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La
cruauté faite femme ?
Beau recueil
de nouvelles (la plupart parues précédemment dans
diverses publications aux Etats-Unis et retravaillées à
l’occasion de cette publication), The Female of
the Species se penche (comme l’indique le titre
aux échos darwiniens) sur le féminin et sur sa capacité
à la cruauté, au désespoir ou à la résilience…
Le parti pris est certes discutable (on en revient à la mythique
essence féminine et à ses singulières propriétés)
mais l’ensemble se lit avec plaisir, et l’on appréciera
avant tout la cohérence de cet assemblage novellistique,
traversé par la thématique récurrente de l’enfance
via une étude psychologique approfondie de quelques jeunes
personnages et d’adultes voués à demeurer dans
l’enfance, ou qu’un événement inattendu
fait à nouveau basculer dans un univers et des comportements
qu’ils croyaient révolus.
| Il
est ainsi question de femmes enfants aux allures de Lolitas
: le portrait d’une fille de onze ans, très perverse,
que son père prostitue – Doll : A Romance
of the Mississippi – ou celui de Lucrecia, une
jeune femme naïve et fébrile que son époux
policier harcèle anonymement – So Help Me
God. Mais pas seulement. Kristine a certes épousé
un homme plus âgé qu’elle (Hunger)
mais ne ressemble pas aux protagonistes précédentes,
et fait montre d’une certaine maturité d’esprit
jusqu’à sa rencontre avec Jean-Claude, un marginal
dont les attraits physiques et la jeunesse seront fatals ;
elle sait qu’en le désirant, elle se montre «
enfantine» et puérile mais la faim qui
la tenaille est plus forte.
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Retour aux
instincts primaires, donc, qui mêlent ici sexe et besoin de
satiété. L’adultère est repris dans Tell
me You Forgive Me ? où l’on voit Elsie rejeter
son époux médecin et sa paisible existence de mère
de famille rangée pour un barman fruste, brutal et sans scrupules
qui lui rappelle tant son père décédé…
Un récit qui combine inceste larvé, folie et danger
engendrés par la passion physique, et traumatisme enfantin,
qui naît en particulier du rejet maternel ; ce dernier thème
envahit d’autres récits, comme The Banshee
(dont la chute est un peu décevante), The Angel of Wrath
(la seule histoire à se focaliser sur un personnage masculin,
ange gardien vengeur), ou The Haunting, récit dans
lequel l’on voit une petite fille se débattre avec
des émotions contradictoires, en proie à d’infernales
terreurs nocturnes.
| Une
atmosphère menaçante, implacable, plane sur
chacune de ces nouvelles habilement construites (la grande
diversité narratologique est à souligner) et
un sens particulier du tragique préside à l’ensemble,
se fondant sur un fatalisme et une noirceur omnipotents qui
règnent sur les existences créées par
la prolifique auteure américaine, dont l’objectif
ici est de décrypter les mécanismes et les sources
de la violence, proposant, sans les imposer, de multiples
explications croisées.
Blandine
Longre
(février 2006)
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Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en
chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.

http://www.harcourtbooks.com/
lire aussi
Viol : une histoire d'amour
- Editions Philippe Rey, 2006
Les Chutes - Editions Philippe Rey, 2005
http://www.philippe-rey.fr
Littérature
anglophone - articles
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