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Echos du temps
Le titre de
ce roman, qui est un roman, se justifie par sa fin : ouverte, sans
doute pas heureuse, le coup de théâtre salvateur attendu
par l’héroïne étant sans doute impossible.
Mais il se justifie aussi par son début, ce titre étant
à considérer comme le « ceci n’est pas
une pipe» de Magritte. Aussi, le jeu avec le réel,
avec les certitudes et les doutes est-il permanent dans ces pages.
Roman d’un genre mêlé, ce qui justifie les interrogations
de son incipit : le récit à la première personne,
plus qu’un « journal décousu » se veut
un « cri du cœur ». Il mêle à la narration
du début la voix de la narratrice à 18 ans, trente
ans plus tôt, lorsqu’on lui a annoncé la mort
de son frère, ou à 16 ans, temps apparemment lumineux
et qui renferme, comme le ver dans le fruit, la racine de tous les
drames. S’ajoute à ces voix celles du journal du père,
découvert au moment de la narration, celle des lettres de
l’arrière grand-mère morte folle (dit-on), qui
a laissé ces traces et en a effacé d’autres,
celles du fils de celle-ci, mort pendant la guerre de 14-18. L’inconnue,
la présente-absente, la mère, n’a pas laissé
de traces ni de mots et a creusé ainsi le trou dans lequel
sa fille est tombée, puis s’est relevée. Sur
le fond de toutes ces voix, l’aphasie de la narratrice de
18 ans, qui la fait interner pendant quelques mois en hôpital
psychiatrique.
L’écho est la figure majeure du roman : celui que les
enfants et les adultes font chanter dans la baie de Paradise, la
maison d’enfance au bord de la mer, celui des secrets et des
mensonges qui traversent les générations, celui de
l’histoire de l’étonnant personnage de la juive
rescapée des camps et prétendue catholique pour avoir
la paix dans cette Irlande des années 60-70, celui de l’histoire,
celle de l’Irlande mêlée à celle de l’Europe.
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Ce beau
roman, lumineux malgré la noirceur de ses thèmes,
tisse des fils qui font apparaître progressivement
une vérité, plus proche de celles de la vie
que de celles de bien des romans : évidente et complexe,
faite de strates et d’échos, où les
mots pèsent de tout leur poids, dits ou tus. Le mystère
des êtres transparaît à travers l’écriture,
limpide, de ce court roman qui arrive en peu d’espace
à retracer tous ces chemins.
Anne-Marie
Mercier-Faivre
(décembre 2007)
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Anne-Marie
Mercier-Faivre
est
professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM
de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

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