Samedi
1er juillet : Soul

Wison Pickett
The Temptations Review featuring Dennis Edwards
Affiche
alléchante ce 1er juillet pour cette soirée
Soul music avec la participation des Temptations
er de Wilson Pickett en personne. La première
partie assurée par les légendaires Temptations
composés de 5 chanteurs de talent, fut de bonne qualité
même s'ils abusèrent quelque peu de mièvreries
genre la croisière s'amuse. Si cette formation n'a
plus grand chose à voir avec le groupe de départ
qui fit parler de lui dès la fin des années
60, les remplaçants ont démontrés qu'ils
n'avaient rien à envier aux originaux : Leur jeu
de scène, leurs petits pas de danse, leur costume
bleu-paillette d'un kitsh hilarant et évidemment
leur voix d'une grande complémentarité, leur
permirent de conquérir aisément l'assistance
qu'ils firent participer et chanter avec humour et complicité,
et se taillèrent un franc succès avec leur
classique papa was a rolling stone, un chef d'oeuvre
de la soul-funk des années 70. A noter, le grand
professionalisme de leur groupe qui leur apportèrent
le soutien idéal, malgré un claviériste
au son trop synthétique.
L'heure sonna pour Wilson Pickett et son band, malgré
un temps médiocre qui gâcha une partie de la
soirée. Je ne reviendrai pas sur la carrière
des plus prolifiques de ce soulman qui connut la célébrité
avec des hits comme land of 1000 dances ou encore
in the midnight hour, et qui reste toujours actif
puisque son dernier CD, du reste excellent, est sorti il
y a un an et demi à peine. Il se fit attendre sur
scène, et son groupe fit patienter le public avec
des classiques de soul music. S'il n'a plus sa voix d'antan,
il démontra encore l'étendue de ses talents
par ses hurlements presque animal à faire trembler
les pierres du théâtre antique ; sa musique
n'a pas changé d'un iota, et sa soul "rentre-dedans"
et son tempérament de feu, furent du goût d'un
public refroidi par une pluie battante. Seul reproche, la
durée de son show, beaucoup trop court pour être
apprécié à sa juste valeur.
Néanmoins, cette soirée soul n'aura pas déçu
son monde et devra se maintenir les prochaines années
à jazz à Vienne.
Régis
Wilson
Pickett
http://www.artistinformation.com/wilson_pickett.html
http://www.rockhall.com/hof/inductee.asp?id=167
Interview
de Dennis Edwards (Real-Audio)
http://temptationsonline.freeyellow.com/index.html
The Temptations
http://www.geocities.com/Hollywood/Star/9579/frontpage.htm

Lundi
3 juillet : Nuit du Blues

Place
à la traditionnelle soirée blues ce 3 juillet
au théâtre antique de Vienne ; passons sur
la prestation de Huey Lewis & the News, groupe
pop sans véritable intérêt qui fit fuir
une bonne partie d'un public consterné par cette
musique sans âme et à but commercial. Intéressons
nous plutôt à la performance de Michael
Hill, bluesman de New-York né en 1952, qui séduit
par ses compositions funky aux arrangements sophistiqués
et son sens de la scène, n'hésitant pas à
dialoguer avec l'assistance. Bon chanteur à la voix
sensuelle, son jeu de guitare doit plus au rock psychédélique
des années 70 qu'au blues traditionnel, sans pour
autant tomber dans la démonstration technique et
la facilité ; si certains puristes auront trouvé
ses chorus de guitare trop dissonants, trop rocky, il n'empêche
que cette force vive du blues moderne a su installer un
climat des plus personnels, bien soutenu qu'il était
par un bassiste intenable, un batteur au jeu souple, et
un clavier aux interventions sans bavures.
Puis vint celui que tout le monde attendait, le mythique
Magic Slim et ses Teardrops : Un pied dans le delta
blues, un autre dans le West side Sound, ce chanteur guitariste
s'est forgé un style des plus atypiques et des plus
attrayants du blues moderne. Venu de son Mississippi natal
pour s'installer à Chicago en 1965, cette force de
la nature enregistre un premier 45 tour en 1968, love
me baby (morceau disponible sur l'anthologie when
girls do it / Red lightnin'/LP), et doit ensuite patienter
sept ans pour enregistrer son premier album pour le compte
du label français MCM. S'il n'est pas un grand compositeur,
ce guitariste surpuissant aux solos torturés et chanteur
à la voix crue, voilée, qui doit plus aux
chanteurs du South side qu'à ceux du West side imprégnés
de soul music, il marque de son empreinte chaque morceau
qu'il reprend en leur insufflant une spontanéité,
une rudesse, une brutalité sans égal dans
le blues moderne. Ce fut encore une fois le cas ce soir
là, d'autant plus que ses fidèles Teardrops
étaient à la hauteur de leur réputation.
Le bassiste Nick Holt, son demi-frère, démarra
le show en chantant deux blues de sa voix graveleuse portant
en elle l'authenticité du blues le plus profond,
bien secondé qu'il était par l'excellent second
guitariste Michael Doston. Puis le colosse de Chicago fit
son apparition et assomma d'emblée une assistance
ébahie par la dramatique, la férocité
que dégagèrent ses solos de guitares ; acclamé
par un public conquis, il enchaîna avec maestria shuffles,
rock'n roll, funkblues et blues lents tout en laissant s'exprimer
son second guitariste aux solos vifs et inspirés;
sa reprise du classique the sky is cryin' fut d'une
incroyable intensité et on se serait cru pour un
instant dans l'un de ces bars des bas-fonds du South side
de Chicago . Cette grosse heure en compagnie de Magic Slim
passa beaucoup trop rapidement mais restera gravée
dans les mémoires d'un public, qui dut subir ensuite
la soul popisante de Huey Lewis & the News. Malgré
ce couac de fin de parcours, cette soirée blues fut
de très bon niveau et se termina très tard
au club de minuit en compagnie d'un Michael Hill au plaisir
de jouer communicatif.
Régis
Huey
Lewis
http://imusic.com/showcase/rock/hueylewis.html
http://www.cosmo.com/hueylewisitin.html
Magic Slim http://www.martysalzmanmanagement.com/magic_s.html
http://www.centerstage.net/music/whoswho/MagicSlim.html
Voir
aussi la rubrique Blues de Sit'art
mag

Lundi
4 juillet

Diana
Krall : piano et chant
Dan Fachnle : guitare
Ben Wolfe : contrebasse
Shannon Powell : batterie
Tony Bennett : chant
Gray Sargent : guitare
Ralph Sharon : piano
Paul Langosch : contrebasse
Clayton Cameron : batterie
Malgré
le temps menaçant, le théâtre antique
de Vienne s'est rapidement rempli en cette soirée
consacrée au jazz vocal. Dans la foule on distinguait
une majorité de quadragénaires mais aussi
un nombre important de jeunes amateurs de chansons Américaines
remises au goût du jour par Sting ou Harry Connick
Junior.
L'affiche promettait du charme masculin, " bonsoir mesdames
", du charme féminin, " bonsoir messieurs ", mais
surtout du swing et du rythme ; pourtant, à 20 h 30…. rumeur
dans le public, pas l'ombre de J.P. Bouteiller ! ! ? Le
sacro saint timing du festival serait-il mis à mal
par les frasques et fantaisies des artistes, comme on le
rencontre trop souvent dans le rock et la variété
? Puis après (seulement) 20 minutes apparaît
enfin le directeur du festival visiblement éprouvé
mais rassurant : Diana est bien là malgré
le retard de son avion. Effectivement Diana Krall fit de
suite son entrée en se dirigeant droit vers son piano,
un peu trop vite au goût de certains ; avait-elle
été contrariée par les péripéties
de son transport ou était- elle émue de jouer
devant pareille assemblée (on se souvient du trac
paralysant qu'a connu Sandra Reaves Philips en 1984), nul
ne le saura mais on l'avait connue plus radieuse...
Le concert débuta par un hommage à son successeur
de la soirée : Tony Bennett sur lequel les musiciens ajustèrent
leur niveau sonore et installèrent leur plan de concert
: thème piano, chorus guitare, chorus piano, chorus
d'échange piano & guitare puis retour au thème
appuyé par les quatre instrumentistes, tout cela
dans la plus pure tradition du jazz classique ; cependant,
dès cet exercice, le guitariste remplaçant
de Russel Malone sut rassurer son auditoire, il n'est pas
là que pour la rythmique et son premier chorus titilla
déjà les oreilles de connaisseurs avisés.
Le quartette interpréta par la suite les principaux
thèmes gravés sur les deux derniers albums
de D. Krall : "All for you" et "when I look in your eyes",
tels que "Let's fall in love" ou "I've got you
under my skin". Les musiciens se libérèrent
peu à peu mais c'est surtout le magnifique son de
la Guild de Dan Fachnle qui retint l'attention par son phrasé
très proche de celui du grand "Wes".
On regretta quelque peu le manque de personnalité
ou la faiblesse sonore de la contrebasse pourtant confiée
aux mains " métronomiques " du rythmicien attitré
du trio de D. Krall qui nous offrit enfin son sourire et
trois rappels dont les deux derniers en solo piano.
Le temps de quelques frites ou d'un échange d'impressions
avec ses voisins et déjà apparaît Tony
Bennett "le grand" qui affiche d'entrée ses neuf
grammy awards et un sourire ultra brite ! Cette fois le
courant passe instantanément et monte en puissance
dans les reprises de D. Ellington, C. Basie ou autre B.
Goodman.
Les quatre musiciens sont parfaitement en phase et maîtrisent
tellement bien leur répertoire, que parfois cela
manque de spontanéité … puis le maître (qui
se définit comme un chanteur aimant le jazz ) sent
que c'est le moment de lâcher " du lest " : quelques
fantaisies vocales, quelques chorus dont ceux du merveilleux
contrebassiste P. Langosch et puis vint le petit tour de
magie du batteur C. Cameron qui enflamma le public par un
étourdissant solo de près d'un quart d'heure
durant lequel il utilisa par moment quatre baguettes à
la fois !
" La sauce était montée " et plus rien ne pouvait
arrêter T. Bennett et ses quatre dévoués
complices qui montrèrent là un immense respect
du public et un grand professionnalisme puisqu'ils nous
offrirent huit rappels de parfois deux ou trois thèmes
qui firent lever et danser un public conquis.
François
Gayet
Diana
Krall
http://imusic.com/showcase/contemporary/dianakrall.html
http://www.dkrall.com/
Tony
Bennett
http://www.sonymusic.com/artists/TonyBennett/indexFlash.html

Vendredi
7 juillet : Swing
Une
soirée en fin de semaine, marquée sous le
signe du swing, par la prestation de deux big bands renommés
et dirigés par des musiciens très médiatiques,
cela ne pouvait que rassembler une multitude d'amateurs
…et cela fut le cas car l'hémicycle bimillénaire
fut pratiquement plein dès les 20 h30 " fatidiques
". Le thème de la soirée fut même associé
à celui de la danse car exceptionnellement le staff
technique avait monté un plancher demi circulaire
au pied de la scène qui fut destiné à
une dizaine de couples de danseurs professionnels et à
tous les danseurs amateurs du public.
En première partie se produisit le quintette de Stan
Laferrière. Ce dernier expliqua tout de suite
qu'étant averti depuis peu du thème de la
soirée, il ne pouvait modifier le répertoire
de tournée de l'orchestre, mais que par chance celui-ci
devrait " coller " avec le swing et ses danseurs.
Cela fut vrai effectivement pour les trois premiers standards
proposés sur lesquels d'impressionnants danseurs
firent la démonstration de leur talent… le spectacle
était alors autant sur la scène que sur les
planches du parterre. Stan Laferrière usa alors à
bon escient du chant, des chorus instrumentaux et du scat
permettant de redonner de la dynamique lorsque cela paraissait
nécessaire.
Puis s'installèrent par la suite différents
thèmes intimistes et quelques ballades qui coupèrent
le rythme de la soirée. L'orchestre, malgré
l'interprétation de qualité de quelques standards,
ne put jamais rattraper le décalage avec l'attente
du public : le swing, rien que le swing. Cependant Stan
Laferrière eut la bonne idée pour clore ce
récital d'inviter Michelle Hendrix à
chanter et à scater avec lui sur un thème
de B. Goodman pour le plus grand plaisir de la foule et
des danseurs qui lui firent deux rappels, encore une fois
plus proche de la ballade que du swing.
En deuxième partie se produisit une formation que
les viennois connaissent bien puisqu'elle fut déjà
présente au programme du festival de 1995 : The
Lincoln Center Jazz Orchestra avec Wynton Marsalis.
Ce dernier était d'ailleurs à l'affiche de
deux soirées suivantes, une pour célébrer
le centième anniversaire de la naissance de Louis
Amstrong avec son orchestre et l'autre pour commenter un
film retraçant la vie du grand Satchmo.
Dès les premières notes, on sentit le grand
professionnalisme de cet ensemble prestigieux qui tourne
sur les scènes du monde entier. Wynton Marsalis,
comme à son habitude maria avec bonheur la discrétion
et la direction de mains de maître. L'orchestre alterna
les grands standards de Duke Ellington, Count Basie et Benny
Goodman avec les compositions personnelles de Wycliffe Gordon
et Andy Farber … le swing était au rendez-vous et
les danseurs aussi puisque le public n'hésita pas
à se joindre aux meilleurs couples de pro.
A chaque morceau, W. Marsalis permis à chacun de
ses musiciens de s'exprimer pleinement par des longs chorus
d'un haut niveau technique, mais malheureusement un peu
trop rigides. Pas une note ripée, pas un écart
de tempo, des musiciens affairés à leurs partitions
comme des collégiens pendant que leur maître,
-connu pour ses talents de pédagogue- donne quelques
renseignements sur le titre passé ou à venir,
donnèrent plus l'impression d'être au " boulot
" qu'au service de La Musique improvisée. Enfin lé
aussi c'est une forme de professionnalisme que les musiciens
européens découvrent avec étonnement
lors de leurs déplacements outre-atlantique.
Dommage - ou plutôt par chance- que la pluie soit
arrivée en fin de concert, retenant les derniers
amateurs de danse sur leurs gradins, cela ne perturbant
en rien, comme on pouvait s'y attendre, le LCJO !
François
Gayet
Stan
Laferièrre Tentet
Stan Laferièrre : piano, chant et direction d'orchestre
Michel Feugère : trompette
Frank Delpeut : trompette
J. Christophe Vilain : trombone
Didier Havet : tuba
Thomas Savy : saxophones
Pierre Mirman : saxophones
Nicolas Montier : saxophones
Stéphane Chausse : clarinettes
Pierre Moingourd : contrebasse
Vincent Cordelette : batterie
Lincoln
center jazz orchestra whith Wynton Marsalis Wynton Marsalis
: trompette et direction d'orchestre
Senecha Blach : trompette
Ryan Kisor : trompette
Marcus Printup : trompette
Wicliffe Gordon : trombone
Ron Westray : trombone
Andre Hayward : trombone
Wess wardaddy Anderson : saxophones alto et soprano
Ted Nash : saxophones alto, soprano et clarinette
Walter Blanding Jr. : sax. ténor, soprano et clarinette
Victor Goitnes : saxophone ténor, clarinette
Joe Temperley : sax. basse, clarinettes
Farid Barron : piano
Rodney Whitaker : contrebasse
Herlin Riley : batterie

Samedi
8 juillet

McCoy
Tyner
http://www.ejn.it/mus/tyner.htm

Mercredi
12 juillet 2000

Monk Tentet all stars
Encore
une soirée marquée par un temps maussade,
mais le public avait une fois de plus répondu présent,
et c'est couvert de multiples pull-overs ou autres couvertures
qu'il dut braver le froid glacial qui fit faire la grimace
à quelques musiciens. Les premiers artistes à
rentrer en scène furent le trio Français
avec un voisin de naissance, puisque Louis Sclavis est
Lyonnais. D'ailleurs ce dernier s'était déjà
récemment produit dans le cadre de " jazz à
Vienne série " le 7 janvier dernier à l'auditorium
de Lyon, avec un autre " souffleur d'anches" : Michel
Portal. Le trio de cette soirée est né d'une
idée assez ancienne du photographe Guy le Guerrec,
à qui il dédia son premier album photo musical
: " Carnet de route ". En effet chacun sait que, depuis
1990, cette formation visita à trois reprises le
continent Africain pour y donner des concerts hivernaux
mais brûlants, puisqu'à chaque voyage les
trois musiciens donnèrent autant qu'ils reçurent
de ce berceau humain et musical. Cependant cela reste
plus nuancé pour le second album " Suite africaine "
où la personnalité de chacun des trois protagonistes
est la mieux marquée car moins influencée
par le continent noir. En effet ce voyage en Afrique de
l'est et du sud, -qui est presque un autre continent-
est essentiellement sous influence colonialiste Anglaise,
et les habitants villageois ou " citadins " sont beaucoup
moins ouverts et expansifs que leurs " cousins " de l'ouest.
Les
artistes débutèrent par un thème
choc qui put déranger une partie de l'assistance
non prévenue… mais cette onde de choc était
nécessaire pour, en quelque sorte préparer
le terrain du répertoire essentiellement puisé
dans les deux album cités plus haut, tels que " hauts
plateaux, Windhoek suite, Soul is free' Entrave ou Pingouin ".
Ces thèmes, composés indifféremment
par les trois membres de la formation, nous firent voyager
dans les lointaines savanes Africaines du Sénégal
comme dans l'Afrique du sud avec " Standing ovation for
Mandela ".
Henri Texier se dépensa
sans compter et son jeu très physique est toujours aussi
impressionnant. Il a su varier avec bonheur et talent les rythmes
et les touchers de son manche d'ébène de sa contrebasse
en alternant, jeu en octave, à l'archet, à la baguette
(dont la sonorité ne fut pas sans rappeler le Africain)
, en slapping et même en rythmique au pouce à la
façon d'une guitare jazz !
Aldo Romano, comme à son habitude, sut parfaitement
temporiser ou dynamiser les thèmes qu'ils soient
d'inspiration moderne ou Africaine. Son toucher de cymbales
très cristallin et l'utilisation des maillets feutrés
sur la caisse claire et les tomes, marie harmonieusement
les tendances jazz avec les rythmes binaires ou ternaires
de circonstance.
Louis Sclavis, dont la virtuosité peut laisser
croire que la pratique du saxophone ou de la clarinette
est assez aisée, n'est plus à présenter.
Il a la lourde tâche, à lui seul en quelque
sorte, de présenter les thèmes et premiers
développements qui tirent parfois sur une improvisation
très free. Bien souvent ses interprétations
débutent par des sortes de gammes montantes et
descendantes sur lesquelles il semble ensuite " faire
le tri " pour ensuite dégager l'essence du thème
et de son inspiration… et toujours cette façon
originale de marquer les temps forts par les claquement
de clapets de mécanique de sa clarinette basse.
S'il suffisait de deux mots pour résumer leur prestation
ce seraient sans doute ceux-ci : " standing ovation ! ! ",
ce qui fut le cas par deux fois en cette soirée
et de la façon la plus méritée qui
soit.
Ce
fut ensuite au tour du troisième tentet du festival
de se présenter (le festival avait déjà
accueilli ceux de Stan Laferièrre et du Lincoln
Jazz Orchestra le 7 Juillet dernier)… et il était
porteur d'un des plus grand nom du jazz : Théolonius
Monk. La formation de cette soirée était
prometteuse puisque la plupart des musiciens furent d'anciens
compagnons du maître. J.P. Boutellier nous proposa
une entrée originale des artistes qui se présentèrent
un à un sur la scène dès leur nomination.
Déjà une certaine décontraction pouvait
se dégager de l'ensemble de ce mini big band comportant
un nombre égal de musiciens blancs et noirs : pas
de costume particulier, une casquette vissée sur
la tête de Phil Woods, des échanges de bons
mots entre pupitres, etc.…
Et l'orchestre débuta par le premier standard de
leur répertoire : " Epistrophy " sur lequel justement
P. Woods voulut se jeter à l'eau en chorusant le
premier (il faut rappeler qu'il faisait ce soir un temps
glacial) avant de passer la main à ses collègues.
Puis ce fut le tour de " Bye-ya, Every danse, Light blue,
I mean you, etc. Tous ces standards s'égrenèrent
sans grande originalité et il faut bien dire que
le public commença à trouver le jeu un peu
rengaine. Evidemment la technique de groupe ou individuelle
est irréprochable, mais il une fois de plus, il
semble que ces grandes formations américaines vivent
trop sur leur renommée. Elles se contentent de
faire de l'interprétation quasi scolaire sans aucun
débordement ni improvisation spontanée,
d'un répertoire suranné pour faire " tourner
la boutique ".
On a pu voir tout de même Don Sickler se lever en
cours de morceau pour lancer tel ou tel chorus qu'il lui
semblait bon de placer au moment opportun, mais ce fut
bien là le seul repère propre à une
musique qui se veut libre de tout carcan et qui fait partie
de leur patrimoine.
Autre point décevant de la soirée : la sortie
rapide et très calculée de l'orchestre après
seulement 55 minutes de concert. Calculée, car
les musiciens n'attendirent même pas le rappel du
public pour faire à nouveau leur entrée,
et où le bon sens (ou la bonne idée) aurait
voulu de jouer enfin un ou deux des plus grands thèmes
de T. Monk comme Round Midnight et Blue monk, pour le
swing et le plus grand plaisir du public, mais en vain.
Le froid aidant, la plupart ne se fit pas prier pour rentrer
chez lui un peu en avance sur l'horaire et surtout un
peu sur sa faim en ce qui concerne cette deuxième
partie.
François
Gayet
Trio
Romano / Sclavis / Texier
Louis Sclavis : clarinettes et sax soprano
Henri Texier : contrebasse
Aldo Romano : batterie
Monk
Tentet all stars
Dan Slickler : trompette et direction d'orchestre
Jack Walrath : trompette
Harold Land : Saxophone ténor
Howard Johnson : Saxophone baryton
Steve lacy : saxophone soprano
Phil woods : saxophone alto
Eddie Bert : trombone
David William : contrebasse
Ronnie Matthews : piano
Ben Riley : batterie
Trio
Romano, Sclavis, Texier
http://www.chez.com/tempo/affiche/rst.htm
http://www.music.org.za/sclavis.htm
Louis
Sclavis
Un site très complet
http://www.netlaputa.ne.jp/~lili/
Voir aussi la chronique du concert
de janvier 2000

Jeudi
13 juillet : All Night Jazz

Une
fois encore, le temps se fit menaçant en cette
soirée " All Night Jazz ", mais il n'a pas pu enrayer
la forte participation du public, -le théâtre
fut même complet vers 21 h 15- dont une majorité
de jeunes, visiblement attirés par l'affiche jazzy
rock du programme. Après un hommage appuyé
du public à J.P. Boutellier qui faisait
là sa dernière présentation d'un
programme en tant que directeur du festival, la soirée,
que le " patron " qualifia de, " sous le signe du voyage "
débuta sous une fine pluie, heureusement passagère
; dire qu'il a deux mille ans ce théâtre
comportait 13500 places et était couvert ! !
20
h 30 : Matt Darriau's Paradox Trio
Matt Darriau :
reeds
Brad Shepik : guitare
Seido Salifoski : dumbeck et dabourka
Ruffus Cappadocia : cello
Groupe atypique des faubourgs de New York formé
par quatre musiciens aux origines diverses, il propose
un son très moderne associant les sonorités
balkaniques et occidentales par l'utilisation toute en
finesse de la guitare électrique (gretsch demi-caisse
du type county gentleman 6122, pour les connaisseurs)
qui est un modèle de délicatesse et de grain
dans les aigus… ce qui correspond bien à ce type
de musique orientale ciselée.
Le jeu de cello de R. Cappadocia, au nom évocateur,
porta à souhait la partie rythmique -avec la dabourka
de S. Salifoski- en ce sens que la cinquième corde
bourdon permet de marquer les temps forts pendant que
les quatre autres autorisent de jouer une mélodie
simple ou même de sérieux chorus en complément
de ceux de M. Darriau avec les instruments traditionnels
comme la flûte orientale à bec ou même
la cornemuse.
Le public reconnaissant là une musique de plus
en plus prisée, le raï, rythma souvent les
tempos d'origine Turque ou Bulgare et rappela par deux
fois le groupe, ce qui permit entre autre à S.
Salifoski, de faire une véritable démonstration
sur sa dabourka en fût métallique.
22
h 15 : Le Trio Rosenberg invite Bireli Lagrène
et Christian Escoudé.
Nonnie Rosenberg : contrebasse
Stochelo / Nous'che Rosenberg : guitares électroacoustiques
Bireli Lagrène et Christian Escoudé : guitares
électriques jazz
Le trio Rosenberg, originaire de Hollande, fait partie
de la grande famille Tsigane dont les frontières
ne sont que virtuelles. Les trois cousins ne vivent que
pour la musique et sont profondément enracinés
dans cette culture " djangolienne ". Cependant au fil
des années – ils se produisent depuis plus de 20
ans - ils ont su acquérir leur propre style qui
a fait école parmi les inconditionnels du genre.
Tous trois sont de formidables techniciens qui se sont
en quelque sorte partagé (ou spécialisé)
les " tâches " : Nonnie appuyant les temps forts
sur sa contrebasse très bien dosée, mais
que la balance du soir avait trop assourdie. Nous'che
au manche de sa guitare type Selmer Macaferri, (rosace
en D, comme celle des débuts du maître),
assure la rythmique avec une assurance et une dynamique
qui font chercher où se trouve la batterie du groupe !
Stochelo, véritable TGV du manche, mais à
bon escient, c'est à dire dans le plus pur style
manouche (assez proche de celui de Romane), assure les
solos étourdissants ou posés sur sa Selmer
(rosace ovale, comme celle du maître lorsqu'il jouait
au hot club de France).
Ils entamèrent en trio ce concert par quatre morceaux
de style très divers dont deux dédiés
à des membres de leur famille, un pour l'Andalousie
et le dernier par un vrai blues en Si bémol avec
une grille typiquement jazz : quatre véritables
petits bijoux de finesse et de sensibilité, sans
exubérance d'aucune sorte. Puis vinrent les deux
invités… B. Lagrène avec une splendide Gibson
Le Grande dont la facture (pas l'addition mais la fabrication !
…quoique ! ! ? ) dut faire des envieux parmi les nombreux
guitaristes du public, et enfin, le quinquagénaire
mais toujours jeune, C. Escoudé, avec également
une Gibson, mais plus proche (plus proche seulement) des
moyens du commun des mortels, une type ES 175, la guitare
jazz de référence.
Alors le répertoire s'étendit vers de larges
interprétations de grands standards comme " Out
of nowhere ", un " Summertime " très enlevé
ou encore un " Oléo " à couper le souffle.
A chacun de ces thèmes, au cours desquels B. Lagrène
fit preuve d'une très grande décontraction
voire une nonchalance inhabituelle chez lui, (peut-être
était-il particulièrement à son aise
au sein de cet ensemble gitan), les trois solistes prirent
à leur tour des solos propres à chacun de
leur style ou tendance.
C. Escoudé qui dut un moment s'éclipser
pour remplacer sa corde de mi 1ère cassée
en cours de concert, apporta le son chaleureux et véloce
à la façon de Tal Farlow. Il échangea
sans aucun télescopage avec B. Lagrène,
même si par moment on put penser qu'un seul " guest
star " eut été suffisant pour cette soirée,
que quelques-uns ont trouvé comme trop jouée
à la montre…
A leur unique rappel, (les techniciens ont investis la
scène sans plus attendre) le quintette eut l'excellente
initiative de jouer le standard que certains n'osent même
plus interpréter : " les feuilles mortes ou Autumn
leaves ", un vrai régal que de nombreux amateurs
purent reprendre en cœur.
23
h 30 : Ali Farka Touré
Ali Farka Touré : guitare et chant
Hamadoun Bocoum et Semba Touré : chœurs
Oumar Diallo : basse électrique
Alpha Ousmane Sankaré : calebasse (au sol)
Oumar Hamdoun Touré : conga et chœur
Souleymane Kané : djembé
Le
temps pluvieux ne put jamais ôter la bonne humeur
des sept protagonistes de cette troisième partie
et l'envie de danser au public qui eut la bonne idée
de rester pour ce troisième concert de la soirée.
J'ai même vu des parents dire à leur progéniture
qu'ils resteraient juste un ou deux morceaux pour voir,
avant de partir, et qui étaient encore là,
debout à rappeler le groupe à la fin de
leur troisième rappel ! ! L'entrée des musiciens
fut déjà en elle même un spectacle,
et J.C. Boutellier avait bien raison en qualifiant le
programme " de nuit du jazz avec invitation au voyage " :
les musiciens vêtus de six costumes semblables aux
motifs africains vinrent jouer chacun à leur tour
de leur instrument pour enfin accueillir Ali Farka Touré
vêtu d'un costume de seigneur du désert bleu
anthracite (n'ayons pas peur des mots), la tête
couverte d'un turban rembourré retombant en arrière,
maintenu par un collier frontal très coloré
et enfin avec un large foulard rose plissé couvrant
le cou et le torse… on en avait plein les yeux, et les
oreilles n'allaient pas en être en reste pour autant.
Tout de suite l'assemblée comprit à qui
elle avait à faire, c'est à dire à
d'authentiques musiciens restés fidèles
à leur racines, sans influence occidentale majeure .
Bien sûr, il y a tout de même une présence
moderne sur la scène : une guitare électrique
dans les mains d' A.F. Touré, mais quelle guitare ?
Car en fait c'est surtout pour utiliser l'amplification
qu'il a recours à cet instrument qu'il pratique
à la façon d'une cithare malienne, avec
deux doigts : le pouce sur la corde de mi grave accordée
en bourdon à chaque morceau, et l'index muni d'un
onglet qui joue la mélodie sur deux cordes, à
la façon d'un banjo... quant à la basse
électrique, on peut en résumer le rattachement
à son pays par le fait que O. Diallo, jouait en
gaucher sur une basse de droitier montée avec ses
quatre cordes comme telles ! ! ! du jamais vu ; en Europe,
tout du moins.
Dès le premier morceau , on fut littéralement
transporté aux portes du désert, à
" Niafunké " plus exactement, le village natal
de O.F. Touré, situé sur les rives du niger
et le nom de son dernier album. La musique de A.F. Touré
est à mi-chemin entre les rythmes de la savane
et les premiers blues de l'Amérique où les
instruments sont d'abord les accompagnements des chants.
Le groupe interpréta ensuite de nombreuses compositions
originales que les chœurs reprenaient à l'unisson
ou en tierce tout en dansant de façon très
communicative. Après le premier des trois rappels,
O.F. Touré eut la gentillesse toute naturelle et
profondément sincère de remercier le public
à qui il confia ne plus vouloir partir tant il
était heureux d'apporter un peu de sa chaude tradition
musicale dans un pays si froid ! Puis il prit un petit
instrument africain bicorde avec une calebasse de la taille
d'un melon pour caisse de résonance qu'il présenta
comme son seul professeur musical " et ne venant ni de
la Sorbonne ni d'un conservatoire quelconque ". Là
aussi un micro cravate fut le seul témoin de notre
civilisation pour deux morceaux où les percussions
Africaines nous rappelèrent de façon magistrale
nos racines communes musicales.
Le
14 juillet 2000 : suite de la nuit du jazz.
01 h 30 : Keziah Jones
Kézia Jones : guitares
Pour la constitution de l'orchestre, les documents officiels
ne nous ont pas précisé les noms exacts
des musiciens, je me contenterai d'en décrire les
pupitres.
Un tout jeune bassiste : basse électrique
Un non moins jeune batteur : batterie type rock rock-fusion
Un percussionniste à la quarantaine bien frappée…
je prends des risques ! : congas et timbres.
Kézia Jones a permis deux choses essentielles dans
cette dernière nuit du festival : 1°) l'attirance
d'un public jeune et nombreux et que cela fait du bien
d'être entouré par des jeunes ouverts sur
d'autres horizons musicaux que le rock pur et dur, (ils
ont toujours été respectueux des formations
précédentes) et de sentir que la musique,
quelle qu'elle soit, n'est la propriété
d'aucune génération ni d 'aucun clan quel
qui soit. 2°) de garder un nombre important de spectateurs
jusque tôt le matin… mais la direction de la programmation
du festival sait bien que cette plage horaire du concert
est d'abord celle des jeunes !
K. Jones. Ce nom fait davantage partie du top 50 que de
l'univers jazz, mais encore une fois le jazz ne doit pas
faire du nombrilisme, celui qui fait dire à certains
" Tony Bennett, A.F. Touré ou K. Jones, c'est pas
du jazz !".
En quelque sorte c'est vrai, mais le jazz est une musique
vivante en perpétuelle évolution. Alors
doit-on réserver l'exclusivité du festival
au jazz le plus académique qui soit… la prestation
des grandes formations Américaines de ce cru ne
nous en a pas une fois de plus convaincu.
K.Jones est d'abord un véritable musicien, auteur,
compositeur , interprète et guitariste de talent.
Dès son arrivée en scène, il nous
interpréta trois morceaux avec sa guitare en solo
sans l'appui d'aucune rythmique, comme pour ne jamais
oublier les rues de Paris ou Londres d'où il vient…ces
rues dans lesquelles il a dû connaître fortunes
diverses et su se forger un style propre qui ne fait pas
dans la demi-teinte.
D'ailleurs si on s'attache plus à la technique
qu'au contenu du concert de ce soir, plusieurs indices
ne trompent pas quant à ses origines (il est né
au Nigeria) et quant aux années de galère qu'il
a connu avant la reconnaissance que l'on sait : Sur ses
cinq guitares, trois doivent faire partie de sa vie depuis
pas mal d'années, comme en témoignent les
réparations de fortunes non dissimulées,
et sa préférence vers celles-ci au détriment
des deux autres plus reluisantes ; Son jeu de guitare
très grunge avec un rythme dub, qui associe rythmique
et legato et qui rappelle un de ses maître, Jimi
Hendrix. Il porte à lui seul tout le " fond " des
thèmes qu'il interprète. Ses musiciens,
même s'il les respecte en ne les cantonnant pas
uniquement dans le rôle d'accompagnateurs, n'en
restent pas moins ses seuls appuis. La preuve en est qu'il
" utilise ", en plus des indispensables bassiste et batteur,
un percussionniste au lieu d'un guitariste ou pianiste
rythmique…encore une référence à
J. Henrix dont il joua sans faillir " axis, bold is love "
; Ses instruments particuliers, comme cette guitare demi
creuse avec seulement deux cordes : une corde métallique
de mi grave et une corde de sol en nylon, et dont on se
doute que l'idée de les utiliser de cette façon
ne lui est pas venu en tant que simple fantaisie, mais
certainement par concours de circonstances... Enfin cette
façon de jouer de la guitare comme de la basse
et de la basse comme de la guitare (ce qui a fait que
certains morceaux étaient interprétés
par une double section batterie percussions et une double
section de basse), laisse sous-entendre que K. Jones n'a
peut-être pas toujours eu le choix de ses instruments.
Pour finir, K. Jones à littéralement fait
tournoyer dans nos têtes des souvenirs de rock Hendrixien,
de blues du delta, de jazz-fusion, de musique expérimentale
et de musique subway sans que jamais il ne nous perde
et ne nous lasse de l'écouter dans ce dédale
d'inspiration…même sous la pluie, jusqu'à
trois heures du matin !
Keziah
Jones (BluFunk)
http://www.keziahjones.com/
http://www.99octane.com/styles/blufunk/
http://www.cplus.fr/html/npa/npa1/invites/
http://www.lemonde.fr/article_impression
Ali
Farka Touré
http://www.mediaport.net/AfricArt/100CD/CD/015.html
http://www.amazon.com/exec/obidos/ASIN/B000000
Cosmik
Connection
Chronique de mars 2000 (à
Vaulx Jazz)
Chronique de l'album Electrojazz4tet


Programme
complet, site officiel du festival
http://www.jazzavienne.com
Jazz
http://lejazz.simplenet.com/
http://www.jazzbreak.com/
http://www.chez.com/photinjazz/
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