L’étincelle
de Jean-François Chabas
L’école des loisirs (neuf), 2007

 

Nouvelles de littérature

Les deux nouvelles proposées dans ce volume auraient pu aussi bien être proposées en collection pour adultes. En effet, dans les deux cas, le narrateur est adulte, et parle d’un point de vue d’adulte, même si les histoires racontées sont des souvenirs de son enfance. Ces deux textes sont remarquablement écrits, denses, analysent avec beaucoup de précision les états psychologiques, décrivent avec une grande netteté qui n’empêche pas le recours aux images et aux métaphores. Chacune de ces histoires va bien au-delà de l’anecdote et du ressenti d’un moment : elles sont des histoires fondatrices d’un individu, un événement qu’il n’oubliera jamais et qui lui a appris beaucoup.
Dans l’une (« L’étincelle »), la narratrice a 21 ans et raconte un incendie de forêt, qu’elle a provoqué par maladresse, et dont elle ne réchappe que grâce aux qualités d’un cousin que sans cela elle aurait pu considérer avec condescendance. La progression du feu, les réflexions qu’elle se fait (ou qu’elle est incapable d’avoir) ; les bruits, les sensations, les sentiments, les dialogues entre les deux enfants, les actions, tout cela est remarquablement décrit.
Dans l’autre (« La goutte »), le narrateur a 65 ans ; il a été reporter de guerre et raconte l’événement qui l’a le plus marqué dans sa vie : non pas un épisode dramatique de sa carrière aventureuse mais un amour d’enfant, vécu à neuf ans, en 1950, pour une jeune hollandaise albinos qui a fait un bref passage dans sa classe.

Le statut de souffre douleur de celle-ci (qu’on appelle « la boche »), l’attirance progressive du narrateur pour elle, sa difficulté à s’approcher d’elle, un accident… l’histoire est pleine de rebondissements, dont certains sont minuscules et d’autres font figure de saut dans le vide. Tout cela est situé dans le contexte des années 50 : haine de l’ex-ennemi, bêtise et cruauté généralisés, sévérité des parents qui frappent avant d’interroger. Et l’image évanescente et obsédante de cette petite fille est si bien évoquée que l’on comprend qu’il n’ait pu s’en détacher : elle demeure, une fois le livre fermé, comme une vision éblouissante qui demeure lorsqu’on ferme les yeux – ou le livre.

Anne-Marie Mercier-Faivre
(avril 2007)

Anne-Marie Mercier-Faivre est professeure des Universités. Elle enseigne à l'IUFM de Lyon et à l'Université Lumière-Lyon 2.

 

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