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du
même auteur
J'étais dans ma maison et j'attendais
que la pluie vienne
(mise en scène de Joël Jouanneau)
Les
prétendants (La Colline, 2003)
Je
compris que cette absence d'amour, la solitude, dont je me plains
et qui toujours fut pour moi l'unique raison de mes lâchetés,
appelons ça comme ça, cette solitude, que cette
absence d'amour fit toujours plus souffrir les autres que moi.
Et qu'ils semblent ne pas m'aimer, qu'ils donnent l'apparence
de ne pas m'aimer, comme seule et dernière preuve d'amour.
Je me réveillai avec l'idée étrange et
désespérée et indestructible encore qu'on
m'aimait déjà vivant comme on voudrait m'aimer
mort sans pouvoir et savoir jamais rien me dire. L'amour définitif,
immobile et silencieux. |

©
Vincent Pontet / Agence Enguerand
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Louis, enfant
d'une famille nombreuse qu'il a depuis longtemps quitté,
décide d'y revenir, se sachant condamné. Peu loquace,
le jeune homme, accompagné de son récent ami Longue
Date, souhaite régler ses comptes et profite de la date anniversaire
de la mort du père pour se rendre sur les lieux de l'histoire
passée ; de celle que l'on souhaite oublier une fois le giron
familial abandonné. Se construire en dépit de cette
famille obligée, car oui quand même obligée,
tel est le chemin de croix qu'il a choisi. Reproches et non-dits
mêlés fusent de toutes parts et Louis, d'être
silencieux tout au long de la pièce, écrasé
par le poids des vindictes familiales. Pourquoi ne pas être
revenu plus tôt ? Pourquoi ne pas nous donner un peu d'amour,
nous qui avons fait du mieux que nous avons pu ? Les membres de
sa famille, dont certains qu'il connaît à peine, le
réclament, le répudient, le conjurent de dire un mot,
de les sortir de cet enfermement, de cette vie choisie sans réfléchir
et qui les laisse seule : dans l'expectative d'un éternel
retour.
Jean Luc Lagarce,
de ce pays lointain, nous ramène une pièce d'une étonnante
richesse, porte un regard lucide sur la nature des liens qui régissent
la famille : l'interdépendance que chacun tente d'instituer
à sa manière. Louis n'est pas de ceux là. Dès
les premières pages, il est évident qu'il ne s'agit
pas de revenir pour laver son linge sale face au public. Dissocier
les familles et résoudre les conflits - familles qui quoique
toutes obligées diffèrent dans leur constitution -
n'est pas l'enjeu de la pièce qui préfère s'attacher
à faire ressurgir la mémoire collective d'événements
passés, la sensitivité d'un moment précis,
sans jamais appuyer sur la madeleine Proustienne. Analyser comment
la parole, tour à tour chargée de silence puis volubile
comme un enfant racontant sa journée, se répand, s'échange,
est affaire plus passionnante. Comme se délivrer du poids
de l'indéfini, de l'incertitude, du pas fini ou du pas commencé,
de toutes ces choses que l'on aurait voulu dire à un moment
ou à un autre et que l'on exprimera distinctement des années
plus tard en se disant que finalement cela n'y aurait rien changé.
Le pays lointain contourne les codes d'un thème presque devenu
un genre en soi. Ce long voyage pour partir en paix rejoindre le
père, homme à la parole solitaire, narrateur fantomatique
et parfaite figure de la désincarnation du mari vivant dans
un autre monde que celui offert, donne à ce pays lointain
un goût de quotidien extraordinaire, à la parole prononcée
une nécessité nouvelle tant elle assoit les sentiments
éprouvés et dit le bien-être qui a été
et s'en est allé.
Les enjeux
de ce retour mortuaire, de ce retour pour annoncer sa mort prochaine,
cette annonce qu'il n'aura pas l'occasion d'annoncer, pas le temps,
pas le moment ; les sentiments qu'il aura longtemps fait fermenter
toute honte bue, Louis ne pourra les transmettre. Il s'en ira comme
il est venu. La pièce de Jean Luc Lagarce touche immédiatement
par sa sobriété et cette capacité à
faire surgir l'universel de l'intime. Affres de la filiation, questionnement
sur la solitude, la pièce, par ses multiples incises, tisse
une réflexion globale sur l'abandon et la responsabilité
subséquente, à travers un personnage principal silencieux
et nimbé d'un vide ou d'un plein, comme on voudra, dont on
ne sait jamais s'il est humilité ou insolence, lui qui ordonne
la famille comme une figure géométrique. Les femmes
tournoient autour de lui, Suzanne, Catherine et sa mère cherchent
le pourquoi d'un fils dont le sentiment premier fut toujours de
se sentir mal aimé et qui, de fait, s'en alla sur les routes
ne s'accrochant à personne afin de ne pas souffrir, de sorte
qu'il reste à jamais, libre et seul, désespérément
seul. Cette ville qui ne ressemble pas à une ville et que
l'on devine aisément être la banlieue pavillonnaire
distille une lumière blafarde parachevant de donner à
la pièce tout son aspect figuratif.
"Si
je ne pars pas, jamais, je ne serais jamais une vraie personne,
juste un enfant. C'est de cela que j'ai peur" déclame
Suzanne, sur de Louis l'impénétrable. L'immobilité
dans laquelle se sont figés les différents membres
de la famille semble tenir de cet improbable départ, sans
explication, sans raison apparente, une simple intuition, la perte
d'un atome, d'un électron qui à lui seul fait déchoir
l'ensemble.
Philippe
Beer-Gabel
(avril 2002)

http://www.solitairesintempestifs.com/
http://www.colline.fr/site/lexi4jou.htm
http://www.theatre-contemporain.net/auteurs/lagarce/pdg.htm
http://www.theatre-contemporain.net/spectacles/lointain/pdg.htm
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