Tous les garçons et les filles
L'Ecole des loisirs, mars 2003
collection Medium
à partir de 14-15 ans

 

 

Ce roman de l'adolescence, qui décrit quelques mois de la vie d'un jeune lycéen, ressemble parfois à un petit manuel de survie à l'usage des anticonformistes, de ceux que la notion de "groupe" ennuie et terrorise tout à la fois et qui n'ont pas tellement envie de collaborer à l'uniformité ambiante et aux règles tacites qui gèrent le microcosme d'un lycée. Mais le jeune protagoniste, Julien, sait parfaitement que s'il ne veut pas se sentir trop seul, il lui faut "s'intégrer", et jouer au bon copain. Se fondre dans la masse, c'est d'abord montrer que l'on est capable de rire des blagues stupides des autres garçons, d'en inventer soi-même, de multiplier les remarques stupides sur les filles et d'accompagner ses camarades au café du coin même si ce qui s'y raconte n'a aucun intérêt : " je passe les récrés à rôder autour de plusieurs groupes, sourire, amorcer des semblants de conversation. Ce grand jeu me fatigue déjà. Mais il en va de ma vie sociale et de ma santé mentale. Courage, abnégation, sacrifice". La rentrée en classe de seconde débute ainsi cahin-caha pour Julien, partagé entre son besoin de solitude, et son envie d'avoir un ami. Il ne tarde pas à remarquer " un garçon silencieux et calme", Clément, qu'il trouve très beau. Peu à peu, Julien perçoit sans se l'avouer vraiment qu'il n'a pas simplement envie d'un ami, mais d'un amoureux : cette révélation, il l'accepte implicitement tout en comprenant qu'il lui faudra surmonter sa honte et combien il lui sera difficile de l'avouer aux autres, tout particulièrement à Clément.

Avec sobriété, Jérôme Lambert aborde le thème d'une homosexualité naissante dans une société aujourd'hui tolérante, mais encore capable de montrer quelques préjugés instinctifs : les parents de Julien comprennent à demi-mots et paraissent accepter son amour pour Clément, même s'ils n'en parlent pas vraiment ; mais d'autres, au lycée, ont conservé les réflexes machistes d'un autre âge et savent comment insulter et humilier ceux qui ne leur ressemblent pas... Le monde de l'école est ainsi dépeint avec justesse comme un univers un peu sclérosé, où tout semble déjà établi, prévisible. La lucidité un peu amère de Julien et la justesse du ton donnent à ce roman un charme indéniable, et certains se retrouveront sans mal dans le personnage ; un individu face au "groupe", à la collectivité qui uniformise les pensées, les habitudes et les loisirs, souvent inconsciemment : "Je déteste faire la vaisselle en groupe, chanter au coin du feu, balancer des traversins à la gueule. Je n'ai pas envie d'aller espionner les filles après le couvre-feu ni de savoir qui pisse le plus loin. Je ne sais pas qui est le gardien de but de l'équipe de France, je ne comprends rien à Final Fantasy IV et surtout, je trouve ça chiant. (...) Le pire, et c'est là que j'aggrave mon cas, c'est que rien de tout cela ne me manque. Je vis très bien sans, merci". Ce type de discours ne peut laisser indifférent et l'on se prend vite de sympathie pour ce garçon différent ! On remarque surtout la simplicité du style, la brièveté des phrases et les blancs sur la page, comme des silences qui témoignent de la pudeur de Julien, que ses pairs ne comprennent pas toujours. Un roman lucide mais néanmoins optimiste, une histoire qui affirme le droit à la différence, à mettre entre les mains de tous les lycéens débutants !

B.Longre
(février 2003)

Jérôme Lambert est né à Nantes en 1975. Aujourd’hui il vit à Paris. Les concours d’enseignement ne voulant pas de lui, il a gardé de ses études de lettres le meilleur : l’amour des livres et des auteurs. C’est sans doute pour cette raison qu’il lit beaucoup, traduit un peu et vient d’écrire son premier roman.

du même auteur :
Comme le soleil (Mouche de l’école des loisirs, 2006)
Meilleur ami (L'Ecole des loisirs, 2005)
La mémoire neuve (L'Olivier, 2003)

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