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En
équilibre sur le fil de la vie.
Un collège
comme il en existe des dizaines, dans une banlieue pareille aux
autres. Des enseignants humains et donc faillibles, qui oscillent
entre bonheur d’enseigner, désillusion, découragement
ou esprit revanchard, une principale qui tâche de «
colmater », une documentaliste foncièrement optimiste,
un agent d’entretien qui fait partie des meubles, et un conseiller
d’orientation désorienté ; mais aussi des élèves,
anxieux ou indifférents en ce jour de conseil de classe de
fin de troisième. Pas de fusillades ou d’émeutes
(pas encore, du moins…) qui font le bonheur des médias,
pas de grands drames, rien que du quotidien, vécu de l’intérieur,
et qui se cristallise pourtant en ce jour tant attendu, où
chaque enfant va savoir ce que le conseil de classe lui réserve
comme ébauche d’avenir… et où certains
adultes vont voir leur existence à eux aussi irrémédiablement
changée.
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Le
point d’interrogation inattendu sur lequel s’achève
le titre est à l’image du roman : un questionnement
de chaque instant, une remise en cause de la morne vie telle
qu’on la mène dans ce microcosme somme toute
banal ; et surtout, une exploration de l’idée
de «présence», un mot qui fait partie
intégrante du monde scolaire et dont le sens a été
perdu et usé à force d’être employé
jour après jour. L’auteure se donne alors pour
tâche de rappeler qu’être « présent
» au monde et auprès de ceux qui nous entourent
demande un effort de chaque instant, un investissement véritable
pour se sentir vraiment en vie. Cette jeune fille, par exemple,
qui est « présente » en classe, mais
qui ne semble voir personne et que personne ne voit, absente
par l’esprit, plongée dans le seul univers
qui la maintient vivante, le dessin.
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La principale,
en revanche, consciencieuse, humaine mais lucide, tente d’être
« présente » et de le montrer, même si
elle rêve d’autre chose, d’une école autre,
un peu comme la documentaliste qui a monté un atelier d’écriture,
persuadée que « la littérature peut ouvrir
des portes ». D’autres « présences
» se font plus discrètes, comme celle du factotum,
qui remarque pourtant tous les dysfonctionnements et se montre indispensable.
De leur côté, les enseignants sont parfois là
sans y être, tel ce professeur de lettres qui n’arrive
plus à lire et que ses élèves écoutent
sans entendre, ou bien cette jeune prof de SVT qui ne va plus en
cours tant l’absence de son petit ami (lui aussi professeur,
mais nommé à l’autre bout du pays) lui pèse,
et qui pense : « Quand on est jeune, c’est comme
si on n’existait pas. On ne peut rien choisir»
; un constat qui s’applique tout autant à ces élèves
de troisième, déjà condamnés à
des vies étriquées pour certains, entre gavage télévisuel
et chômage.
Cette galerie
de portraits finement esquissés fait du roman le reflet d’une
microsociété en équilibre fragile, qui survit
pourtant, malgré le cri strident de la sonnerie qui ponctue
la journée qui se voudrait bien ordonnée. Heureusement,
de petites épiphanies joyciennes rythment le récit
tout en nuance de Jeanne Benameur, des révélations
inespérées qui transforment le cours des choses et
l’existence de certains des personnages, qui enfin vont se
réconcilier avec l’existence où trouver de quoi
supporter le « présent ». L’écriture
précise fouille inexorablement le sens caché de mots
trop banals pour être habituellement remarqués, des
significations enfouies sous la résignation passive du quotidien
qui use jusqu’au langage ; et l’auteure ne se contente
pas d’effleurer le langage mais le déflore, le triture
et tente d’en faire une matière vivante ; car «
avec les mots, on devient ».
Le roman vient à point nommé, à une époque
où l’on ne sait plus à quelles antiques valeurs
se vouer ; entre le tout disciplinaire prôné par certains
et le grand laxisme découragé des autres, un juste
milieu est-il possible ? Comme à toutes les autres questions
soulevées ici, Jeanne Benameur se garde bien d’y répondre
catégoriquement ou d’asséner des généralités
sans intérêt, préférant ouvrir quelques
portes et apporter des pistes qui varient selon les personnages,
dans un monde où l’on peut encore espérer avoir
le choix.
Blandine
Longre
(septembre 2006)
Blandine
Longre, agrégée d’anglais, est
l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice en
chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout particulièrement
aux écritures contemporaines (francophone, anglophone, asiatique,
orientale etc.), à la littérature pour la jeunesse,
au théâtre (texte et représentation) et aux
relations qu’entretiennent fiction et réel.

L'éditeur
http://www.denoel.fr/Denoel/
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- Jeanne
Benameur, Shaïne Cassim, Arnaud Cathrine, Cédric Erard,
Jean-Paul Nozière, Marie-Sabine Roger
de Jean-Baptiste Coursaud (T.
Magnier, Coll. Essais, 2005)
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