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"Des
oeuvres simples et belles".
Ce livre
est un bel assemblage littéraire et gastronomique, et l'objectif
premier des cinq concepteurs (l'auteure, les cuisiniers, l'illustrateur
et le photographe) relève d'une véritable pédagogie
de l'esthétique ( dans son sens littéral et artistique)
du goût.
Le conte moderne de Louisette Gouverne est amusant
et astucieux : deux enfants s'approchent d'une maison abandonnée,
d'où sortent des "fumets étranges"...
La bâtisse n'est pas de pain d'épices, et les enfantsc
ne se prénomment pas Hansel et Gretel, mais Ernest et Raina
; ce n'est pas une sorcière qui vit là, mais un cuisinier,
Simon, pourtant magicien à sa façon ; après
les présentations d'usage, il invite les enfants à
prendre quelques leçons de cuisine et Ernest et Raina, sous
le charme, reviennent alors régulièrement lui rendre
visite. C'est ainsi que lors de savoureux moments théoriques,
pratiques mais aussi poétiques, les enfants, au contact de
cet homme un peu mystérieux, apprennent que la cuisine est
un art, un acte qui met à contribution les cinq sens : l'éducation
au goût passe d'abord par le toucher, "le langage
des doigts", pour faire connaissance avec les ingrédients.
Pour Simon, "La cuisine est un travail manuel et sensuel
et tout a commencé dès la Préhistoire, quand
nos ancêtres se sont adonnés à la cueillette."
(On comprend pourquoi, dans certaines cultures, ce n'est pas par
manque d'hygiène que l'on mange avec ses doigts, mais bien
pour pouvoir être en lien direct avec les aliments...) Mais
les autres sens comptent tout autant, comme la vue, et aussi l'ouïe
: la musique du hachoir, le rythme du cuisinier, les sonorités
métalliques qui s'échappent des cuisines des restaurants
etc. Ou encore la cuisine comme "musique intime au palais".
Vient ensuite l'odorat, sa "dimension affective"
(on pense à Proust...), les parfums des épices et
les façons de marier les ingrédients en tenant compte
de leur odeur ; enfin, le goût, qui naît grâce
aux 2000 papilles qui recouvrent le palais et la langue... Le secret
de Simon ? Trouver l'équilibre adéquat entre les quatre
saveurs (sucré, salé, acide, amer), même si
l'on dit qu'il en existe d'autres, dont l’umami (ou
glutamate), découvert il y a peu de temps en l'Occident,
et que l'on trouve dans la sauce soja.
Les superbes illustrations d’Olivier Girault
(des peintures aux tons chauds, aux coups de pinceaux comme brossés
qui donnent de beaux effets lumineux) accompagnent joliment le conte
et plongent le lecteur dans un univers peuplé de personnages
lilliputiens, aux prises avec d’énormes ustensiles
et de prodigieux ingrédients – une façon d'évoquer
l'émerveillement et la timidité que peut ressentir
un enfant dans la cuisine idéale.
L'histoire est ponctuée de recettes signées Jacques
et Laurent Pourcel, deux chefs étoilés installés
à Montpellier (leur restaurant, d'après le Guide Rouge,
serait l'un des meilleurs du monde) ; au premier abord sophistiquées
et festives (les photographies appétissantes de Jean-Pierre
Duval y sont pour beaucoup) se révèlent en
réalité fort simples dès que l'on met la main
à la pâte... De la belle et bonne cuisine qui demande
un peu de patience mais que les plus jeunes, dès cinq ou
six ans, prendront beaucoup de plaisir à réaliser,
avec l'aide d'un adulte. On trouve de nombreux plats fantaisistes
et inhabituels bien que les ingrédients qui les composent
n'aient rien d'extraordinaire ; relevons entre autres Les petites
pommes farcies au pain d'épices (de délicieuses
pommes au four auxquelles nous conseillerons d'ajouter une pincée
de cannelle moulue…), Les baguettes aux noisettes magiques
(des blancs de volaille enrobés de noisettes croustillantes
- on pourra les remplacer par des cacahouètes ou des noix
de cajou…), les amusantes Sucettes avocat crabe,
les Fingers croustillants tomate mozzarelle, La reine
des petites graines en salade parfumée (un taboulé
agrémenté de raisins secs et parfumé à
la cannelle, à la coriandre et au cumin). De nombreuses recettes
s'inspirent de saveurs venues d'ailleurs (cuisines indienne, méditerranéenne
ou asiatique) comme les Esquimaux de carotte à l'orange
et crème de petits pois à la menthe, les Boules
de riz aux fruits comme des sushis, Pas-nez de poisson
aux céréales, compotée de mangue
(un régal de saveurs disparates) ou encore les Palets
d'épices et blinis de patates douces...
Mon
jardin gourmand, une leçon de choses intelligente
et ludique, guide d'éducation au goût destiné
aux petits consommateurs-créateurs, est un ouvrage esthétique
et pratique qui démontre que la cuisine est un art vivant,
mouvant et chargé de l'imaginaire et des expériences
de son créateur ; Simon, le cuisinier voyageur, l’explique
ainsi : "le goût d'un plat surgit dans la tête
du cuisinier avant qu'il ne le teste dans ses casseroles. L'expérience
des saveurs et de sa fantaisie auxquelles s'ajoutent des connaissances
techniques lui permettent un jour d'inventer une nouvelle recette.
Il y a aussi des surprises, des découvertes fortuites qui
font le piment de ce métier et qui ne sont pas encore toutes
expliquées par la chimie." En bref, un "gai
savoir" (pour reprendre le titre du dernier numéro
de la revue littéraire et de débat d'idées
La pensée de Midi,
consacré à la gastronomie), un acte culturel et créatif
qui se partage et rapproche les êtres autour d'une même
table.
B.
Longre
(septembre 2004)

un
autre livre de recettes
pour les plus jeunes
Douceurs d'ici, saveurs d'ailleurs (Actes
Sud Junior, 2003)
http://www.romain-pages.com/
http://www.jardindessens.com
http://www.arts-culinaires.com/garcon/interviews/legout03_Freres_Pourcel.asp
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