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Ce pays n’a
pas de nom.
Peut-être parce qu’il n’a pas de vie ?
Ce pays possède des orphelinats. Tout y est pensé
pour y bannir la vie, la joie, le mouvement.
C’est dans l’un de ces lieux que sont enfermées
deux amies, Milenna et Helen. Elles ont seize ans, elles sont orphelines
et elles n’ont connu que le silence, le gris, le triste. Chaque
jour est semblable au précédent et au suivant. Les
surveillantes sont des cerbères, la directrice et la concierge
sont des sadiques. Quand elles n’en peuvent plus, elles ont
le droit, trois petites fois par an, d’aller passer deux heures
chez leur consolatrice, où elles trouvent de la chaleur,
de l’amour, de l’attention et de la bonne nourriture.
Pourtant, enfin, un soir, cela change. Les deux amies croisent deux
garçons, de l’orphelinat voisin, Bartolomeo et Milos.
Milenna et Bartolomeo s’enfuient ensemble, Helen et Milos
quittent leurs prisons une semaine plus tard.
Milos révèle toutes sortes de choses à Helen
: la situation politique de leur pays, mené par la Phalange,
une bande de fascistes qui ont pris le pouvoir et qui usent de la
tyrannie et de la force brutale pour mater et museler la population
terrorisée ; la lutte de leurs propres parents contre l’oppresseur,
résistants qui ont donné leur vie pour leurs idées.
Les adolescents
entreprennent un voyage périlleux et difficile, dans un pays
gelé, poursuivis par une meute d’hommes chiens, menés
par des hommes cruels et sans scrupules. Milos est capturé
et emmené dans un camp où l’on entraîne
les gladiateurs qui, comme leurs frères de la Rome antique,
combattront à mort dans l’arène devant une foule
déchaînée. Les trois autres gagnent la capitale
où ils trouvent du travail et où ils vont entrer en
résistance, comme leurs parents. Milenna apprend que sa mère
était une cantatrice célèbre et très
populaire. Elle comprend aussi que sa voix peut être une arme.
Il faut se préparer, le combat d’hiver n’est
pas loin, et peut-être au bout, la liberté…
Très beau texte initiatique, roman d’aventures aussi,
écrit dans une langue limpide et belle, ample et évidente.
Une réflexion très pertinente sur la tyrannie, sur
ses mécanismes, sur les moyens de maintenir toute une population
dans une gangue de peur, de méfiance et de lâcheté.
Mourlevat y réinvente, au sens propre du terme, les jeux
du cirque, qui jouent sans état d’âme avec la
mort des hommes, et qui flattent ce que les êtres humains
ont de plus vil en eux.
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Le
roman se déroule dans un contexte géographique
et historique volontairement indéfinis, comme pour
mieux marquer que le fascisme peut régner n’importe
où et n’importe quand si l’on n’y
prend pas garde. Quelques très belles idées
renforcent le récit et l’ancrent parfois dans
le fantastique : les terribles hommes chiens, pitoyables chimères
nées de la folie des hommes, ou bien les formidables
« bourrins », que Milenna et Bartolomeo apprennent
à respecter.
Le roman est fort, bien rythmé, alternant les passages
d’actions à des moments plus intimes, riches
d’émotions contenues.
Enfin, les quatre jeunes héros, sont formidables !
Ils sont pauvres, seuls, ont vécu des moments très
douloureux, mais ils ne se résignent jamais, ils luttent,
se battent pour que la gangue éclate enfin. On les
accompagne avec un bonheur infini. |
Catherine
Gentile
(octobre 2006)
Catherine
Gentile est documentaliste, formatrice en littérature
jeunesse, présidente de l'Association du Festival du Livre
de jeunesse et de bande dessinée de la ville de Cherbourg-Octeville
et auteur de Bulles en stock (Bibliographie
sélective et commentée de bandes dessinées,
ed. Cedis, 1999) ; elle a aussi chroniqué littérature
de jeunesse et bande dessinée dans la revue Inter CDI pendant
plus de quinze ans.

http://www.gallimard-jeunesse.fr/
du
même auteur
Je
voudrais rentrer à la maison, Arléa, 2006
La troisième vengeance de Robert
Poutifard - Gallimard Jeunesse, Hors-Piste, 2004
http://www.jcmourlevat.com/
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