Nation
musicale par excellence, la Hongrie n'a pas fini de nous surprendre.
Ceux qui croient son folklore réduit aux orchestres
tziganes découvriront la richesse de l'héritage
rural (Nuit Hongroise, samedi 1er décembre à
partir de 18h), et d'autres facettes de la musique magyare
(Orchestre des jeunes du Danube, mercredi 28 novembre
à 20h30 et Quatuor Keller, jeudi 29 novembre à
20h30).
Enfin, une soirée est consacrée à deux
ensembles phares du jazz hongrois,
Trio Midnight et György Vukan, accompagné
entre autres de David Sauzay et Ferenc Bokàny, contrebassiste
solo de l'Orchestre National de Lyon.
Dans
le cadre de la Semaine hongroise, l' Auditorium de Lyon nous
convia à une soirée Jazz. Le coup de coeur pour
cette musique dans ce pays commença dès les
années 1920 -1930 avec « Hungary's own Golden Era
Jazz ». Les clubs fermèrent leurs portes avec la
Seconde Guerre Mondiale et à la sortie du conflit armé,
Le nouveau régime catalogua cette musique "d'impérialiste"
de suite en l'interdisant. Heureusement, via les radios, les
mélomanes continuaient à écouter Louis
Armstrong et Duke Ellington, entre autres. Cette musique revit
aujourd'hui et les lieux ou l'on peut l'écouter renaissent.
Ce soir, il nous était proposé d'en découvrir
quelques facettes : au premier set, se présenta le
Trio Midnight constitué depuis dix ans
avec le pianiste leader Kalman Olah, le batteur Elemer
Balazs et le contrebassiste Janos Egri. Nos trentenaires débutèrent
par deux extraits de leur dernier album ( sur lequel le saxophoniste
Lee Konitz est convié) Lyric Song et Song
for Miles. A mi-chemin entre le jazz dit par commodité
traditionnel et le Modern Jazz, entre swing, be-bop et hardbop,
le groupe oscille entre un piano expressif, voire lyrique,
et une rythmique très innovante. Sur le morceau suivant, Runner,
batteur et pianiste redoublèrent d'une virtuosité
jamais gratuite et d'un jeu de réponse fort réussie
avec le pianiste. Ils enchaînèrent sur l'adaptation
d'une chanson traditionnelle Hongroise FolkSong arrangée
par K.Olah. et sur un thème... de J.S.Bach à
la manière de Jacques Loussier, en plus swinguant.
L'énergique rappel du public pour un blues de clôture
indiqua que les spectateurs avaient apprécié
la prestation de 90 minutes. Au demeurant, le Trio Midnight
nous a offert un très beau concert, un projet personnel
et un son magnifique avec notamment le contrebassiste Janos
Egri dans une forme éclatante. Les organisateurs de
festivals de jazz en France devront désormais songer
à les programmer plus souvent, à notre grand
plaisir.
Au second set, à l'initiative de Ferenc Bokany, contrebassiste
(par ailleurs sociétaire de l'ONL depuis 1992 après
une rencontre dans son pays avec E.Krivine) Le French-Hungarian
Jazz Quintet se présenta, constitué (outre
le contrebassiste) du pianiste Gyorgy Vukan, du batteur
Imre Koszegi, du saxophoniste lyonnais David Sauzay et du
trompettiste grenoblois Pierre Drevet. Le groupe jouait dans
cette formation pour la deuxième fois devant le public,
après un premier concert donné le 28 novembre
à Paris. Il nous convia à une soirée
autour de Billy Strayhorn : Pianiste, compositeur et arrangeur
dans l'orchestre de Duke Ellington à compter de 1939,
Strayhorn fit toute sa carrière, jusqu'à sa
mort en 1967, chez le Duke. La complicité musicale
avec son patron se transforma vite d'ailleurs en une amitié
indéfectible. La communion d'esprit entre les deux
hommes fut particulièrement fructueuse, mais Strayhorn
ne fut pas le clone d'Ellington. Il composa et arrangea des
thèmes inoubliables (Take the A Train, Something
to live for, Satin Doll, Lushlife, All day long etc.)
que les Jazzmen aiment revisiter, cinquante ans après.
Le French hungarian jazz quintet s'attela à cette tache
avec gourmandise en privilégiant le swing sur la balade,
deux souffleurs français de grande qualité pour
répondre à un pianiste très présent
dans le tempo et les relances. La difficulté de l'exercice
vient du fait que la musique de Strayhorn trouve son accomplissement
dans une formation en big band. Ce n'est pas tellement le
nombre qui fait une swing machine mais un style qui repose
sur la division en sections (anches et bois, trompettes, trombones,
rythmique) mais aussi essentiel dans la musique de Strayhorn,
les arrangements swinguants ou suaves tant ils sont élégants.
Le projet de ce groupe naissant était, sans doute,
un peu trop ambitieux pour les raisons que je viens d'évoquer.
La qualité des instrumentistes (excepté un batteur
bien trop mécanique pour être jugé en
grande forme) n'est pas en cause. Reste que ce travail soigné
a manqué d'homogénéité et la petite
chambrée réunie (environ 500 spectateurs) s'explique
par l'absence de têtes d'affiches. Dernier point technique
mais récurrent : La sonorisation n'est pas bien balancée et
la batterie reste trop proéminente, écrasant
un peu le piano ; ainsi, les solos instrumentaux ne sont pas
toujours mis en valeurmais Il y a sans doute moyen de remédier
à cela.
Philippe
Anthonioz
Auditorium
de Lyon
149, rue Garibaldi 69003 Lyon
04 78 95 95 95