Le combat d’hiver
de Jean-Claude Mourlevat

Gallimard jeunesse, 2006

 

 

Ce pays n’a pas de nom.
Peut-être parce qu’il n’a pas de vie ?
Ce pays possède des orphelinats. Tout y est pensé pour y bannir la vie, la joie, le mouvement.
C’est dans l’un de ces lieux que sont enfermées deux amies, Milenna et Helen. Elles ont seize ans, elles sont orphelines et elles n’ont connu que le silence, le gris, le triste. Chaque jour est semblable au précédent et au suivant. Les surveillantes sont des cerbères, la directrice et la concierge sont des sadiques. Quand elles n’en peuvent plus, elles ont le droit, trois petites fois par an, d’aller passer deux heures chez leur consolatrice, où elles trouvent de la chaleur, de l’amour, de l’attention et de la bonne nourriture.
Pourtant, enfin, un soir, cela change. Les deux amies croisent deux garçons, de l’orphelinat voisin, Bartolomeo et Milos. Milenna et Bartolomeo s’enfuient ensemble, Helen et Milos quittent leurs prisons une semaine plus tard.
Milos révèle toutes sortes de choses à Helen : la situation politique de leur pays, mené par la Phalange, une bande de fascistes qui ont pris le pouvoir et qui usent de la tyrannie et de la force brutale pour mater et museler la population terrorisée ; la lutte de leurs propres parents contre l’oppresseur, résistants qui ont donné leur vie pour leurs idées.

Les adolescents entreprennent un voyage périlleux et difficile, dans un pays gelé, poursuivis par une meute d’hommes chiens, menés par des hommes cruels et sans scrupules. Milos est capturé et emmené dans un camp où l’on entraîne les gladiateurs qui, comme leurs frères de la Rome antique, combattront à mort dans l’arène devant une foule déchaînée. Les trois autres gagnent la capitale où ils trouvent du travail et où ils vont entrer en résistance, comme leurs parents. Milenna apprend que sa mère était une cantatrice célèbre et très populaire. Elle comprend aussi que sa voix peut être une arme. Il faut se préparer, le combat d’hiver n’est pas loin, et peut-être au bout, la liberté…
Très beau texte initiatique, roman d’aventures aussi, écrit dans une langue limpide et belle, ample et évidente. Une réflexion très pertinente sur la tyrannie, sur ses mécanismes, sur les moyens de maintenir toute une population dans une gangue de peur, de méfiance et de lâcheté. Mourlevat y réinvente, au sens propre du terme, les jeux du cirque, qui jouent sans état d’âme avec la mort des hommes, et qui flattent ce que les êtres humains ont de plus vil en eux.


Le roman se déroule dans un contexte géographique et historique volontairement indéfinis, comme pour mieux marquer que le fascisme peut régner n’importe où et n’importe quand si l’on n’y prend pas garde. Quelques très belles idées renforcent le récit et l’ancrent parfois dans le fantastique : les terribles hommes chiens, pitoyables chimères nées de la folie des hommes, ou bien les formidables « bourrins », que Milenna et Bartolomeo apprennent à respecter.
Le roman est fort, bien rythmé, alternant les passages d’actions à des moments plus intimes, riches d’émotions contenues.
Enfin, les quatre jeunes héros, sont formidables ! Ils sont pauvres, seuls, ont vécu des moments très douloureux, mais ils ne se résignent jamais, ils luttent, se battent pour que la gangue éclate enfin. On les accompagne avec un bonheur infini.

Catherine Gentile
(octobre 2006)

Catherine Gentile est documentaliste, formatrice en littérature jeunesse, présidente de l'Association du Festival du Livre de jeunesse et de bande dessinée de la ville de Cherbourg-Octeville et auteur de Bulles en stock (Bibliographie sélective et commentée de bandes dessinées, ed. Cedis, 1999) ; elle a aussi chroniqué littérature de jeunesse et bande dessinée dans la revue Inter CDI pendant plus de quinze ans.

 

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du même auteur
Je voudrais rentrer à la maison, Arléa, 2006
La troisième vengeance de Robert Poutifard - Gallimard Jeunesse, Hors-Piste, 2004

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