. Il y a donc, dans le désordre et à
quelques notes près : des élèves de collège
et de terminale L, des étudiants, des militants associatifs,
des prud’hommes en stage de formation, une équipe féminine
de basket, la famille Bach, des habitants de Ouagadougou, des photographes,
les permanents du Haut-Koenigsbourg, des architectes, des employés
de l’usine Sollac de Biache ou d’une filature en fin
de vie – les uns et les autres victimes de la dégradation
sociale, la fête et les révoltes du 1er mai, Rostropovitch
devant le mur de Berlin, les comédiens d’une pièce
de Marivaux, des vaches, une rue de Calais, des syndicalistes, les
morts du « Mémorial indien » (Pas-de-Calais)…
Et comment se
combinent ces variations ? En phrases très brèves
ou très longues (ces dernières posant, dans la tonalité
du « à supposer que… », des hypothèses
de travail), en récits, dictons, dialogues, portraits (poétiques)
individuels ou collectifs, citations, comptes, chaînes, textes
journalistiques, texte en blanc, questions qui persistent jusqu’à
l’enterrement du livre en personne…Surtout, des poèmes
à formes plus ou moins fixes – et leur liste en est
un à elle seule : pantoums, monostiques, redondes, haïkus,
« un seul mot », sextines, morale élémentaire,
sonnets, quinines, poèmes de métro (spécialité
jouetienne), bruits/cris, canto/cantate, chant patriotique, propositions
nominales, « terza rima berrychonne », quenoum…
Cantates
de proximité est une œuvre complète
(comme on dit d’un menu), dont l’élaboration
est en phase avec l’attachement à la littérature
et à ses théories (Barthes avant Queneau, Perec et
consorts), mais aussi pleinement aux humains, aux proches, à
nous, interprètes, auditeurs, lecteurs. Comme le théâtre,
comme la musique, la poésie est un miroir à peine
déformant.
Jean-Pierre
Longre
(juillet 2005)
Jean-Pierre
Longre, enseignant en littérature du XXème
siècle à l'Université Jean Moulin Lyon 3, est
l'auteur d'une thèse sur Raymond
Queneau, de divers ouvrages, dont
Queneau en scènes
(PULIM, 2005), ou
articles sur des écrivains contemporains et sur la comparaison
des langages littéraire et musical. Il a participé
à l'édition des romans de Queneau dans la " Pléiade
", et effectue des recherches sur les littératures francophones
(Roumanie, Belgique, Québec).

http://www.pol-editeur.fr/
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