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Mademoiselle
rêve…
Le monologue
est une forme théâtrale que Jean-Pierre Dopagne semble
tout particulièrement affectionner, un procédé
qui permet l’exploration en profondeur d’un véritable
personnage : après un Prof
peu conventionnel (qui tourne encore en France), c’est au
tour de La demoiselle de tout nous dire,
de s’épancher et de partager ses pensées les
plus intimes avec un lecteur/spectateur qui tombe sous le charme
dès les premières lignes. Cette demoiselle est un
vrai personnage de théâtre, car en s’adressant
au public dans la salle, elle en profite pour effectuer une répétition
générale, qui la prépare au lendemain : un
grand jour, ce « Demain » que l’on imagine
avec elle, tout en espérant qu’il verra effectivement
le jour...
Car Louise se prépare à épouser un prince et
à devenir le « ciment de la Belgique »
puisqu’elle en a toutes les propriétés : fille
de la « première frite du royaume »
(sa mère, flamande, qui «tient la meilleure friterie
du pays») et d’un ancien arbitre de football (son
père, francophone, qui soutient encore que «Le
football est le ciment de la Belgique» !), elle ne pouvait
rêver mieux. Et pourtant, elle affirme être une «
anomalie » et l’on repense au personnage de
Prof ! qui disait être un «
monstre »…
C’est ainsi que Louise / Louisa, symbole vivant de l’entre-deux
culturel qui fait l’une des particularités de la Belgique,
raconte, avec humour et lucidité, comment elle en est arrivée
là : ses rêves de petite fille (faire un beau «
mariage » – le mot magique), son désir de devenir
infirmière (un « métier de domestique »
selon ses parents), l’école de secrétariat,
puis ses envies d’indépendance, le petit studio, les
soirées entre copines, et enfin, la « chasse à
l’homme », après avoir compris que le prince
charmant tardait à venir… « La chasse à
l’homme, c’est une chasse de tous les instants. Il n’y
a pas de saison, pas de lever ni de coucher du soleil. Pas d’armes
spécifiques. Tout est permis. C’est tuant. La femme
chasseresse doit être perpétuellement aux aguets. »
explique-t-elle avec drôlerie.
Dans le même temps, elle rêve aussi d’un pays
nouveau et le désespoir ne tarde pas à apparaître
sous les airs apparemment enjoués de la petite Belge, sous
son optimisme forcé, qui veut nous faire croire qu’un
pays peut se réduire à une barquette de frites et
à une équipe de foot.
Le théâtre de Jean-Pierre Dopagne se veut effectivement
populaire, mais certainement pas populiste et les messages que l’auteur
glisse entre deux réparties comiques font mouche : La
demoiselle est ainsi une tentative pour mieux comprendre
un pays qu’il voudrait certainement différent (et il
le dit à travers Louise, qui s’adresse ainsi à
son prince : « Tu es né d’un pays qui n’a
rien de grand ; tu es né d’un pays où la vie
est petite, minuscule, étriquée, coupée comme
une frite… ») tout en affirmant son attachement
à sa terre (« C’est ça, être
belge : on est toujours contents de rentrer. » fait-il
dire au prince).
Entre fable et réalité, La demoiselle promet d’être
un spectacle drôle et intelligent, se fondant sur l’histoire
d’une cendrillon belge (et bilingue !) qui se demande encore
s’il faut croire aux contes de fées… et l’on
se dit que le théâtre est encore l’un des plus
sûrs moyens d’accéder aux rêves.
B.
Longre
(septembre 2003)

du
même auteur : Prof
! (Lansman, 2003)
http://www.lansman.org/
http://www.aml.cfwb.be/theatrales/auteurs/dopagne.html
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