|
Bien que lisant régulièrement la littérature
américaine (traduite) depuis plus de cinquante ans, j’avoue
n’avoir jamais lu un seul des nombreux livres de cet auteur
prolifique et prolixe, baptisé par certains de «
machine à écrire » à cause de son
incroyable vitalité (plus de trente romans, des dizaines
de nouvelles, des essais, de la poésie, des écrits
pour la jeunesse, des pièces de théâtre et des
romans policiers, sous le pseudonyme de Rosamond Smith depuis 1964).
Titulaire d’une chaire de littérature (creative
writing) à l’Université de Princeton, elle
fut deux fois nommée pour le prix Nobel et obtint de nombreuses
distinctions. Ce qui fait dire à d’autres que cette
femme née en 1938 dans l’Etat de New York, à
l’ouest du lac Erié, non loin du Niagara, est un véritable
phénomène de la littérature américaine
; c’est aussi un grand écrivain à en juger par
la qualité de ce dernier ouvrage traduit en français.
Une
histoire pleine de bruit et de fureur ou la malédiction des
chutes
Cela début
en juin 1950 lorsqu’un jeune marié, pasteur en doute
sur son orientation sexuelle, se précipite au matin dans
les chutes après un nuit de noces catastrophique… Son
épouse, au fort caractère, (la presse l’appellera
« la Veuve Blanche des Chutes ») se croit alors
vouée au malheur ; elle rencontre, au cours des recherches
du cadavre de son mari, un brillant avocat qui tombe éperdument
amoureux d’elle : « Tous deux se regardèrent,
incapables un long moment de parler ». Pendant dix années,
le couple vit une passion improbable et pourtant absolue ; ils auront
trois enfants, mais Ariah, l’héroïne au prénom
impensable, est persuadée que cet amant si délicieux
la quittera un jour, elle se croit marquée par la malédiction…
Et en effet, les choses se compliquent lorsque l’avocat se
sent chargé de défendre la cause de victimes de la
pollution chimique due à l’expansion industrielle et
la corruption des notables… dont il fait partie…et…
| 
|
Une
écriture tumultueuse
Pour
décrire cette passion et les événements
qui s’ensuivent, l’auteur, dans un style véhément,
parfois incantatoire, dénonce avec brio l’un
des épisodes peu glorieux de l’Amérique
des années 50 et 60 et ses conséquences sociales
; elle campe des personnages allant jusqu’au bout
de leurs destins, de leurs rêves (des admirables portraits
de l’intransigeante Ariah, de l’avocat incorruptible,
de ces enfants ballottés par cette histoire romanesque
et rocambolesque qui laisse sur eux différentes empreintes
et évoque leur difficulté à atteindre
le bonheur).
|
Joyce Carol
Oates, qui depuis longtemps se pose des questions récurrentes
dans son œuvre (que je vais m’empresser de découvrir)
sur la violence des choses et des êtres avec un regard de
tragédienne, signe là un roman bouleversant, lucide,
pénétrant, envoûtant de la première ligne
jusqu’à la « chute »… qu’il
est urgent de lire. Le jury du prix Fémina a fait là
un choix judicieux.
Jacques
Chesnel
(décembre
2005)
Jacques
Chesnel
est membre de l'Académie du Jazz. Auteur de "Le Jazz
en quarantaine" (Isoète), "Les Grands Créateurs
de Jazz" avec Gérald Arnaud (Bordas) ; auteur et consultant
"jazz" pour l'Encyclopédie Encarta sur CD-Rom.
Peintre, il travaille depuis plus de trente ans sur les rapports
entre jazz et peinture.
(www.jazz-chesnel.com).

Lire
aussi
The Female of the Species, Tales
of mystery and suspense
Harcourt, Hardback, 2006
http://www.harpercollins.com/authorintro/index.asp?authorid=7275
http://www.philippe-rey.fr/nouveautes.htm
|