du 28 janvier au 7 février 2002

au Théâtre Les Ateliers, Lyon


une pièce de
Emmanuel Bourdieu
Mise en scène Denis Podalydès

Avec Marie-Armelle Deguy, Cécile Bouillot,
Pierre-Alain Chapuis, Micha Lescot

 

Texte inédit (en projet aux Editions Les Solitaires Intempestifs)
La pièce sera créée le 8 janvier 2002 à la Maison de la Culture de Bourges – Scène Nationale

C'est dans l'univers ludique et ambigu de la petite enfance que Bourdieu et Podalydès nous plongent d'emblée ; un univers sobre, réduit à l'essentiel, où seuls les mots ont leur importance : Pauline oblige son jeune frère Jean à jouer à un jeu de son invention ; la règle en est simple : remplacer "je" par "tu" et inversement. Cet amusement langagier anodin va peu à peu devenir pour Jean l'unique et mécanique outil de communication, provoquant un dérèglement psychologique irrémédiable. Les années passent et Jean ne peut plus s'exprimer autrement : il est incapable de connaître ses propres pensées, mais il peut lire celles des autres. On assiste alors à la lente et chronologique (tous les cinq ans) déconstruction de l'esprit d'un personnage en lutte perpétuelle contre cette aliénation mentale, contre ce sentiment d'étrangeté à sa propre conscience. La déconstruction du langage se double d'une régression physique, les mots disparaissent peu à peu et le ludique de l'enfance s'est transformé en la défaite de toute une vie.
Jean tente de deviner ou d'éprouver ses sentiments à travers l'esprit des autres : est-il amoureux ? Peut-être, si sa femme l'est. Est-il sensible à l'art, à la beauté ? Sûrement, si les autres le sont... Ce va et vient permanent entre le rationnel ("Je suis moi") et l'irrationnel ("Je est un autre"), cette manière toute particulière de montrer un personnage doutant des lois qui régissent son univers, créent la dimension fantastique de la pièce.
Un fantastique qui bascule dans le réalisme uniquement pour montrer l'ambiguïté des liens qui unissent les personnages (Pauline, la soeur incestueuse, son mari désirant la femme de Jean) ou bien pour renforcer leur enfermement : Jean devient nerveux, hésitant, prisonnier de ses gestes ; Pauline s'enferme dans son personnage de soeur possessive jusqu'à la folie. Un enfermement parfaitement évoqué par le décor minimaliste, par une scène à multiples plates-formes, où les comédiens font leurs entrées et leurs sorties en empruntant d'exigus couloirs, comme des rats dans la cage d'un laboratoire de recherche.
Nous interrogeant sur le rapport de notre propre conscience à celle d'autrui, Jean, personnage lucide bien qu'aliéné, nous pose la question de savoir s'il est plus facile de connaître les autres que de se connaître soi-même.
Ce conte fantastique moderne est le récit de cette impossibilité à y répondre.

Olivier Longre
(janvier 2002)


Théâtre Les Ateliers

5, rue du petit david
69002 Lyon
réservations 04 78 37 46 30

La Candidature / Les trois théâtres d'Emmanuel Bourdieu

Théâtre Les Ateliers
http://www.theatrelesateliers.com

http://www.comedie-francaise.fr/biographies/podalydes.htm

http://www.theatre-contemporain.net/auteurs/bourdieu/pdgeb.htm