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Le terme "existence"
apparaît dans la langue française au XIVe siècle
mais ne rentre dans l'usage courant qu'au XIXe siècle ; de
même, "existentialisme", pour définir le
mouvement philosophique qui place l'existence humaine au coeur de
son raisonnement, est très récent ; attesté
en 1925, il est vulgarisé par Jean-Paul Sartre et Karl Jaspers
vers 1945. Et pourtant, bien avant les débuts de la philosophie
"moderne", la question de l'être intéressait
déjà Aristote, qui parlait de "la science de
l'être en tant qu'être" pour définir la
métaphysique. Néanmoins, avant de se libérer
de la théologie, la philosophie s'attachait davantage à
discourir sur l'être parfait que sur l'homme lui-même
: un reproche explicitement formulé par Heidegger, pour qui
la philosophie de l'être, en se focalisant ainsi sur Dieu,
se fondait en réalité sur "l'oubli de l'être"...
Il est beaucoup question de ce dernier dans Esquisse pour
une histoire de l'existentialisme,
qui inaugura la naissance des éditions de L'Arche en 1949.
L'auteur s'est attaché à retracer brièvement
la genèse et les évolutions de l'existentialisme,
à fixer les grands traits d'une philosophie nouvelle, ou
plutôt, "un nouveau mode de philosopher",
un mouvement sans doctrine ; une caractéristique qui rend
toute définition cadrée impossible et d'emblée,
l'auteur se heurte à cette difficulté à cerner
précisément ce que le terme recouvre ("les
mots en -iste recouvrent ordinairement de vagues généralités").
Pour la surmonter, il nous propose de remonter aux sources de la
notion, qui possède de multiples résonances, anciennes
et modernes.
La philosophie classique considérait l'essence comme la valeur
suprême, immuable et constante, et ainsi, elle précédait
l'existence. Kierkegaard (1813-1855) fut l'un des premiers à
s'opposer aux philosophies qui niaient l'individualité, la
subjectivité et la valeur de l'expérience humaine,
se refusant "à être un paragraphe dans un système".
Pour Jean Wahl, Kierkegaard est le premier "penseur subjectif",
sans lequel "nous ne pouvons concevoir et comprendre les
préfigurations de la philosophie de l'existence",
qui met en marche l'existentialisme chrétien (Dieu, même
s'il n'est plus au centre de la réflexion, y tient toujours
une place de choix). C'est Jaspers qui, l'un des tous premiers,
laïcise la pensée kierkegaardienne, supprime Dieu sans
toutefois rejeter la notion de transcendance ( qui ne "s'appelle
plus Jésus" mais est "un absolu",
"quelque chose de caché qui se révèle
en des fragments fugitifs"). Ainsi, l'homme, en prenant
conscience de ses limites et de ses échecs, parvient à
se réaliser et à affirmer son existence.
Mais c'est Heidegger qui pose véritablement les bases de
l'ontologie moderne, "car (...) seul l'homme existe véritablement".
Sans digressions, l'auteur entreprend de retracer les grands moments
de la réflexion de Heidegger (l'expérience de l'angoisse,
l'idée de la finitude des possibles dans la conscience de
la mort, mais aussi l'élan de transcendance qui pousse l'homme,
toujours en projet, vers le monde, les autres et l'avenir). Tout
en paraissant approuver en partie les idées du philosophe,
et penser que sa philosophie est "un élargissement
(...) une négation de l'individualisme Kierkegaardien",
Jean Wahl ne cesse d'en interroger les paradoxes et les ambiguïtés,
ne manquant pas de mentionner l'adhésion d'Heidegger aux
thèses nazies, dès 1933...
En fin d'ouvrage, l'auteur aborde l'existentialisme
de ses contemporains et notamment celui de Sartre : la dualité
humaine (l'en-soi et le pour-soi) est expliquée, mais peu
développée ; il est sans doute beaucoup trop tôt
pour analyser les paradoxes de la pensée sartrienne... Jean
Wahl parvient néanmoins à des définitions et
tout au long de cette ébauche claire, didactique et concise,
a le mérite de confronter sans cesse les doctrines ou les
notions, d'en décrire les interactions et les influences.
Ainsi, le travail historique se double ici d'une véritable
démarche philosophique, en témoignent les nombreuses
interrogations qui ponctuent le discours, ainsi que les propositions
pour approfondir et développer la question existentialiste
: "Peut-être (...) y aurait-il lieu de distinguer
de plus en plus soigneusement les différents éléments
que nous avons énumérés, l'insistance sur l'existence,
l'insistance sur l'être dans le monde."
B.
Longre
(février 2002)
La collection Tête-à-tête réunit
des textes importants, parfois oubliés ou écartés
et à pour but de "souligner la nécessité
d'un face-à-face entre un livre et un lecteur".

http://www.arche-editeur.com
Jean
Wahl
http://www.arche-editeur.com/Catalogue/W/wahl2.htm
http://www.imec-archives.com/fonds/ficheauteur1.asp?num=130
Sartre
http://www.multimania.com/julbulus/sartre1.htm
http://www.multimania.com/nrub/sartre.htm
Kierkegaard
http://www.chez.com/metivier1thesephilo/
Heidegger
http://perso.wanadoo.fr/marxiens/philo/levinas.htm
http://www.geocities.com/Athens/Agora/1768/portrait/p_heide.htm
Karl
Jaspers
http://agora.qc.ca/mot.nsf/Dossiers/Karl_Jaspers
http://www.ibe.unesco.org/International/Publications/
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