Nine Eleven
L'Ecole des loisirs, septembre 2003
collection Medium
à partir de 13 ans


Mes enfants, c'est la guerre
L'Ecole des loisirs, 2002
collection Medium
à partir de 12 ans

 

Un palpitant docu-roman

Deux années se sont écoulées, mais "Nine 11" pour les Américains, "le 11 septembre" de notre côté de l'Atlantique est encore frais dans la mémoire collective du monde occidental et la littérature, elle aussi, est là pour nous le rappeler : après la pièce de Michel Vinaver, 11 Septembre 2001, publiée quelques mois après l'événement, après le roman de Didier Goupil (Le jour de mon retour sur terre, au Serpent à Plumes) ou le très médiatisé Windows on the world de F. Beigbeder, paraît en cette rentrée littéraire un ouvrage qui s'adresse à la fois à la jeunesse et à un lectorat plus large : Jean-Jacques Greif évoque les parcours croisés de quelques New-Yorkais pris dans la tourmente de l'histoire et l'on prendra un vrai plaisir à découvrir d'un oeil neuf le déroulement de la plus grande attaque terroriste commise sur le sol américain.

L'on suit ainsi un groupe de lycéens de la Stuyvesant High School, un établissement situé à quelques centaines de mètres du WTC (comprenez le "World Trade Center"), Dana, une jeune institutrice chargée d'évacuer des enfants de la Primary school 234, Alfreda, une architecte qui a toujours pensé que les tours s'accordaient mal au paysage urbain , Georgette, journaliste au Wall Street Journal, dont les bureaux sont quasiment au pied des Twin Towers, un jeune intérimaire coincé dans un ascenseur de la tour nord au moment de l'attaque et tous les pompiers ou héros anonymes qui ont péri au moment de l'effondrement des "deux sinistres monolithes" (selon Alfreda) que l'on croyait américainement indestructibles.

Nine Eleven est roman et documentaire tout à la fois, un ouvrage qui a demandé à l'auteur des heures de recherches et de lecture ; de nombreux chapitres sont en effet consacrés à l'aspect technique des événements (construction des tours, matériaux employés, position des escaliers et schémas représentant les attaques), des descriptions minutieuses qui, loin de nous éloigner du récit à proprement parler, permettent au lecteur d'approfondir ses connaissances et de mieux comprendre : ainsi, on découvre de l'intérieur les querelles des experts et autres ingénieurs, on comprend mieux la pagaille qui a régné (le manque d'organisation des secouristes et des pompiers, aux méthodes archaïques pour de tels bâtiments, etc.)
Ce qui marque davantage, c'est l'aventure incroyable que vivent Noah, Lex, Miranda ou Charlene, quelques lycéens dont l'école est évacuée, et qui prennent brutalement conscience de l'importance historique de cette journée chaotique, tout en conservant la nonchalance et l'inconscience de la jeunesse, face à la mort toute proche.
Le style de Jean-Jacques Greif s'adapte parfaitement aux situations : un didactisme sobre et respectueux qui évite admirablement l'écueil du pathos ou du mélodrame ; le choix des personnages (pour la plupart de vrais New-Yorkais que l'écrivain a rencontrés sur place puis interrogés) permet à ce docu-roman de replacer le drame sur l'échelle humaine, ce dont on saura gré à l'auteur.

Blandine Longre
(septembre 2003)

 

 

 

Mes enfants, c'est la guerre
L'Ecole des loisirs, 2002

Ce roman est un témoignage à la fois poignant et désinvolte, une chronique de guerre pétrie de naïveté enfantine, racontée par un petit garçon juif, Jacob ; dès l'arrivée des Allemands dans le village de Mimizan, ce dernier est renommé... Jacquot par Mme Christiane, directrice de la colonie du pylône. Son récit est destiné à ses parents (qu'il retrouve à la fin de la guerre), qui durant presque sept années, ne l'ont pas vu grandir. Car tout débute le 3 septembre 1939 (Jacob a sept ans) alors que Mme Christiane annonce aux petits citadins venus prendre le bon air de l'océan : "Mes enfants : c'est la guerre !" Quelques enfants partiront rejoindre leur famille mais la plupart (surtout les enfants juifs) demeurent à Mimizan jusqu'en 1945, dans le giron dynamique de Mme Christiane, infirmière à la Croix-Rouge, femme courageuse et pleine de ressources, que rien ne semble pouvoir abattre.
Elle inscrit les enfants à l'école communale, en dépit des réticences locales, tentant coûte que coûte de leur assurer une existence décente, cherchant les moyens pour les nourrir tous (quitte à leur proposer d'élever des souris ou de manger du chien...), les soigner, les instruire et leur apporter toute l'affection que leurs parents absents ne peuvent leur donner. Mais surtout, les protéger admirablement, avec beaucoup d'ingéniosité, de la présence des soldats allemands, qui débarquent à Mimizan en 1940.

L'histoire de Jacob/Jacquot se lit avec plaisir, car la colonie du pylône, malgré le froid, la faim, les vêtements rapiécés et les privations, est un havre de paix et de bon sens au milieu d'un monde devenu fou ; une véritable famille pour ces enfants menacés et temporairement orphelins. Ce roman est aussi un hommage à une femme admirable, à cette directrice que Jean-Jacques Greif (né en 1944) a connue à Mimizan dans les années 50. Pour retracer ce parcours exemplaire, il a choisi d'adopter la voix d'un petit garçon, un procédé qui fonctionne et qui touchera bien sûr les enfants, dès 10 ans.

B.L.
(juin 2002)

 

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