Douglas
records DG01 - ref 17461 - distribution DG Diffusion. ( sortie
: 16/10/2006)
Formation :
Amina Claudine Myers : orgue Hammond, piano électrique,
vocal / Asante : vocaux / Bill Laswell : basse, percussions,
platines, boîtes à rythmes / Blue a.k.a. Alicia
Renee : vocal / Bootsy Collins : vocal / Brandon Ross : guitare
/ Byard Lancaster : saxophones et flûte / Dana Bryant
: vocal / DXT : platines / Graham Haynes : cornet, bugle / Grandmaster
Melle Mel : vocal / Karl Berger : clavier basse, piano, synthetiseur,
vibraphone / Material Strings : arrangé et conduit par
Karl Berger / Nicky Skopelitis : guitare / Roc Raida : platines
/
Produit
par Bill Laswell et Alan Douglas.
Titres
:
1/ Little Boy don't get scared (S. Getz, King Pleasure, J. Hendricks)
; 2/ Swan blues (R. Carpenter, King Pleasure) ; 3/ I'm gone
(Quincy Jones, King Pleasure) ; 4/ Moody's Mood for love (J.
McHugh, D. Fields, J. Moody) ; 5/ Cottontail (Duke Ellington)
; 6 / Angel Eyes (E.K. Brant, M. Dennis) ; 7/ Twisted (A. Ross,
W Gray) ; 8/ Fad (Bill Laswell)
Un
hommage éclatant au vocalese
Dans la
mouvance du be-bop, des chanteurs virtuoses imaginèrent
le vocalese : mettre des mots sur les notes des solos
des plus grands instrumentistes du jazz. Ainsi, Eddie Jefferson,
King Pleasure, Annie Ross, Dave Lambert et Jon Hendricks développèrent
une habileté stupéfiante à jongler avec
les mots sur des lignes mélodiques d'une complexité
extrême.
Jazzonia
est le projet ambitieux d'un sorcier blanc qui possède
les codes des musiques dites "actuelles" et de la
Great Black Music, Bill Laswell (secondé à la
production par Alan Douglas). Bassiste, polyinstrumentiste,
spécialiste des "bouillons de cultures", Laswell
a voulu donner un second souffle à un genre un peu délaissé.
 |
La
recette est simple et audacieuse, sans tabous ni oeillères
: réunir une belle brochette de personnalités
du jazz, des musiciens qui ont forgé leurs idées
et leur caractère dans la creative music
des années 70-80-90 (Amina Claudine Myers, Byard
Lancaster, Brandon Ross, Graham Haynes, Karl Berger...)
et les immerger dans les sons et les rythmes d'une génération
montante de la Black Music (soul, funk, hip-hop, R'n'B
et tutti quanti). Le matériau de base : une
sélection de standards, thèmes fétiches
des acrobates de la voix inventeurs du vocalese
et une composition de Bill Laswell pour conclure. |
La réalisation
est réussie. Fraîche, tonique, enjouée,
elle donne un coup de jeune à des compositions anciennes
tout en restant respectueuse de ses sources. Après le
collage de séquences qui structure Little Boy Don't
Get Scared, les platines chauffent à blanc Swan
Blues. Plus loin, on pourra se délecter d'une magnifique
version d'Angel Eyes qui permet de retrouver la voix
grave, souple et l'articulation précise d'Amina Claudine
Myers. Une curiosité : la version inattendue de Cottontail
(Ellington) chantée par Bootsy Collins, bassiste "déjanté"
de la scène funk, ex-compagnon de route de James Brown.
D'un
bout à l'autre de l'album, le travail sur les harmonies
vocales, la mise en valeur des solistes, l'intégration
des sons et rythmes (synthétiques ou "recyclés"
par les DJ's), le velouté des cordes (arrangées
par Karl Berger) constituent un ensemble homogène.
On rétorquera
sans doute que Quincy Jones avait ouvert la voie à cette
fusion entre jazz, hip-hop et soul music en 1989 avec une plateau
de stars inimaginable pour le disque Back on the Block
puis en 1995 avec Q's Jook Joint. On répondra
que la débauche de moyens ne suffit pas et qu'il est
intéressant à ce titre de comparer les versions
de Moody's Mood for Love par Quincy Jones en 95 et
Jazzonia aujourd'hui. Bill Laswell se montre respectueux des
versions antérieures mais apporte à cette composition
assez sirupeuse une touche personnelle et une créativité
rythmique qui parviennent à éviter la mièvrerie.
Un
disque qui est bien plus qu'une curiosité : un hommage
vibrant à une tranche de l'histoire du jazz avec des
moyens d'aujourd'hui. Une belle réalisation qui aura
aussi le mérite, sans doute, de rapprocher des générations.
Une porte d'entrée vers le jazz qu'on peut ouvrir sans
hésiter.
Thierry
Giard
(octobre 2006)
Thierry
Giard,
professeur des écoles et conseiller pédagogique,
est passionné de jazz depuis plus de trente ans. Il est
à l'origine du festival Jazz
sous les Pommiers de Coutances (Manche) pour lequel
il a oeuvré jusqu'en 1991. Il est le président
de l'association CultureJazz et responsable
de la rédaction du site www.culturejazz.net
créé en 2003.

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