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Conter
l'innommable
Bruno rentre
un jour de l’école et apprend avec surprise et désespoir
qu’il va falloir déménager : son père
vient d’être nommé à un poste «
spécial », lui dit sa mère, une occasion
à ne pas manquer, et sa famille (les enfants, Bruno et Gretel,
et son épouse) se doit d’être à ses côtés
à « Out-With », où l’attend «
un travail important »…
Faut-il nécessairement
raconter l’intrigue de cette fable glaçante, implacablement
mise en scène, au risque de trop en dire ? Est-elle seulement
racontable ? L’éditeur britannique y a renoncé,
et explique qu’un résumé « gâcherait
la lecture », précisant simplement que c’est
le «voyage d’un garçon de neuf ans qui s’appelle
Bruno » et qui bientôt se retrouve face à
une clôture… de l’autre côté de laquelle
des enfants semblent jouer tandis que lui s’ennuie dans cette
nouvelle maison. Et pourtant, ce lieu le remplit d’une tristesse
difficile à expliquer : «Quand il fermait les yeux,
tout autour de lui semblait vide et froid, comme s’il était
dans le l’endroit le plus désolé du monde. Le
milieu de nulle part. »
Le
garçon en pyjama rayé fait partie de
ces livres qui ne s'oublient pas, peut-être parce que l’écrivain
maintient habilement le suspense (le destin de l’enfant, presque
prévisible, reste pourtant poignant et empreint d’ironie
dramatique), parce que la limpidité du langage, volontairement
enfantin, est un leurre et ne masque pas l'horreur omniprésente,
mais surtout pour le traitement du point de vue, qui est celui de
Bruno de bout en bout : un regard candide et logique tout à
la fois, celui d’un enfant confronté à une réalité
terrifiante mais dans laquelle il ne voit qu’une étrange
mascarade, ne comprenant qu'à moitié le mal qui l’entoure,
ne faisant pas toujours le lien entre les différents indices
qui pourraient lui faire prendre conscience du cauchemar dans lequel
il vit malgré lui.
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Rarement
l'univers concentrationnaire aura été évoqué
avec autant d'intensité ; on repense immanquablement
à d’autres approches, comme celle de Roberto
Benigni dans La vie est belle ou encore celle de
Robert Merle dans La mort est mon métier.
Mais ce roman est aussi l’histoire d’une amitié
indéfectible et, en filigrane, d'une révolte,
celle d’un fils contre un père qu’il voit
différemment désormais, un père dont
les actes ne paraissent plus aussi fiables et humains que
par le passé. Publié
en "jeunesse", ce roman à la fois singulier
et allégorique peut et doit être lu par tous...
Blandine
Longre
(mai 2006) |
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en
chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.

http://www.johnboyne.com/home.htm
http://www.davidficklingbooks.co.uk/
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