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Un
palpitant docu-roman
Deux années
se sont écoulées, mais "Nine 11" pour les
Américains, "le 11 septembre" de notre côté
de l'Atlantique est encore frais dans la mémoire collective
du monde occidental et la littérature, elle aussi, est là
pour nous le rappeler : après la pièce de Michel
Vinaver, 11 Septembre 2001, publiée
quelques mois après l'événement, après
le roman de Didier Goupil (Le jour de mon retour sur terre,
au Serpent à Plumes) ou le très médiatisé
Windows on the world de F. Beigbeder, paraît en cette
rentrée littéraire un ouvrage qui s'adresse à
la fois à la jeunesse et à un lectorat plus large
: Jean-Jacques Greif évoque les parcours croisés de
quelques New-Yorkais pris dans la tourmente de l'histoire et l'on
prendra un vrai plaisir à découvrir d'un oeil neuf
le déroulement de la plus grande attaque terroriste commise
sur le sol américain.
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L'on
suit ainsi un groupe de lycéens de la Stuyvesant High
School, un établissement situé à quelques
centaines de mètres du WTC (comprenez le "World
Trade Center"), Dana, une jeune institutrice chargée
d'évacuer des enfants de la Primary school 234, Alfreda,
une architecte qui a toujours pensé que les tours s'accordaient
mal au paysage urbain , Georgette, journaliste au Wall Street
Journal, dont les bureaux sont quasiment au pied des Twin Towers,
un jeune intérimaire coincé dans un ascenseur
de la tour nord au moment de l'attaque et tous les pompiers
ou héros anonymes qui ont péri au moment de l'effondrement
des "deux sinistres monolithes" (selon Alfreda)
que l'on croyait américainement indestructibles. |
Nine
Eleven est roman et documentaire tout à la
fois, un ouvrage qui a demandé à l'auteur des heures
de recherches et de lecture ; de nombreux chapitres sont en effet
consacrés à l'aspect technique des événements
(construction des tours, matériaux employés, position
des escaliers et schémas représentant les attaques),
des descriptions minutieuses qui, loin de nous éloigner du
récit à proprement parler, permettent au lecteur d'approfondir
ses connaissances et de mieux comprendre : ainsi, on découvre
de l'intérieur les querelles des experts et autres ingénieurs,
on comprend mieux la pagaille qui a régné (le manque
d'organisation des secouristes et des pompiers, aux méthodes
archaïques pour de tels bâtiments, etc.)
Ce qui marque davantage, c'est l'aventure incroyable que vivent
Noah, Lex, Miranda ou Charlene, quelques lycéens dont l'école
est évacuée, et qui prennent brutalement conscience
de l'importance historique de cette journée chaotique, tout
en conservant la nonchalance et l'inconscience de la jeunesse, face
à la mort toute proche.
Le style de Jean-Jacques Greif s'adapte parfaitement aux situations
: un didactisme sobre et respectueux qui évite admirablement
l'écueil du pathos ou du mélodrame ; le choix des
personnages (pour la plupart de vrais New-Yorkais que l'écrivain
a rencontrés sur place puis interrogés) permet à
ce docu-roman de replacer le drame sur l'échelle humaine,
ce dont on saura gré à l'auteur.
Blandine
Longre
(septembre 2003)
Mes
enfants, c'est la guerre
L'Ecole des loisirs, 2002
Ce roman est
un témoignage à la fois poignant et désinvolte,
une chronique de guerre pétrie de naïveté enfantine,
racontée par un petit garçon juif, Jacob ; dès
l'arrivée des Allemands dans le village de Mimizan, ce dernier
est renommé... Jacquot par Mme Christiane, directrice de
la colonie du pylône. Son récit est destiné
à ses parents (qu'il retrouve à la fin de la guerre),
qui durant presque sept années, ne l'ont pas vu grandir.
Car tout débute le 3 septembre 1939 (Jacob a sept ans) alors
que Mme Christiane annonce aux petits citadins venus prendre le
bon air de l'océan : "Mes enfants : c'est la guerre
!" Quelques enfants partiront rejoindre leur famille mais
la plupart (surtout les enfants juifs) demeurent à Mimizan
jusqu'en 1945, dans le giron dynamique de Mme Christiane, infirmière
à la Croix-Rouge, femme courageuse et pleine de ressources,
que rien ne semble pouvoir abattre.
Elle inscrit les enfants à l'école communale, en dépit
des réticences locales, tentant coûte que coûte
de leur assurer une existence décente, cherchant les moyens
pour les nourrir tous (quitte à leur proposer d'élever
des souris ou de manger du chien...), les soigner, les instruire
et leur apporter toute l'affection que leurs parents absents ne
peuvent leur donner. Mais surtout, les protéger admirablement,
avec beaucoup d'ingéniosité, de la présence
des soldats allemands, qui débarquent à Mimizan en
1940.
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L'histoire
de Jacob/Jacquot se lit avec plaisir, car la colonie du pylône,
malgré le froid, la faim, les vêtements rapiécés
et les privations, est un havre de paix et de bon sens au
milieu d'un monde devenu fou ; une véritable famille
pour ces enfants menacés et temporairement orphelins.
Ce roman est aussi un hommage à une femme admirable,
à cette directrice que Jean-Jacques Greif (né
en 1944) a connue à Mimizan dans les années
50. Pour retracer ce parcours exemplaire, il a choisi d'adopter
la voix d'un petit garçon, un procédé
qui fonctionne et qui touchera bien sûr les enfants,
dès 10 ans.
B.L.
(juin 2002)
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