Petite
Poucette
Laura est au
bord de la mer pour une semaine, dans une maison que ses parents
ont louée pour l’occasion. Des vacances qui s’annoncent
paisibles : dès son arrivée, la petite adopte le hamac
du jardin et décide de ne plus le quitter, pensant avoir
trouvé là un poste d’observation idéal,
« pour regarder les nuages » ou bien «
le vert des feuilles, le soleil », et ainsi de suite…
Mais elle quitte bien vite son nid suspendu quand elle aperçoit,
à ses pieds, des petits cailloux qui forment un chemin. Elle
pense bien sûr au Petit Poucet et part faire sa récolte
; quand elle revient au hamac, chargée de son « trésor
», quelqu’un d’autre s’y est installé
: un petit garçon pareil à « un rayon de
soleil ». Il s’appelle Jérémy et
elle s’en fait aussitôt un ami. Ensemble, ils trient
et classent savamment les cailloux ; puis le lendemain, sur la plage,
Jérémy montre à Laura toutes les petites bêtes
qui se cachent sous les algues ou entre les rochers…
Le lecteur comprend peu à peu que ce nouvel ami avec qui
Laura est si heureuse de partager ses jeux n’existe que dans
l’esprit de la petite – justement, jamais son visage
n’apparaît sur les illustrations qui accompagnent le
texte : seul un éclat de chevelure dorée et les grands
yeux étonnés de le petite fille, qui vit pleinement
ces petites aventures aux côtés de cet ami imaginaire.
En découvrant Jérémy, on repense à la
Marie Moulhoud de Cédric Erard, l’amie inventée
par Jeanne (Lettres à Marie
Moulhoud - L'Ecole des loisirs), petite fille solitaire
qui cherche à échapper à la monotonie familiale.
Ici, les parents de Laura ne ressemblent pourtant pas à ceux
de Jeanne ; sa mère s’inquiète un peu pour sa
fille, qui semble épanouie mais qu’elle a vu parler
à un être invisible… « Il faut bien
qu’elle s’occupe », dit son père,
qui accepte la situation avec sérénité. Laura
s’est tout simplement trouvé un compagnon pour la semaine,
et aucun des deux parents ne dramatisent la situation, comme s’ils
comprenaient intuitivement ce que cette construction enfantine représente
pour leur fille, sans la juger ni la condamner, préférant
ne pas s’immiscer dans ce jardin secret. La complicité
entre Laura et sa mère est intense, belle à voir et
permet à la petite de surmonter le chagrin du départ,
quand elle s’aperçoit que Jérémy, cet
ami lumineux qui a éclairé ses vacances, ne viendra
pas lui dire au revoir.
 |
Ce mini
roman, empreint d’une douce poésie que rehaussent
les délicates illustrations de Kimiko, ne cherche
pas à expliquer les raisons de l’apparition
de l’ami inventé ou à analyser cliniquement
le phénomène ; l’enfant lecteur, qui
vit lui aussi entre le vrai et le faux, entre la réalité
et l’imaginaire, acceptera cette amitié inhabituelle
sans la remettre en question et partagera avec plaisir les
vacances que raconte Laura… personnage de papier,
tout aussi fictive en réalité que Jérémy,
mais dont on croit pourtant à l’existence,
le temps d’une lecture...
Blandine
Longre
(octobre 2006)
|
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en
chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.

du
même auteur
Meilleur
ami (L'Ecole
des loisirs, 2005)
La mémoire neuve (L'Olivier,
2003)
Tous les garçons et les filles
(L'Ecole des loisirs, 2003)
http://www.ecoledesloisirs.fr
|