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Nouvelles
de littérature
Les deux nouvelles
proposées dans ce volume auraient pu aussi bien être
proposées en collection pour adultes. En effet, dans les
deux cas, le narrateur est adulte, et parle d’un point de
vue d’adulte, même si les histoires racontées
sont des souvenirs de son enfance. Ces deux textes sont remarquablement
écrits, denses, analysent avec beaucoup de précision
les états psychologiques, décrivent avec une grande
netteté qui n’empêche pas le recours aux images
et aux métaphores. Chacune de ces histoires va bien au-delà
de l’anecdote et du ressenti d’un moment : elles sont
des histoires fondatrices d’un individu, un événement
qu’il n’oubliera jamais et qui lui a appris beaucoup.
Dans l’une (« L’étincelle »),
la narratrice a 21 ans et raconte un incendie de forêt, qu’elle
a provoqué par maladresse, et dont elle ne réchappe
que grâce aux qualités d’un cousin que sans cela
elle aurait pu considérer avec condescendance. La progression
du feu, les réflexions qu’elle se fait (ou qu’elle
est incapable d’avoir) ; les bruits, les sensations, les sentiments,
les dialogues entre les deux enfants, les actions, tout cela est
remarquablement décrit.
Dans l’autre (« La goutte »), le narrateur
a 65 ans ; il a été reporter de guerre et raconte
l’événement qui l’a le plus marqué
dans sa vie : non pas un épisode dramatique de sa carrière
aventureuse mais un amour d’enfant, vécu à neuf
ans, en 1950, pour une jeune hollandaise albinos qui a fait un bref
passage dans sa classe.
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Le
statut de souffre douleur de celle-ci (qu’on appelle
« la boche »), l’attirance progressive du
narrateur pour elle, sa difficulté à s’approcher
d’elle, un accident… l’histoire est pleine
de rebondissements, dont certains sont minuscules et d’autres
font figure de saut dans le vide. Tout cela est situé
dans le contexte des années 50 : haine de l’ex-ennemi,
bêtise et cruauté généralisés,
sévérité des parents qui frappent avant
d’interroger. Et l’image évanescente et
obsédante de cette petite fille est si bien évoquée
que l’on comprend qu’il n’ait pu s’en
détacher : elle demeure, une fois le livre fermé,
comme une vision éblouissante qui demeure lorsqu’on
ferme les yeux – ou le livre.
Anne-Marie
Mercier-Faivre
(avril 2007)
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Anne-Marie
Mercier-Faivre
est
professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM
de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

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