The Boy in the Striped Pyjamas
de John Boyne
David Fickling Books, 2006
dès 13 ans

Le garçon en pyjama rayé
traduit de l'anglais par Catherine Gibert
Gallimard jeunesse, Folio Junior, octobre 2006

 

 

Conter l'innommable

Bruno rentre un jour de l’école et apprend avec surprise et désespoir qu’il va falloir déménager : son père vient d’être nommé à un poste « spécial », lui dit sa mère, une occasion à ne pas manquer, et sa famille (les enfants, Bruno et Gretel, et son épouse) se doit d’être à ses côtés à « Out-With », où l’attend « un travail important »…

Faut-il nécessairement raconter l’intrigue de cette fable glaçante, implacablement mise en scène, au risque de trop en dire ? Est-elle seulement racontable ? L’éditeur britannique y a renoncé, et explique qu’un résumé « gâcherait la lecture », précisant simplement que c’est le «voyage d’un garçon de neuf ans qui s’appelle Bruno » et qui bientôt se retrouve face à une clôture… de l’autre côté de laquelle des enfants semblent jouer tandis que lui s’ennuie dans cette nouvelle maison. Et pourtant, ce lieu le remplit d’une tristesse difficile à expliquer : «Quand il fermait les yeux, tout autour de lui semblait vide et froid, comme s’il était dans le l’endroit le plus désolé du monde. Le milieu de nulle part. »

Le garçon en pyjama rayé fait partie de ces livres qui ne s'oublient pas, peut-être parce que l’écrivain maintient habilement le suspense (le destin de l’enfant, presque prévisible, reste pourtant poignant et empreint d’ironie dramatique), parce que la limpidité du langage, volontairement enfantin, est un leurre et ne masque pas l'horreur omniprésente, mais surtout pour le traitement du point de vue, qui est celui de Bruno de bout en bout : un regard candide et logique tout à la fois, celui d’un enfant confronté à une réalité terrifiante mais dans laquelle il ne voit qu’une étrange mascarade, ne comprenant qu'à moitié le mal qui l’entoure, ne faisant pas toujours le lien entre les différents indices qui pourraient lui faire prendre conscience du cauchemar dans lequel il vit malgré lui.


Rarement l'univers concentrationnaire aura été évoqué avec autant d'intensité ; on repense immanquablement à d’autres approches, comme celle de Roberto Benigni dans La vie est belle ou encore celle de Robert Merle dans La mort est mon métier. Mais ce roman est aussi l’histoire d’une amitié indéfectible et, en filigrane, d'une révolte, celle d’un fils contre un père qu’il voit différemment désormais, un père dont les actes ne paraissent plus aussi fiables et humains que par le passé. Publié en "jeunesse", ce roman à la fois singulier et allégorique peut et doit être lu par tous...

Blandine Longre
(mai 2006)

Blandine Longre, agrégée d’anglais, est l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse, au théâtre (texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent fiction et réel.

 

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