The Female of the Species
Tales of mystery and suspense
de Joyce Carol Oates

Harcourt, 2006

Les Femelles
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Claude Seban
Philippe Rey, octobre 2007

 

 

La cruauté faite femme ?

Beau recueil de nouvelles (la plupart parues précédemment dans diverses publications aux Etats-Unis et retravaillées à l’occasion de cette publication), The Female of the Species se penche (comme l’indique le titre aux échos darwiniens) sur le féminin et sur sa capacité à la cruauté, au désespoir ou à la résilience… Le parti pris est certes discutable (on en revient à la mythique essence féminine et à ses singulières propriétés) mais l’ensemble se lit avec plaisir, et l’on appréciera avant tout la cohérence de cet assemblage novellistique, traversé par la thématique récurrente de l’enfance via une étude psychologique approfondie de quelques jeunes personnages et d’adultes voués à demeurer dans l’enfance, ou qu’un événement inattendu fait à nouveau basculer dans un univers et des comportements qu’ils croyaient révolus.

Il est ainsi question de femmes enfants aux allures de Lolitas : le portrait d’une fille de onze ans, très perverse, que son père prostitue – Doll : A Romance of the Mississippi – ou celui de Lucrecia, une jeune femme naïve et fébrile que son époux policier harcèle anonymement – So Help Me God. Mais pas seulement. Kristine a certes épousé un homme plus âgé qu’elle (Hunger) mais ne ressemble pas aux protagonistes précédentes, et fait montre d’une certaine maturité d’esprit jusqu’à sa rencontre avec Jean-Claude, un marginal dont les attraits physiques et la jeunesse seront fatals ; elle sait qu’en le désirant, elle se montre « enfantine» et puérile mais la faim qui la tenaille est plus forte.

Retour aux instincts primaires, donc, qui mêlent ici sexe et besoin de satiété. L’adultère est repris dans Tell me You Forgive Me ? où l’on voit Elsie rejeter son époux médecin et sa paisible existence de mère de famille rangée pour un barman fruste, brutal et sans scrupules qui lui rappelle tant son père décédé… Un récit qui combine inceste larvé, folie et danger engendrés par la passion physique, et traumatisme enfantin, qui naît en particulier du rejet maternel ; ce dernier thème envahit d’autres récits, comme The Banshee (dont la chute est un peu décevante), The Angel of Wrath (la seule histoire à se focaliser sur un personnage masculin, ange gardien vengeur), ou The Haunting, récit dans lequel l’on voit une petite fille se débattre avec des émotions contradictoires, en proie à d’infernales terreurs nocturnes.

Une atmosphère menaçante, implacable, plane sur chacune de ces nouvelles habilement construites (la grande diversité narratologique est à souligner) et un sens particulier du tragique préside à l’ensemble, se fondant sur un fatalisme et une noirceur omnipotents qui règnent sur les existences créées par la prolifique auteure américaine, dont l’objectif ici est de décrypter les mécanismes et les sources de la violence, proposant, sans les imposer, de multiples explications croisées.

Blandine Longre
(février 2006)

Blandine Longre, agrégée d’anglais, est l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.

 

http://www.harcourtbooks.com/

lire aussi
Viol : une histoire d'amour - Editions Philippe Rey, 2006
Les Chutes - Editions Philippe Rey, 2005

http://www.philippe-rey.fr

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