de Jean-Luc Lagarce

mise en scène Jean-Pierre Vincent
dramaturgie Bernard Chartreux

Théâtre de la Colline, Paris
du 8 janvier au 7 février 2003

 

décor Jean-Paul-Chambas
costumes Patrice Cauchetier
lumière Alain Poisson
avec Olivier Angèle, Anne Benoit, Valérie Blanchon, Rémy Carpentier, Philippe Crubézy, Xuan Dao, Jean-Charles Dumay, Michèle Foucher, Eric Frey, Pierre Gondard, Flore Lefebvre des Noëttes, Alexandre Le Nours, Guillaume Lévêque, Lucien Marchal, Charlotte Maury-Sentier, Alain Rimoux, Nadège Taravellier

production Théâtre National de la Colline, Studio Libre, Centre dramatique national de Savoie
Grand Théâtre : Du mercredi au vendredi 20h30, mardi 19h30, samedi et dimanche 15h30

Prochaines dates
Orléans, 11-12 février 2003
CDN d'orléans
02 38 81 01 00
Annecy, 18-20 mars 2003
Centre dramatique national de Savoie
Bonlieu Scène nationale
04 50 33 44 11

Ils sont donc deux. Deux jeunes hommes frais émoulus des Écoles, assez brillants et ironiques : Marc Später et Jean-Michel Blot. Le premier est le candidat, adoubé par la Ville et l’État, à la direction de ce Centre Culturel. L’autre est son complice, celui qui vient pour être son second. Réflexe bien connu : on préfère toujours débarquer à deux dans une institution existante, au moins à deux, afin de mieux
maîtriser ces vieux corps ossifiés… Mais cela pose toujours problème. Tout l’environnement préfère avoir affaire à un homme isolé. (...) Cette comédie noire raconte la fin d’une amitié.
(Jean-Pierre Vincent)

Théâtre National de la Colline
15 rue Malte-Brun, Paris 20e
01 44 62 52 52


Petit meurtre entre amis

Reconnu après sa mort comme l’un des auteurs les plus importants de sa génération, Jean Luc Lagarce laisse une longue bibliographie derrière lui. Avec Les Prétendants, l’auteur et co-fondateur des Solitaires Intempestifs propose une trame extrêmement simple et efficace. Avec pour point de départ le changement de direction d’un centre national, la pièce prend la forme d’une partition musicale d’Erik Satie, drôle et satirique, remplie d’annotations propices aux rires et à l’amusement, spécialité du célèbre compositeur. Petits drames privés et décisions publiques ainsi s’entremêlent, fichant un joyeux désordre dans la sphère culturelle de cette petite ville de province. Surexcité et maladroit, le personnel de la "maison" ne sait comment négocier la venue de l’envoyé du ministère, homme d’état condescendant et pince sans rire qui, fraîchement débarqué en taxi, en impose par un silence ironique. Prétexte à une véritable crise de nerfs, l’incident du taxi crée drame sur drame étant donné qu’aller le chercher à la gare ne demandait pas une intelligence frénétique, réplique phare colportée tout au long du spectacle. C’est que chacun joue sa place dans la nouvelle configuration de la maison - de l’établissement, comme se plaît à dire la représentante de la municipalité – et qu’une bourde de ce type pourrait être regrettable pour le responsable… Dès lors la tension règne tandis que Marc Später, qui s’apprêtait à être sacré, voit son énigmatique ami, Jean Michel Blot, errer comme un chien en peine, sûr de la trahison prochaine.
La pièce imprime alors son rythme de croisière et Jean-Pierre Vincent d’échafauder un intelligent plan de bataille pour organiser ses troupes. Sur ce point, on ne peut que saluer le pragmatisme du metteur en scène qui, avec quelques chaises et un décor réduit au strict minimum, obtient un résultat tout à fait convaincant : L’espace scénique est remarquablement utilisé, les 17 acteurs se déplacent avec harmonie, occupent la moindre parcelle du plateau, s’expriment avec une relative sobriété, la lumière, contaminée par cette fluidité que dégage le plateau, illumine parcimonieusement le décor et n’exprime que les coupes d’un texte où chaque personnage a son mot à dire.
Ainsi équilibré, Les Prétendants est une farce tragi-comique des plus agréables, sans compter que les acteurs brillent par leur légèreté, avec une mention spéciale pour Anne Benoit, extravagante maîtresse de cérémonie, qui conduit la danse de ce drôle de petit monde où Alexandre Le Nours et son complice Xuan Dao, acteurs tout droit sortis de l’E.R.A.C, agacent et figurent à eux seul toute l’inconséquence de la jeunesse. D’une durée avoisinant les deux heures, Les Prétendants s’avère être une comédie bien huilée et sans prétention qui, rondement mené par un Jean Pierre Vincent, fidèle à lui-même, réchauffe par le rire, proposant du reste une alternative radicale au spectacle de Jean Marie Patte.

Philippe Beer-Gabel
(Janvier 2003)

 

du même auteur
J'étais dans ma maison et j'attendais que la pluie vienne
(mise en scène de Joël Jouanneau)
Le Pays lointain (Les solitaires intempestifs, 1995)

Les Prétendants a paru aux Éditions Les Solitaires Intempestifs en 2002

http://www.colline.fr

http://www.solitairesintempestifs.com/

http://www.theatre-contemporain.net/auteurs/lagarce/pdg.htm

http://www.theatre-contemporain.net/spectacles/lointain/pdg.htm