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Mirage
à l’occidentale
En cette fin
d’été, sur le ferry qui la ramène de
France, Hope, une jeune lycéenne un peu timide, fait la connaissance
d’une fille étrange ; celle-ci dit être russe,
s’appeler Oksana et voyager avec son fiancé, Zergei.
Ce dernier est en réalité un proxénète
qui vient « livrer » Oksana en Angleterre, et qui cherche
une seconde fille pour conclure son marché… Hope ne
se doute de rien, et quand elle s’aperçoit qu’Oksana
a faussé compagnie à son « fiancé »
et s’est réfugiée dans le camping-car familial,
elle décide de l’aider à passer la frontière,
à l’insu de ses parents. Bien mal lui en prend…
Car Zergei retrouvera vite la trace de sa marchandise et de la petite
Anglaise qui a voulu la lui soustraire.
Cette rencontre entre deux filles que tout sépare (l’une
nantie, l’autre issue d’une société appauvrie)
et l’aventure terrifiante et hors du commun qui va suivre
permettent à l’auteure d’aborder un thème
délicat : la prostitution des mineurs et des filles de l’Est
(pour la plupart emmenées contre leur gré, séduites
par un individu qui leur a fait miroiter les richesses de l’Occident,
avant d’être droguées et séquestrées
des mois ou des années durant). Hope, qui est enlevée
à son tour, tombe des nues quand elle prend conscience de
ce qu’on attend d’elle, tandis que la jeune Russe, qui
a déjà vu pire, semble se soumettre aisément
aux hommes qui l’ont achetée.
Dans le même temps, on a du mal à compatir au désespoir
de Hope, la « petite fille riche » qui voit son monde
s’écrouler – mais dont on sait qu’elle
va s’en sortir sans trop de déboires (contrairement
à Hope, qui retrouve sa vie dorée, Oksana n’a
aucun recours – elle est entrée illégalement
dans le pays et ne peut faire appel aux autorités) –
quand on mesure à quel point l’existence d’Oksana
est une souffrance de chaque instant. Celle-ci revient sur son enfance
misérable (la mort de sa mère, le manque constant
de nourriture, le poids que représente pour elle son petit
frère, dont elle doit s’occuper, ce qui l’empêche
d’aller à l’école…), sur son amitié
pour Adik, un garçon encore plus défavorisé
qu’elle, puis sur son rêve de partir travailler en Allemagne,
sur le traumatisme du premier viol, la veille de son départ
pour l’étranger, alors qu’elle n’a que
quatorze ans, et enfin sur son séjour forcé en Italie.
Autant le récit de Hope peut agacer par instants (ses peurs
sont celles d’une petite fille très innocente), autant
le parcours d’Oksana, déjà usée par la
vie, est poignant, raconté de façon très réaliste,
dans tout ce qu’il a de plus sordide et de plus déshumanisant,
sans que jamais l’auteure ne verse dans la complaisance ou
le pathos. Oksana a beau être une prostituée, elle
s’accroche au peu de dignité qui lui reste et à
son seul espoir : retrouver Adik, qui vivrait à Londres.
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Le
roman s’achève sur leurs retrouvailles, et
cependant, le lecteur est fort déçu de devoir
quitter là Oksana, une héroïne certes
brisée mais valeureuse, à côté
de laquelle la petite Hope, personnage très convenu,
ne fait pas le poids. En dépît de ce déséquilibre,
le roman a toutefois le mérite d’insister sur
les décalages socio-économiques qui perdurent
entre nos sociétés et celles de l’ancien
bloc de l’Est (même si Oksana pourrait tout
aussi bien venir d’Asie ou d’Afrique), d’inciter
le lecteur occidental à relativiser et à s’éveiller
à la misère qui sévit dans le reste
du monde, et évidemment à dénoncer
l'esclavage sous toutes ses formes.
Blandine
Longre
(avril 2007)
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Blandine
Longre, agrégée d’anglais,
est l’une des fondatrices de Sitartmag ; rédactrice
en chef depuis mai 1999, elle s’intéresse tout
particulièrement aux écritures contemporaines
(francophone, anglophone, asiatique, orientale etc.), à
la littérature pour la jeunesse, au théâtre
(texte et représentation) et aux relations qu’entretiennent
fiction et réel.

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