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Ce roman de
l'adolescence, qui décrit quelques mois de la vie d'un jeune
lycéen, ressemble parfois à un petit manuel de survie
à l'usage des anticonformistes, de ceux que la notion de
"groupe" ennuie et terrorise tout à la fois et
qui n'ont pas tellement envie de collaborer à l'uniformité
ambiante et aux règles tacites qui gèrent le microcosme
d'un lycée. Mais le jeune protagoniste, Julien, sait parfaitement
que s'il ne veut pas se sentir trop seul, il lui faut "s'intégrer",
et jouer au bon copain. Se fondre dans la masse, c'est d'abord montrer
que l'on est capable de rire des blagues stupides des autres garçons,
d'en inventer soi-même, de multiplier les remarques stupides
sur les filles et d'accompagner ses camarades au café du
coin même si ce qui s'y raconte n'a aucun intérêt
: " je passe les récrés à rôder
autour de plusieurs groupes, sourire, amorcer des semblants de conversation.
Ce grand jeu me fatigue déjà. Mais il en va de ma
vie sociale et de ma santé mentale. Courage, abnégation,
sacrifice". La rentrée en classe de seconde débute
ainsi cahin-caha pour Julien, partagé entre son besoin de
solitude, et son envie d'avoir un ami. Il ne tarde pas à
remarquer " un garçon silencieux et calme",
Clément, qu'il trouve très beau. Peu à peu,
Julien perçoit sans se l'avouer vraiment qu'il n'a pas simplement
envie d'un ami, mais d'un amoureux : cette révélation,
il l'accepte implicitement tout en comprenant qu'il lui faudra surmonter
sa honte et combien il lui sera difficile de l'avouer aux autres,
tout particulièrement à Clément.
Avec sobriété,
Jérôme Lambert aborde le thème d'une homosexualité
naissante dans une société aujourd'hui tolérante,
mais encore capable de montrer quelques préjugés instinctifs
: les parents de Julien comprennent à demi-mots et paraissent
accepter son amour pour Clément, même s'ils n'en parlent
pas vraiment ; mais d'autres, au lycée, ont conservé
les réflexes machistes d'un autre âge et savent comment
insulter et humilier ceux qui ne leur ressemblent pas... Le monde
de l'école est ainsi dépeint avec justesse comme un
univers un peu sclérosé, où tout semble déjà
établi, prévisible. La lucidité un peu amère
de Julien et la justesse du ton donnent à ce roman un charme
indéniable, et certains se retrouveront sans mal dans le
personnage ; un individu face au "groupe", à la
collectivité qui uniformise les pensées, les habitudes
et les loisirs, souvent inconsciemment : "Je déteste
faire la vaisselle en groupe, chanter au coin du feu, balancer des
traversins à la gueule. Je n'ai pas envie d'aller espionner
les filles après le couvre-feu ni de savoir qui pisse le
plus loin. Je ne sais pas qui est le gardien de but de l'équipe
de France, je ne comprends rien à Final Fantasy IV et surtout,
je trouve ça chiant. (...) Le pire, et c'est là que
j'aggrave mon cas, c'est que rien de tout cela ne me manque. Je
vis très bien sans, merci". Ce type de discours
ne peut laisser indifférent et l'on se prend vite de sympathie
pour ce garçon différent ! On remarque surtout la
simplicité du style, la brièveté des phrases
et les blancs sur la page, comme des silences qui témoignent
de la pudeur de Julien, que ses pairs ne comprennent pas toujours.
Un roman lucide mais néanmoins optimiste, une histoire qui
affirme le droit à la différence, à mettre
entre les mains de tous les lycéens débutants !
B.Longre
(février 2003)

Jérôme
Lambert est né à Nantes en 1975. Aujourd’hui
il vit à Paris. Les concours d’enseignement ne voulant
pas de lui, il a gardé de ses études de lettres le
meilleur : l’amour des livres et des auteurs. C’est
sans doute pour cette raison qu’il lit beaucoup, traduit un
peu et vient d’écrire son premier roman.
du
même auteur :
Comme
le soleil (Mouche de l’école des loisirs, 2006)
Meilleur
ami (L'Ecole
des loisirs, 2005)
La mémoire neuve (L'Olivier,
2003)
http://www.ecoledesloisirs.fr
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