Panorama de la littérature fantastique américaine.
Du Renouveau au Déluge (tome 3).
de Jacques Finné

Éditions du Céfal, Collection « Bibliothèque des paralittératures », 2006

 

 


Aux frontières du réel


Il y a maintenant dix-sept ans que Jacques Finné entamait son vaste Panorama de la littérature fantastique américaine. Dans son premier tome, cet éminent spécialiste – et père d’une des plus belles traductions de Dracula de Bram Stoker, ainsi que de l’excellente d’Ariel de Lawrence Block – s’intéressait aux origines du genre : il partait en éclaireur au sein du XIXe siècle et traitait de figures-phares telles que Mark Twain, Edgar Allan Poe, Herman Melville et Howard Phillips Lovecraft flanqué de sa terrible créature Cthulhu. Le deuxième opus, quant à lui, se concentrait, via un classement essentiellement thématique, sur un corpus s’étalant des années ‘50 (la mort des pulps) à celles du Renouveau, à travers des noms aussi emblématiques que Ray Bradbury ou Fritz Leiber.

Finné clôture ici sa consciencieuse étude : elle s’achève en 1985, date butoir, pour le moins arbitraire, arrêtée principalement en raison du caractère pléthorique et inégal de la production fantastique de la fin du XXe et du début du XXIe. Finné poursuit sa quête sur cinq chapitres abordant successivement les fantômes et les maisons hantées, le diable qui à présent « ne nous attend plus au tournant de la mort, mais au tournant de l’existence », la campagne et les « petites têtes blondes » (victimes sacrificielles ou malins grimés), les auteurs gravitant aux frontières de cette paralittérature, et enfin le King Stephen et sa ribambelle de vassaux.


Dans sa préface, Finné s’exprime en ces mots : « J’espère avoir conservé assez d’objectivité pour parler sans haine (sans amour m’est impossible) des œuvres que je désire présenter avec pour seul but de permettre à mon lecteur de gagner du temps en évitant les textes vis-à-vis desquels il ne se sent pas d’atomes crochus […]. » Pari perdu… et là est l’originalité de l’ouvrage ! Finné n’est pas homme de jugements lisses ou consensuels. Il encense et descend en flèche, mais explique toujours, avec force arguments… et beaucoup de mordant, ses coups de cœur comme ses mouvements de rejet. Le lecteur demeure donc maître de ses choix. En outre, avant de se prononcer, Finné prend généralement la peine de dresser un portrait des écrivains (comme Shirley Jackson, Anne Rivers Siddons, Ira Levin et William Peter Blatty dont, paraît-il, l’œuvre la plus remarquable ne serait pas L’exorciste, mais The Ninth Configuration) et un résumé des nouvelles ou romans envisagés, en n’omettant pas d’établir des liens entre chaque élément pour constituer un réseau cohérent.

Finné est un esprit curieux, qui boit le thé avec des femmes victoriennes, tout en interviewant des vampires et fricotant sans crainte avec d’inquiétants démons. Ces pages sont à conseiller aux néophytes en la matière (entre autres pour l’imposant appareil critique l’accompagnant) : emprunter les sentiers balisés de ce ghostbuster, c’est s’assurer une incursion sous haute tension dans l’univers des frissons.

Samia Hammami
(décembre 2007)

Samia Hammami, licenciée et agrégée en langues et littératures romanes, a rédigé un mémoire sur « La figure de la prostituée dans l’œuvre romanesque d’André Baillon ». Détentrice d’un Master en FLES, elle est actuellement professeur de français langue étrangère à l’Université de Liège.

 

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On doit aussi à Jacques Finné les traductions de deux ouvrages de Mrs Riddell publiés aux éditions J. Corti.