du 30 juin au 13 juillet 2000

20ème édition
Au Théâtre Antique de Vienne

Jazz à Vienne 2001


  
 
Artiste Date
Soul Samedi 1er juillet
Nuit du Blues Lundi 3 juillet
Diana Krall / Tony Bennett Lundi 4 juillet
Swing Vendredi 7 juillet
McCoy Tyner Trio Samedi 8 juillet
Trio Romano, Sclavis, Texier Mercredi 12 juillet
All Night Jazz Jeudi 13 juillet
Liens généraux  
 
 


 

 

 

 

 

 

 

Samedi 1er juillet : Soul


Wison Pickett
The Temptations Review featuring Dennis Edwards

Affiche alléchante ce 1er juillet pour cette soirée Soul music avec la participation des Temptations er de Wilson Pickett en personne. La première partie assurée par les légendaires Temptations composés de 5 chanteurs de talent, fut de bonne qualité même s'ils abusèrent quelque peu de mièvreries genre la croisière s'amuse. Si cette formation n'a plus grand chose à voir avec le groupe de départ qui fit parler de lui dès la fin des années 60, les remplaçants ont démontrés qu'ils n'avaient rien à envier aux originaux : Leur jeu de scène, leurs petits pas de danse, leur costume bleu-paillette d'un kitsh hilarant et évidemment leur voix d'une grande complémentarité, leur permirent de conquérir aisément l'assistance qu'ils firent participer et chanter avec humour et complicité, et se taillèrent un franc succès avec leur classique papa was a rolling stone, un chef d'oeuvre de la soul-funk des années 70. A noter, le grand professionalisme de leur groupe qui leur apportèrent le soutien idéal, malgré un claviériste au son trop synthétique.

L'heure sonna pour Wilson Pickett et son band, malgré un temps médiocre qui gâcha une partie de la soirée. Je ne reviendrai pas sur la carrière des plus prolifiques de ce soulman qui connut la célébrité avec des hits comme land of 1000 dances ou encore in the midnight hour, et qui reste toujours actif puisque son dernier CD, du reste excellent, est sorti il y a un an et demi à peine. Il se fit attendre sur scène, et son groupe fit patienter le public avec des classiques de soul music. S'il n'a plus sa voix d'antan, il démontra encore l'étendue de ses talents par ses hurlements presque animal à faire trembler les pierres du théâtre antique ; sa musique n'a pas changé d'un iota, et sa soul "rentre-dedans" et son tempérament de feu, furent du goût d'un public refroidi par une pluie battante. Seul reproche, la durée de son show, beaucoup trop court pour être apprécié à sa juste valeur.
Néanmoins, cette soirée soul n'aura pas déçu son monde et devra se maintenir les prochaines années à jazz à Vienne.

Régis

Wilson Pickett
http://www.artistinformation.com/wilson_pickett.html
http://www.rockhall.com/hof/inductee.asp?id=167

Interview de Dennis Edwards (Real-Audio)
http://temptationsonline.freeyellow.com/index.html
The Temptations
http://www.geocities.com/Hollywood/Star/9579/frontpage.htm

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lundi 3 juillet : Nuit du Blues


Place à la traditionnelle soirée blues ce 3 juillet au théâtre antique de Vienne ; passons sur la prestation de Huey Lewis & the News, groupe pop sans véritable intérêt qui fit fuir une bonne partie d'un public consterné par cette musique sans âme et à but commercial. Intéressons nous plutôt à la performance de Michael Hill, bluesman de New-York né en 1952, qui séduit par ses compositions funky aux arrangements sophistiqués et son sens de la scène, n'hésitant pas à dialoguer avec l'assistance. Bon chanteur à la voix sensuelle, son jeu de guitare doit plus au rock psychédélique des années 70 qu'au blues traditionnel, sans pour autant tomber dans la démonstration technique et la facilité ; si certains puristes auront trouvé ses chorus de guitare trop dissonants, trop rocky, il n'empêche que cette force vive du blues moderne a su installer un climat des plus personnels, bien soutenu qu'il était par un bassiste intenable, un batteur au jeu souple, et un clavier aux interventions sans bavures.

Puis vint celui que tout le monde attendait, le mythique Magic Slim et ses Teardrops : Un pied dans le delta blues, un autre dans le West side Sound, ce chanteur guitariste s'est forgé un style des plus atypiques et des plus attrayants du blues moderne. Venu de son Mississippi natal pour s'installer à Chicago en 1965, cette force de la nature enregistre un premier 45 tour en 1968, love me baby (morceau disponible sur l'anthologie when girls do it / Red lightnin'/LP), et doit ensuite patienter sept ans pour enregistrer son premier album pour le compte du label français MCM. S'il n'est pas un grand compositeur, ce guitariste surpuissant aux solos torturés et chanteur à la voix crue, voilée, qui doit plus aux chanteurs du South side qu'à ceux du West side imprégnés de soul music, il marque de son empreinte chaque morceau qu'il reprend en leur insufflant une spontanéité, une rudesse, une brutalité sans égal dans le blues moderne. Ce fut encore une fois le cas ce soir là, d'autant plus que ses fidèles Teardrops étaient à la hauteur de leur réputation. Le bassiste Nick Holt, son demi-frère, démarra le show en chantant deux blues de sa voix graveleuse portant en elle l'authenticité du blues le plus profond, bien secondé qu'il était par l'excellent second guitariste Michael Doston. Puis le colosse de Chicago fit son apparition et assomma d'emblée une assistance ébahie par la dramatique, la férocité que dégagèrent ses solos de guitares ; acclamé par un public conquis, il enchaîna avec maestria shuffles, rock'n roll, funkblues et blues lents tout en laissant s'exprimer son second guitariste aux solos vifs et inspirés; sa reprise du classique the sky is cryin' fut d'une incroyable intensité et on se serait cru pour un instant dans l'un de ces bars des bas-fonds du South side de Chicago . Cette grosse heure en compagnie de Magic Slim passa beaucoup trop rapidement mais restera gravée dans les mémoires d'un public, qui dut subir ensuite la soul popisante de Huey Lewis & the News. Malgré ce couac de fin de parcours, cette soirée blues fut de très bon niveau et se termina très tard au club de minuit en compagnie d'un Michael Hill au plaisir de jouer communicatif.

Régis

Huey Lewis
http://imusic.com/showcase/rock/hueylewis.html
http://www.cosmo.com/hueylewisitin.html
Magic Slim http://www.martysalzmanmanagement.com/magic_s.html
http://www.centerstage.net/music/whoswho/MagicSlim.html

Voir aussi la rubrique Blues de Sit'art mag

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Lundi 4 juillet

Diana Krall : piano et chant
Dan Fachnle : guitare
Ben Wolfe : contrebasse
Shannon Powell : batterie

Tony Bennett : chant
Gray Sargent : guitare
Ralph Sharon : piano
Paul Langosch : contrebasse
Clayton Cameron : batterie

Malgré le temps menaçant, le théâtre antique de Vienne s'est rapidement rempli en cette soirée consacrée au jazz vocal. Dans la foule on distinguait une majorité de quadragénaires mais aussi un nombre important de jeunes amateurs de chansons Américaines remises au goût du jour par Sting ou Harry Connick Junior.
L'affiche promettait du charme masculin, " bonsoir mesdames ", du charme féminin, " bonsoir messieurs ", mais surtout du swing et du rythme ; pourtant, à 20 h 30…. rumeur dans le public, pas l'ombre de J.P. Bouteiller ! ! ? Le sacro saint timing du festival serait-il mis à mal par les frasques et fantaisies des artistes, comme on le rencontre trop souvent dans le rock et la variété ? Puis après (seulement) 20 minutes apparaît enfin le directeur du festival visiblement éprouvé mais rassurant : Diana est bien là malgré le retard de son avion. Effectivement Diana Krall fit de suite son entrée en se dirigeant droit vers son piano, un peu trop vite au goût de certains ; avait-elle été contrariée par les péripéties de son transport ou était- elle émue de jouer devant pareille assemblée (on se souvient du trac paralysant qu'a connu Sandra Reaves Philips en 1984), nul ne le saura mais on l'avait connue plus radieuse...
Le concert débuta par un hommage à son successeur de la soirée : Tony Bennett sur lequel les musiciens ajustèrent leur niveau sonore et installèrent leur plan de concert : thème piano, chorus guitare, chorus piano, chorus d'échange piano & guitare puis retour au thème appuyé par les quatre instrumentistes, tout cela dans la plus pure tradition du jazz classique ; cependant, dès cet exercice, le guitariste remplaçant de Russel Malone sut rassurer son auditoire, il n'est pas là que pour la rythmique et son premier chorus titilla déjà les oreilles de connaisseurs avisés.
Le quartette interpréta par la suite les principaux thèmes gravés sur les deux derniers albums de D. Krall : "All for you" et "when I look in your eyes", tels que "Let's fall in love" ou "I've got you under my skin". Les musiciens se libérèrent peu à peu mais c'est surtout le magnifique son de la Guild de Dan Fachnle qui retint l'attention par son phrasé très proche de celui du grand "Wes".
On regretta quelque peu le manque de personnalité ou la faiblesse sonore de la contrebasse pourtant confiée aux mains " métronomiques " du rythmicien attitré du trio de D. Krall qui nous offrit enfin son sourire et trois rappels dont les deux derniers en solo piano.
Le temps de quelques frites ou d'un échange d'impressions avec ses voisins et déjà apparaît Tony Bennett "le grand" qui affiche d'entrée ses neuf grammy awards et un sourire ultra brite ! Cette fois le courant passe instantanément et monte en puissance dans les reprises de D. Ellington, C. Basie ou autre B. Goodman.
Les quatre musiciens sont parfaitement en phase et maîtrisent tellement bien leur répertoire, que parfois cela manque de spontanéité … puis le maître (qui se définit comme un chanteur aimant le jazz ) sent que c'est le moment de lâcher " du lest " : quelques fantaisies vocales, quelques chorus dont ceux du merveilleux contrebassiste P. Langosch et puis vint le petit tour de magie du batteur C. Cameron qui enflamma le public par un étourdissant solo de près d'un quart d'heure durant lequel il utilisa par moment quatre baguettes à la fois !
" La sauce était montée " et plus rien ne pouvait arrêter T. Bennett et ses quatre dévoués complices qui montrèrent là un immense respect du public et un grand professionnalisme puisqu'ils nous offrirent huit rappels de parfois deux ou trois thèmes qui firent lever et danser un public conquis.

François Gayet

Diana Krall
http://imusic.com/showcase/contemporary/dianakrall.html

http://www.dkrall.com/

Tony Bennett
http://www.sonymusic.com/artists/TonyBennett/indexFlash.html

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Vendredi 7 juillet : Swing

Une soirée en fin de semaine, marquée sous le signe du swing, par la prestation de deux big bands renommés et dirigés par des musiciens très médiatiques, cela ne pouvait que rassembler une multitude d'amateurs …et cela fut le cas car l'hémicycle bimillénaire fut pratiquement plein dès les 20 h30 " fatidiques ". Le thème de la soirée fut même associé à celui de la danse car exceptionnellement le staff technique avait monté un plancher demi circulaire au pied de la scène qui fut destiné à une dizaine de couples de danseurs professionnels et à tous les danseurs amateurs du public.

En première partie se produisit le quintette de Stan Laferrière. Ce dernier expliqua tout de suite qu'étant averti depuis peu du thème de la soirée, il ne pouvait modifier le répertoire de tournée de l'orchestre, mais que par chance celui-ci devrait " coller " avec le swing et ses danseurs.
Cela fut vrai effectivement pour les trois premiers standards proposés sur lesquels d'impressionnants danseurs firent la démonstration de leur talent… le spectacle était alors autant sur la scène que sur les planches du parterre. Stan Laferrière usa alors à bon escient du chant, des chorus instrumentaux et du scat permettant de redonner de la dynamique lorsque cela paraissait nécessaire.
Puis s'installèrent par la suite différents thèmes intimistes et quelques ballades qui coupèrent le rythme de la soirée. L'orchestre, malgré l'interprétation de qualité de quelques standards, ne put jamais rattraper le décalage avec l'attente du public : le swing, rien que le swing. Cependant Stan Laferrière eut la bonne idée pour clore ce récital d'inviter Michelle Hendrix à chanter et à scater avec lui sur un thème de B. Goodman pour le plus grand plaisir de la foule et des danseurs qui lui firent deux rappels, encore une fois plus proche de la ballade que du swing.

En deuxième partie se produisit une formation que les viennois connaissent bien puisqu'elle fut déjà présente au programme du festival de 1995 : The Lincoln Center Jazz Orchestra avec Wynton Marsalis. Ce dernier était d'ailleurs à l'affiche de deux soirées suivantes, une pour célébrer le centième anniversaire de la naissance de Louis Amstrong avec son orchestre et l'autre pour commenter un film retraçant la vie du grand Satchmo.
Dès les premières notes, on sentit le grand professionnalisme de cet ensemble prestigieux qui tourne sur les scènes du monde entier. Wynton Marsalis, comme à son habitude maria avec bonheur la discrétion et la direction de mains de maître. L'orchestre alterna les grands standards de Duke Ellington, Count Basie et Benny Goodman avec les compositions personnelles de Wycliffe Gordon et Andy Farber … le swing était au rendez-vous et les danseurs aussi puisque le public n'hésita pas à se joindre aux meilleurs couples de pro.
A chaque morceau, W. Marsalis permis à chacun de ses musiciens de s'exprimer pleinement par des longs chorus d'un haut niveau technique, mais malheureusement un peu trop rigides. Pas une note ripée, pas un écart de tempo, des musiciens affairés à leurs partitions comme des collégiens pendant que leur maître, -connu pour ses talents de pédagogue- donne quelques renseignements sur le titre passé ou à venir, donnèrent plus l'impression d'être au " boulot " qu'au service de La Musique improvisée. Enfin lé aussi c'est une forme de professionnalisme que les musiciens européens découvrent avec étonnement lors de leurs déplacements outre-atlantique.
Dommage - ou plutôt par chance- que la pluie soit arrivée en fin de concert, retenant les derniers amateurs de danse sur leurs gradins, cela ne perturbant en rien, comme on pouvait s'y attendre, le LCJO !

François Gayet

Stan Laferièrre Tentet
Stan Laferièrre : piano, chant et direction d'orchestre
Michel Feugère : trompette
Frank Delpeut : trompette
J. Christophe Vilain : trombone
Didier Havet : tuba
Thomas Savy : saxophones
Pierre Mirman : saxophones
Nicolas Montier : saxophones
Stéphane Chausse : clarinettes
Pierre Moingourd : contrebasse
Vincent Cordelette : batterie

Lincoln center jazz orchestra whith Wynton Marsalis Wynton Marsalis : trompette et direction d'orchestre
Senecha Blach : trompette
Ryan Kisor : trompette
Marcus Printup : trompette
Wicliffe Gordon : trombone
Ron Westray : trombone
Andre Hayward : trombone
Wess wardaddy Anderson : saxophones alto et soprano
Ted Nash : saxophones alto, soprano et clarinette
Walter Blanding Jr. : sax. ténor, soprano et clarinette
Victor Goitnes : saxophone ténor, clarinette
Joe Temperley : sax. basse, clarinettes
Farid Barron : piano
Rodney Whitaker : contrebasse
Herlin Riley : batterie

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Samedi 8 juillet

McCoy Tyner
http://www.ejn.it/mus/tyner.htm

 

 

 

 

 

 

 

 

Mercredi 12 juillet 2000


Monk Tentet all stars

Encore une soirée marquée par un temps maussade, mais le public avait une fois de plus répondu présent, et c'est couvert de multiples pull-overs ou autres couvertures qu'il dut braver le froid glacial qui fit faire la grimace à quelques musiciens. Les premiers artistes à rentrer en scène furent le trio Français avec un voisin de naissance, puisque Louis Sclavis est Lyonnais. D'ailleurs ce dernier s'était déjà récemment produit dans le cadre de " jazz à Vienne série " le 7 janvier dernier à l'auditorium de Lyon, avec un autre " souffleur d'anches" : Michel Portal. Le trio de cette soirée est né d'une idée assez ancienne du photographe Guy le Guerrec, à qui il dédia son premier album photo musical : " Carnet de route ". En effet chacun sait que, depuis 1990, cette formation visita à trois reprises le continent Africain pour y donner des concerts hivernaux mais brûlants, puisqu'à chaque voyage les trois musiciens donnèrent autant qu'ils reçurent de ce berceau humain et musical. Cependant cela reste plus nuancé pour le second album " Suite africaine " où la personnalité de chacun des trois protagonistes est la mieux marquée car moins influencée par le continent noir. En effet ce voyage en Afrique de l'est et du sud, -qui est presque un autre continent- est essentiellement sous influence colonialiste Anglaise, et les habitants villageois ou " citadins " sont beaucoup moins ouverts et expansifs que leurs " cousins " de l'ouest.

Les artistes débutèrent par un thème choc qui put déranger une partie de l'assistance non prévenue… mais cette onde de choc était nécessaire pour, en quelque sorte préparer le terrain du répertoire essentiellement puisé dans les deux album cités plus haut, tels que " hauts plateaux, Windhoek suite, Soul is free' Entrave ou Pingouin ". Ces thèmes, composés indifféremment par les trois membres de la formation, nous firent voyager dans les lointaines savanes Africaines du Sénégal comme dans l'Afrique du sud avec " Standing ovation for Mandela ".
Henri Texier se dépensa sans compter et son jeu très physique est toujours aussi impressionnant. Il a su varier avec bonheur et talent les rythmes et les touchers de son manche d'ébène de sa contrebasse en alternant, jeu en octave, à l'archet, à la baguette (dont la sonorité ne fut pas sans rappeler le Africain) , en slapping et même en rythmique au pouce à la façon d'une guitare jazz !
Aldo Romano, comme à son habitude, sut parfaitement temporiser ou dynamiser les thèmes qu'ils soient d'inspiration moderne ou Africaine. Son toucher de cymbales très cristallin et l'utilisation des maillets feutrés sur la caisse claire et les tomes, marie harmonieusement les tendances jazz avec les rythmes binaires ou ternaires de circonstance.
Louis Sclavis, dont la virtuosité peut laisser croire que la pratique du saxophone ou de la clarinette est assez aisée, n'est plus à présenter. Il a la lourde tâche, à lui seul en quelque sorte, de présenter les thèmes et premiers développements qui tirent parfois sur une improvisation très free. Bien souvent ses interprétations débutent par des sortes de gammes montantes et descendantes sur lesquelles il semble ensuite " faire le tri " pour ensuite dégager l'essence du thème et de son inspiration… et toujours cette façon originale de marquer les temps forts par les claquement de clapets de mécanique de sa clarinette basse. S'il suffisait de deux mots pour résumer leur prestation ce seraient sans doute ceux-ci : " standing ovation ! ! ", ce qui fut le cas par deux fois en cette soirée et de la façon la plus méritée qui soit.

Ce fut ensuite au tour du troisième tentet du festival de se présenter (le festival avait déjà accueilli ceux de Stan Laferièrre et du Lincoln Jazz Orchestra le 7 Juillet dernier)… et il était porteur d'un des plus grand nom du jazz : Théolonius Monk. La formation de cette soirée était prometteuse puisque la plupart des musiciens furent d'anciens compagnons du maître. J.P. Boutellier nous proposa une entrée originale des artistes qui se présentèrent un à un sur la scène dès leur nomination.
Déjà une certaine décontraction pouvait se dégager de l'ensemble de ce mini big band comportant un nombre égal de musiciens blancs et noirs : pas de costume particulier, une casquette vissée sur la tête de Phil Woods, des échanges de bons mots entre pupitres, etc.…
Et l'orchestre débuta par le premier standard de leur répertoire : " Epistrophy " sur lequel justement P. Woods voulut se jeter à l'eau en chorusant le premier (il faut rappeler qu'il faisait ce soir un temps glacial) avant de passer la main à ses collègues. Puis ce fut le tour de " Bye-ya, Every danse, Light blue, I mean you, etc. Tous ces standards s'égrenèrent sans grande originalité et il faut bien dire que le public commença à trouver le jeu un peu rengaine. Evidemment la technique de groupe ou individuelle est irréprochable, mais il une fois de plus, il semble que ces grandes formations américaines vivent trop sur leur renommée. Elles se contentent de faire de l'interprétation quasi scolaire sans aucun débordement ni improvisation spontanée, d'un répertoire suranné pour faire " tourner la boutique ".
On a pu voir tout de même Don Sickler se lever en cours de morceau pour lancer tel ou tel chorus qu'il lui semblait bon de placer au moment opportun, mais ce fut bien là le seul repère propre à une musique qui se veut libre de tout carcan et qui fait partie de leur patrimoine.
Autre point décevant de la soirée : la sortie rapide et très calculée de l'orchestre après seulement 55 minutes de concert. Calculée, car les musiciens n'attendirent même pas le rappel du public pour faire à nouveau leur entrée, et où le bon sens (ou la bonne idée) aurait voulu de jouer enfin un ou deux des plus grands thèmes de T. Monk comme Round Midnight et Blue monk, pour le swing et le plus grand plaisir du public, mais en vain. Le froid aidant, la plupart ne se fit pas prier pour rentrer chez lui un peu en avance sur l'horaire et surtout un peu sur sa faim en ce qui concerne cette deuxième partie.

François Gayet

Trio Romano / Sclavis / Texier
Louis Sclavis : clarinettes et sax soprano
Henri Texier : contrebasse
Aldo Romano : batterie

Monk Tentet all stars
Dan Slickler : trompette et direction d'orchestre
Jack Walrath : trompette
Harold Land : Saxophone ténor
Howard Johnson : Saxophone baryton
Steve lacy : saxophone soprano
Phil woods : saxophone alto
Eddie Bert : trombone
David William : contrebasse
Ronnie Matthews : piano
Ben Riley : batterie

Trio Romano, Sclavis, Texier
http://www.chez.com/tempo/affiche/rst.htm
http://www.music.org.za/sclavis.htm

Louis Sclavis
Un site très complet
http://www.netlaputa.ne.jp/~lili/


Voir aussi la chronique du concert de janvier 2000

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jeudi 13 juillet : All Night Jazz

Une fois encore, le temps se fit menaçant en cette soirée " All Night Jazz ", mais il n'a pas pu enrayer la forte participation du public, -le théâtre fut même complet vers 21 h 15- dont une majorité de jeunes, visiblement attirés par l'affiche jazzy rock du programme. Après un hommage appuyé du public à J.P. Boutellier qui faisait là sa dernière présentation d'un programme en tant que directeur du festival, la soirée, que le " patron " qualifia de, " sous le signe du voyage " débuta sous une fine pluie, heureusement passagère ; dire qu'il a deux mille ans ce théâtre comportait 13500 places et était couvert ! !

20 h 30 : Matt Darriau's Paradox Trio
Matt Darriau
 : reeds
Brad Shepik : guitare
Seido Salifoski : dumbeck et dabourka
Ruffus Cappadocia : cello
Groupe atypique des faubourgs de New York formé par quatre musiciens aux origines diverses, il propose un son très moderne associant les sonorités balkaniques et occidentales par l'utilisation toute en finesse de la guitare électrique (gretsch demi-caisse du type county gentleman 6122, pour les connaisseurs) qui est un modèle de délicatesse et de grain dans les aigus… ce qui correspond bien à ce type de musique orientale ciselée.
Le jeu de cello de R. Cappadocia, au nom évocateur, porta à souhait la partie rythmique -avec la dabourka de S. Salifoski- en ce sens que la cinquième corde bourdon permet de marquer les temps forts pendant que les quatre autres autorisent de jouer une mélodie simple ou même de sérieux chorus en complément de ceux de M. Darriau avec les instruments traditionnels comme la flûte orientale à bec ou même la cornemuse.
Le public reconnaissant là une musique de plus en plus prisée, le raï, rythma souvent les tempos d'origine Turque ou Bulgare et rappela par deux fois le groupe, ce qui permit entre autre à S. Salifoski, de faire une véritable démonstration sur sa dabourka en fût métallique.

22 h 15 : Le Trio Rosenberg invite Bireli Lagrène et Christian Escoudé.
Nonnie Rosenberg : contrebasse
Stochelo / Nous'che Rosenberg : guitares électroacoustiques
Bireli Lagrène et Christian Escoudé : guitares électriques jazz

Le trio Rosenberg, originaire de Hollande, fait partie de la grande famille Tsigane dont les frontières ne sont que virtuelles. Les trois cousins ne vivent que pour la musique et sont profondément enracinés dans cette culture " djangolienne ". Cependant au fil des années – ils se produisent depuis plus de 20 ans - ils ont su acquérir leur propre style qui a fait école parmi les inconditionnels du genre.
Tous trois sont de formidables techniciens qui se sont en quelque sorte partagé (ou spécialisé) les " tâches " : Nonnie appuyant les temps forts sur sa contrebasse très bien dosée, mais que la balance du soir avait trop assourdie. Nous'che au manche de sa guitare type Selmer Macaferri, (rosace en D, comme celle des débuts du maître), assure la rythmique avec une assurance et une dynamique qui font chercher où se trouve la batterie du groupe ! Stochelo, véritable TGV du manche, mais à bon escient, c'est à dire dans le plus pur style manouche (assez proche de celui de Romane), assure les solos étourdissants ou posés sur sa Selmer (rosace ovale, comme celle du maître lorsqu'il jouait au hot club de France).

Ils entamèrent en trio ce concert par quatre morceaux de style très divers dont deux dédiés à des membres de leur famille, un pour l'Andalousie et le dernier par un vrai blues en Si bémol avec une grille typiquement jazz : quatre véritables petits bijoux de finesse et de sensibilité, sans exubérance d'aucune sorte. Puis vinrent les deux invités… B. Lagrène avec une splendide Gibson Le Grande dont la facture (pas l'addition mais la fabrication ! …quoique ! ! ? ) dut faire des envieux parmi les nombreux guitaristes du public, et enfin, le quinquagénaire mais toujours jeune, C. Escoudé, avec également une Gibson, mais plus proche (plus proche seulement) des moyens du commun des mortels, une type ES 175, la guitare jazz de référence.
Alors le répertoire s'étendit vers de larges interprétations de grands standards comme " Out of nowhere ", un " Summertime " très enlevé ou encore un " Oléo " à couper le souffle. A chacun de ces thèmes, au cours desquels B. Lagrène fit preuve d'une très grande décontraction voire une nonchalance inhabituelle chez lui, (peut-être était-il particulièrement à son aise au sein de cet ensemble gitan), les trois solistes prirent à leur tour des solos propres à chacun de leur style ou tendance.
C. Escoudé qui dut un moment s'éclipser pour remplacer sa corde de mi 1ère cassée en cours de concert, apporta le son chaleureux et véloce à la façon de Tal Farlow. Il échangea sans aucun télescopage avec B. Lagrène, même si par moment on put penser qu'un seul " guest star " eut été suffisant pour cette soirée, que quelques-uns ont trouvé comme trop jouée à la montre…
A leur unique rappel, (les techniciens ont investis la scène sans plus attendre) le quintette eut l'excellente initiative de jouer le standard que certains n'osent même plus interpréter : " les feuilles mortes ou Autumn leaves ", un vrai régal que de nombreux amateurs purent reprendre en cœur.

23 h 30 : Ali Farka Touré 
Ali Farka Touré : guitare et chant
Hamadoun Bocoum et Semba Touré : chœurs
Oumar Diallo : basse électrique
Alpha Ousmane Sankaré : calebasse (au sol)
Oumar Hamdoun Touré : conga et chœur
Souleymane Kané : djembé

Le temps pluvieux ne put jamais ôter la bonne humeur des sept protagonistes de cette troisième partie et l'envie de danser au public qui eut la bonne idée de rester pour ce troisième concert de la soirée. J'ai même vu des parents dire à leur progéniture qu'ils resteraient juste un ou deux morceaux pour voir, avant de partir, et qui étaient encore là, debout à rappeler le groupe à la fin de leur troisième rappel ! ! L'entrée des musiciens fut déjà en elle même un spectacle, et J.C. Boutellier avait bien raison en qualifiant le programme " de nuit du jazz avec invitation au voyage " : les musiciens vêtus de six costumes semblables aux motifs africains vinrent jouer chacun à leur tour de leur instrument pour enfin accueillir Ali Farka Touré vêtu d'un costume de seigneur du désert bleu anthracite (n'ayons pas peur des mots), la tête couverte d'un turban rembourré retombant en arrière, maintenu par un collier frontal très coloré et enfin avec un large foulard rose plissé couvrant le cou et le torse…  on en avait plein les yeux, et les oreilles n'allaient pas en être en reste pour autant.
Tout de suite l'assemblée comprit à qui elle avait à faire, c'est à dire à d'authentiques musiciens restés fidèles à leur racines, sans influence occidentale majeure . Bien sûr, il y a tout de même une présence moderne sur la scène : une guitare électrique dans les mains d' A.F. Touré, mais quelle guitare ? Car en fait c'est surtout pour utiliser l'amplification qu'il a recours à cet instrument qu'il pratique à la façon d'une cithare malienne, avec deux doigts : le pouce sur la corde de mi grave accordée en bourdon à chaque morceau, et l'index muni d'un onglet qui joue la mélodie sur deux cordes, à la façon d'un banjo... quant à la basse électrique, on peut en résumer le rattachement à son pays par le fait que O. Diallo, jouait en gaucher sur une basse de droitier montée avec ses quatre cordes comme telles ! ! ! du jamais vu ; en Europe, tout du moins.
Dès le premier morceau , on fut littéralement transporté aux portes du désert, à " Niafunké " plus exactement, le village natal de O.F. Touré, situé sur les rives du niger et le nom de son dernier album. La musique de A.F. Touré est à mi-chemin entre les rythmes de la savane et les premiers blues de l'Amérique où les instruments sont d'abord les accompagnements des chants. Le groupe interpréta ensuite de nombreuses compositions originales que les chœurs reprenaient à l'unisson ou en tierce tout en dansant de façon très communicative. Après le premier des trois rappels, O.F. Touré eut la gentillesse toute naturelle et profondément sincère de remercier le public à qui il confia ne plus vouloir partir tant il était heureux d'apporter un peu de sa chaude tradition musicale dans un pays si froid ! Puis il prit un petit instrument africain bicorde avec une calebasse de la taille d'un melon pour caisse de résonance qu'il présenta comme son seul professeur musical " et ne venant ni de la Sorbonne ni d'un conservatoire quelconque ". Là aussi un micro cravate fut le seul témoin de notre civilisation pour deux morceaux où les percussions Africaines nous rappelèrent de façon magistrale nos racines communes musicales.

Le 14 juillet 2000 : suite de la nuit du jazz.
01 h 30 : Keziah Jones 
Kézia Jones : guitares
Pour la constitution de l'orchestre, les documents officiels ne nous ont pas précisé les noms exacts des musiciens, je me contenterai d'en décrire les pupitres.
Un tout jeune bassiste : basse électrique
Un non moins jeune batteur : batterie type rock rock-fusion
Un percussionniste à la quarantaine bien frappée… je prends des risques ! : congas et timbres.

Kézia Jones a permis deux choses essentielles dans cette dernière nuit du festival : 1°) l'attirance d'un public jeune et nombreux et que cela fait du bien d'être entouré par des jeunes ouverts sur d'autres horizons musicaux que le rock pur et dur, (ils ont toujours été respectueux des formations précédentes) et de sentir que la musique, quelle qu'elle soit, n'est la propriété d'aucune génération ni d 'aucun clan quel qui soit. 2°) de garder un nombre important de spectateurs jusque tôt le matin… mais la direction de la programmation du festival sait bien que cette plage horaire du concert est d'abord celle des jeunes !
K. Jones. Ce nom fait davantage partie du top 50 que de l'univers jazz, mais encore une fois le jazz ne doit pas faire du nombrilisme, celui qui fait dire à certains " Tony Bennett, A.F. Touré ou K. Jones, c'est pas du jazz !".
En quelque sorte c'est vrai, mais le jazz est une musique vivante en perpétuelle évolution. Alors doit-on réserver l'exclusivité du festival au jazz le plus académique qui soit… la prestation des grandes formations Américaines de ce cru ne nous en a pas une fois de plus convaincu.
K.Jones est d'abord un véritable musicien, auteur, compositeur , interprète et guitariste de talent. Dès son arrivée en scène, il nous interpréta trois morceaux avec sa guitare en solo sans l'appui d'aucune rythmique, comme pour ne jamais oublier les rues de Paris ou Londres d'où il vient…ces rues dans lesquelles il a dû connaître fortunes diverses et su se forger un style propre qui ne fait pas dans la demi-teinte.
D'ailleurs si on s'attache plus à la technique qu'au contenu du concert de ce soir, plusieurs indices ne trompent pas quant à ses origines (il est né au Nigeria) et quant aux années de galère qu'il a connu avant la reconnaissance que l'on sait : Sur ses cinq guitares, trois doivent faire partie de sa vie depuis pas mal d'années, comme en témoignent les réparations de fortunes non dissimulées, et sa préférence vers celles-ci au détriment des deux autres plus reluisantes ; Son jeu de guitare très grunge avec un rythme dub, qui associe rythmique et legato et qui rappelle un de ses maître, Jimi Hendrix. Il porte à lui seul tout le " fond " des thèmes qu'il interprète. Ses musiciens, même s'il les respecte en ne les cantonnant pas uniquement dans le rôle d'accompagnateurs, n'en restent pas moins ses seuls appuis. La preuve en est qu'il "  utilise ", en plus des indispensables bassiste et batteur, un percussionniste au lieu d'un guitariste ou pianiste rythmique…encore une référence à J. Henrix dont il joua sans faillir " axis, bold is love " ; Ses instruments particuliers, comme cette guitare demi creuse avec seulement deux cordes : une corde métallique de mi grave et une corde de sol en nylon, et dont on se doute que l'idée de les utiliser de cette façon ne lui est pas venu en tant que simple fantaisie, mais certainement par concours de circonstances... Enfin cette façon de jouer de la guitare comme de la basse et de la basse comme de la guitare (ce qui a fait que certains morceaux étaient interprétés par une double section batterie percussions et une double section de basse), laisse sous-entendre que K. Jones n'a peut-être pas toujours eu le choix de ses instruments.
  Pour finir, K. Jones à littéralement fait tournoyer dans nos têtes des souvenirs de rock Hendrixien, de blues du delta, de jazz-fusion, de musique expérimentale et de musique subway sans que jamais il ne nous perde et ne nous lasse de l'écouter dans ce dédale d'inspiration…même sous la pluie, jusqu'à trois heures du matin !

Keziah Jones (BluFunk)
http://www.keziahjones.com/
http://www.99octane.com/styles/blufunk/
http://www.cplus.fr/html/npa/npa1/invites/
http://www.lemonde.fr/article_impression

Ali Farka Touré
http://www.mediaport.net/AfricArt/100CD/CD/015.html
http://www.amazon.com/exec/obidos/ASIN/B000000

Cosmik Connection
Chronique de mars 2000 (à Vaulx Jazz)
Chronique de l'album Electrojazz4tet

 

 

 

 

 

 

Programme complet, site officiel du festival
http://www.jazzavienne.com

Jazz
http://lejazz.simplenet.com/
http://www.jazzbreak.com/
http://www.chez.com/photinjazz/