La demoiselle
Lansman Editeur, 2003

 

Mademoiselle rêve…

Le monologue est une forme théâtrale que Jean-Pierre Dopagne semble tout particulièrement affectionner, un procédé qui permet l’exploration en profondeur d’un véritable personnage : après un Prof peu conventionnel (qui tourne encore en France), c’est au tour de La demoiselle de tout nous dire, de s’épancher et de partager ses pensées les plus intimes avec un lecteur/spectateur qui tombe sous le charme dès les premières lignes. Cette demoiselle est un vrai personnage de théâtre, car en s’adressant au public dans la salle, elle en profite pour effectuer une répétition générale, qui la prépare au lendemain : un grand jour, ce « Demain » que l’on imagine avec elle, tout en espérant qu’il verra effectivement le jour...
Car Louise se prépare à épouser un prince et à devenir le « ciment de la Belgique » puisqu’elle en a toutes les propriétés : fille de la « première frite du royaume » (sa mère, flamande, qui «tient la meilleure friterie du pays») et d’un ancien arbitre de football (son père, francophone, qui soutient encore que «Le football est le ciment de la Belgique» !), elle ne pouvait rêver mieux. Et pourtant, elle affirme être une « anomalie » et l’on repense au personnage de Prof ! qui disait être un « monstre »…
C’est ainsi que Louise / Louisa, symbole vivant de l’entre-deux culturel qui fait l’une des particularités de la Belgique, raconte, avec humour et lucidité, comment elle en est arrivée là : ses rêves de petite fille (faire un beau « mariage » – le mot magique), son désir de devenir infirmière (un « métier de domestique » selon ses parents), l’école de secrétariat, puis ses envies d’indépendance, le petit studio, les soirées entre copines, et enfin, la « chasse à l’homme », après avoir compris que le prince charmant tardait à venir… « La chasse à l’homme, c’est une chasse de tous les instants. Il n’y a pas de saison, pas de lever ni de coucher du soleil. Pas d’armes spécifiques. Tout est permis. C’est tuant. La femme chasseresse doit être perpétuellement aux aguets. » explique-t-elle avec drôlerie.

Dans le même temps, elle rêve aussi d’un pays nouveau et le désespoir ne tarde pas à apparaître sous les airs apparemment enjoués de la petite Belge, sous son optimisme forcé, qui veut nous faire croire qu’un pays peut se réduire à une barquette de frites et à une équipe de foot.
Le théâtre de Jean-Pierre Dopagne se veut effectivement populaire, mais certainement pas populiste et les messages que l’auteur glisse entre deux réparties comiques font mouche : La demoiselle est ainsi une tentative pour mieux comprendre un pays qu’il voudrait certainement différent (et il le dit à travers Louise, qui s’adresse ainsi à son prince : « Tu es né d’un pays qui n’a rien de grand ; tu es né d’un pays où la vie est petite, minuscule, étriquée, coupée comme une frite… ») tout en affirmant son attachement à sa terre (« C’est ça, être belge : on est toujours contents de rentrer. » fait-il dire au prince).
Entre fable et réalité, La demoiselle promet d’être un spectacle drôle et intelligent, se fondant sur l’histoire d’une cendrillon belge (et bilingue !) qui se demande encore s’il faut croire aux contes de fées… et l’on se dit que le théâtre est encore l’un des plus sûrs moyens d’accéder aux rêves.

B. Longre
(septembre 2003)

du même auteur : Prof ! (Lansman, 2003)

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http://www.aml.cfwb.be/theatrales/auteurs/dopagne.html