Après Jimmy Scott et Lester Bowie, et Louis Sclavis et Michel Portal / Al Dimeola
et Dino Saluzzi
, troisième soirée de jazz de la saison à l'Auditorium de Lyon, en liaison avec le Festival "Jazz à Vienne"

mai 2000


Joshua Redman est en train de marquer de son empreinte le monde du jazz, ou plutôt la musique contemporaine. A chacune de ses prestations, que ce soit aux USA, en Europe ou sur un autre continent, J. Redman produit cette alchimie capable de rassembler deux, voire trois générations de mélomanes férus de standards, de bebop, de neobop, de blues et même de swing !
Ici pas d'élitisme, pas de cercle d'initiés, pas d'esbroufe, en un mot pas de mode, sa musique est pour tout le monde et pour longtemps. Et c'est bien ce qui est le plus rare dans le monde de l'art, car o combien difficile à atteindre. J. Redman sait faire preuve de talent mais aussi d'humilité et même d'humour, ce qui ne doit pas être monnaie courante chez ses anciens camarades de classe de Harvard et de Yale.
En cette soirée, cette formation nous interpréta six morceaux de choix où le leader comme ses accompagnateurs purent donner le meilleur d'eux-mêmes. Durant une heure trente, le quartet a interprété 6 morceaux de style très différents : Un blues aux douze mesures très chaloupées, dont le public, sous la direction de J.R., put reprendre le tempo sur les blanches ;
Une ballade au thème sobre et dépouillé soutenu par les balais de G. Hutchinson, au cours duquel J.R. se plaça dans la pénombre pour mieux mettre en valeur le chorus de ses complices, qui montèrent progressivement en intensité pour finir en " mourant " sur l'archet de la contrebasse de Rodgers ; et enfin une sublime version de Summertime de Gershwin que J.R. entama en solo comme un exercice de style et dont la pulsation passa progressivement de 60 à 140 (comme notre rythme cardiaque d'ailleurs), pour finir par un époustouflant solo de batterie de Rodgers qui conquit définitivement l'assistance.

On regrettera toutefois un défaut de sonorisation (il faut dire que la salle et la technique se prêtent mieux aux grands ensembles musicaux) qui privilégia trop les volumes du saxophone et de la batterie au détriment de ceux de la contrebasse et du piano, ce qui agaça visiblement A. Goldberg.

Deuxième partie : 22h40 -24h00
On peut dire que Charles Lloyd n'est pas chanceux dans le cadre de Jazz à Vienne, puisque après avoir essuyé les pires trombes d'eau du mois de juillet dernier il eut cette fois la difficile tâche de passer après une impressionnante prestation de la formation de J. Redman.
En effet, ce monsieur du jazz et ses "amis" ne doivent guère être habitués à voir se dégarnir leurs salles en cours de concert, ce qui fut le cas en partie en cette soirée du 12, mais sans que ce soit pour autant de manière dramatique. A cela plusieurs raisons, qui devraient sans doute faire réfléchir l'organisation de l'année prochaine puisque la formule Vienne + Lyon 2000-2001 fut officiellement annoncée en cette soirée.
Tout d'abord, Lyon n'est pas Vienne, même si beaucoup d'habituels festivaliers se retrouvèrent durant ces trois concerts, (lorsque les parkings ferment leurs portes à minuit, comment faire autrement que partir au moins un bon quart d'heure avant l'heure fatidique ?)
En outre, le grand âge de C. Lloyd imposait peut-être de passer après son cadet de près de trente ans, mais le style o combien plus cool (trop bavard diront même certains) fit considérablement baisser la tension et l'intérêt des spectateurs non prévenus ; Enfin, la longueur des morceaux et l'impossibilité chronique qu'a cette formation de faire " monter la sauce ".

Sinon, les inconditionnels (et les plus respectueux), purent admirer la grande classe que dégage ce " monsieur " du sax ténor qui arrêta toute activité musicale pendant plus de vingt ans pour revenir sur la scène en partie grâce à Michel Petrucciani. Sa sonorité chaude et le vibrato ample se marient à merveille avec les sonorités fluides de J. Abercrombie dont le manche de sa guitare n'a plus de secret, lui qui fut un talentueux touche à tout … du classique à J. Hendrix en passant par le blues le plus pur.
Cette formation, bien que techniquement irréprochable (le batteur fut remplacé sur le fil pour cause de maladie), ne put faire oublier le quartet de rêve avec D. Holland à la contrebasse et B. Higgins à la batterie qui grava en 1998 l'indispensable album voice in the night . Une belle image restera en mémoire du public amoureux de ce saxophoniste distingué dont les balancements incessants nécessitent la présence de deux micros placés à intervalle de 1,5 m de hauteur, pour ne rien perdre de son cool-sound !
Une dernière petite remarque : à quand la présence d'un bon interprétre pouvant traduire fidèlement les paroles de ses Américains dont l'accent est si loin de celui de l'Anglais dispensé dans nos école latines ?

François Gayet

Auditorium de Lyon
89 rue de Bonnel
69003 Lyon
04 78 95 95 95
réservations Auditorium, Fnac.

Jazz à Vienne

http://www.jazzavienne.com/

Joshua Redman Quartet

http://www.addict.com/issues/2.01/Sections/44.
1kHz/Redman,_Joshua/Spirit_of_the_Moment.html
(interview)

http://www.cddb.com/xm/cd/jazz/f33fac
1d4806280fa78746d88fea9989.html
(en écoute)

http://www.artsandlectures.ucsb.edu/perform/redman.htm

http://hum.amu.edu.pl/~olas/jazz/j-redman/jr-links.html (liens)


Charles Lloyd

http://fr.news.yahoo.com/000507/3/dayz.html

http://www.ecmrecords.com/ecm/artists/77.html