samedi 30 novembre 2001 à 20h
à l'Auditorium de Lyon
19h : propos d'avant concert
dans le cadre de la Semaine hongroise

Trio Midnight
György Vukan and the French-Hungarian Jazz Quintet

 

Nation musicale par excellence, la Hongrie n'a pas fini de nous surprendre. Ceux qui croient son folklore réduit aux orchestres tziganes découvriront la richesse de l'héritage rural (Nuit Hongroise, samedi 1er décembre à partir de 18h), et d'autres facettes de la musique magyare (Orchestre des jeunes du Danube, mercredi 28 novembre à 20h30 et Quatuor Keller, jeudi 29 novembre à 20h30).
Enfin, une soirée est consacrée à deux ensembles phares du jazz hongrois,
Trio Midnight et György Vukan, accompagné entre autres de David Sauzay et Ferenc Bokàny, contrebassiste solo de l'Orchestre National de Lyon.

 

Dans le cadre de la Semaine hongroise, l' Auditorium de Lyon nous convia à une soirée Jazz. Le coup de coeur pour cette musique dans ce pays commença dès les années 1920 -1930 avec « Hungary's own Golden Era Jazz ». Les clubs fermèrent leurs portes avec la Seconde Guerre Mondiale et à la sortie du conflit armé, Le nouveau régime catalogua cette musique "d'impérialiste" de suite en l'interdisant. Heureusement, via les radios, les mélomanes continuaient à écouter Louis Armstrong et Duke Ellington, entre autres. Cette musique revit aujourd'hui et les lieux ou l'on peut l'écouter renaissent. Ce soir, il nous était proposé d'en découvrir quelques facettes : au premier set, se présenta le Trio Midnight constitué depuis dix ans avec le pianiste leader Kalman Olah, le batteur Elemer Balazs et le contrebassiste Janos Egri. Nos trentenaires débutèrent par deux extraits de leur dernier album ( sur lequel le saxophoniste Lee Konitz est convié) Lyric Song et Song for Miles. A mi-chemin entre le jazz dit par commodité traditionnel et le Modern Jazz, entre swing, be-bop et hardbop, le groupe oscille entre un piano expressif, voire lyrique, et une rythmique très innovante. Sur le morceau suivant, Runner, batteur et pianiste redoublèrent d'une virtuosité jamais gratuite et d'un jeu de réponse fort réussie avec le pianiste. Ils enchaînèrent sur l'adaptation d'une chanson traditionnelle Hongroise FolkSong  arrangée par K.Olah. et sur un thème... de J.S.Bach à la manière de Jacques Loussier, en plus swinguant. L'énergique rappel du public pour un blues de clôture indiqua que les spectateurs avaient apprécié la prestation de 90 minutes. Au demeurant, le Trio Midnight nous a offert un très beau concert, un projet personnel et un son magnifique avec notamment le contrebassiste Janos Egri dans une forme éclatante. Les organisateurs de festivals de jazz en France devront désormais songer à les programmer plus souvent, à notre grand plaisir.
Au second set, à l'initiative de Ferenc Bokany, contrebassiste (par ailleurs sociétaire de l'ONL depuis 1992 après une rencontre dans son pays avec E.Krivine) Le French-Hungarian Jazz Quintet se présenta, constitué (outre le contrebassiste) du pianiste Gyorgy Vukan, du batteur Imre Koszegi, du saxophoniste lyonnais David Sauzay et du trompettiste grenoblois Pierre Drevet. Le groupe jouait dans cette formation pour la deuxième fois devant le public, après un premier concert donné le 28 novembre à Paris. Il nous convia à une soirée autour de Billy Strayhorn : Pianiste, compositeur et arrangeur dans l'orchestre de Duke Ellington à compter de 1939, Strayhorn fit toute sa carrière, jusqu'à sa mort en 1967, chez le Duke. La complicité musicale avec son patron se transforma vite d'ailleurs en une amitié indéfectible. La communion d'esprit entre les deux hommes fut particulièrement fructueuse, mais Strayhorn ne fut pas le clone d'Ellington. Il composa et arrangea des thèmes inoubliables (Take the A Train, Something to live for, Satin Doll, Lushlife, All day long etc.) que les Jazzmen aiment revisiter, cinquante ans après. Le French hungarian jazz quintet s'attela à cette tache avec gourmandise en privilégiant le swing sur la balade, deux souffleurs français de grande qualité pour répondre à un pianiste très présent dans le tempo et les relances. La difficulté de l'exercice vient du fait que la musique de Strayhorn trouve son accomplissement dans une formation en big band. Ce n'est pas tellement le nombre qui fait une swing machine mais un style qui repose sur la division en sections (anches et bois, trompettes, trombones, rythmique) mais aussi essentiel dans la musique de Strayhorn, les arrangements swinguants ou suaves tant ils sont élégants. Le projet de ce groupe naissant était, sans doute, un peu trop ambitieux pour les raisons que je viens d'évoquer. La qualité des instrumentistes (excepté un batteur bien trop mécanique pour être jugé en grande forme) n'est pas en cause. Reste que ce travail soigné a manqué d'homogénéité et la petite chambrée réunie (environ 500 spectateurs) s'explique par l'absence de têtes d'affiches. Dernier point technique mais récurrent : La sonorisation n'est pas bien balancée et la batterie reste trop proéminente, écrasant un peu le piano ; ainsi, les solos instrumentaux ne sont pas toujours mis en valeurmais Il y a sans doute moyen de remédier à cela.

Philippe Anthonioz

 

Auditorium de Lyon
149, rue Garibaldi 69003 Lyon
04 78 95 95 95


Trio Midnight

http://www.bmc.hu/midnight/index2.htm

http://www.fono.hu/records/kiadvanyok/fa026/fa026.html

http://www.privatemusic.hu/festival/1999/balazselemer.html

György Vukan

http://www.munichfound.de/new.cfm?news_ID=526