La Reine des heures

Le jardin de l’homme-léopard

de Jean-François Chabas
L’Ecole des loisirs (medium), hiver 2007

 

 

L’Equateur, si près si loin

On ne trouvera pas dans La Reine des heures de fiction unifiée, d’intrigue, mais un parcours sensible d’un pays, l’Equateur, raconté à travers le regard d’une jeune femme d’aujourd’hui, qui y est née, qui y vit et qui voit beaucoup de choses à travers le prisme de celle qu’elle appelle «la reine des heures », une tortue géante des Galapagos, vieille de 184 ans.
L’histoire et la géographie du pays (l’expédition de Darwin, les tremblements de terre), le regard porté par les étrangers (essentiellement les gringos) sur lui, les paysages, les odeurs et les couleurs, les habitants (descendants d’espagnols et indiens…) chaque chapitre est un fragment de la vie de la narratrice, un événement ou une rencontre, chacun a son tempo. C’est une belle façon d’approcher l’ailleurs autrement que par la pure fiction et l’invention d’intrigue et ce regard de tortue donne à cette image de l’Amérique du sud et de la vie en général un relief très intéressant.


Le jardin de l’homme-léopard : Serpents, aventure et amour

Crow Station, 1954, où Wesley, onze ans, vit avec sa mère veuve et attend l’aventure. Celle-ci commence avec un petit trafic pas banal pour un lecteur européen : Wesley et son ami Walt chassent en cachette les Gilas, dangereux lézards venimeux, qui vivent tout près de chez eux, dans le désert du Mojave, et les vendent à un chercheur en biologie discret et peu scrupuleux. Au hasard d’une chasse, ils découvrent qu’on construit sur la mesa des murailles dont on ne sait ce qu’elles renferment. Wesley brave tous les interdits pour le découvrir.
Cette histoire est racontée par un Wesley vieillissant, dont on sait qu’il a été chercheur d’or, et celui-ci porte un regard plein de tendresse et d’humour sur les personnages : lui-même, son ami, et leurs dialogues toujours les mêmes truffés d’insultes et de fanfaronnades, sa mère, les parents de Walt, aimants et discrets mais fermes. Le frère de Walt, qui se prend pour Brando, quelques figures du village qu’on aperçoit ici et là.

C’est aussi un regard sur le désert, du moins celui de ce temps là, silencieux, menaçant et superbe, la nuit et le jour. Enfin, c’est un mystère, celui d’un jardin entraperçu dans lequel on cherche à pénétrer, au beau milieu du désert, d’un homme (« l’homme-léopard ») défiguré et amoureux. C’est une belle histoire très bien racontée.

Anne-Marie Mercier-Faivre
(septembre 2007)

Anne-Marie Mercier-Faivre est professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

 

http://www.ecoledesloisirs.fr

du même auteur
L’étincelle
L’école des loisirs (neuf), 2007