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Des routes défilent
: tunnel, autoroute, chemins défoncés… Un homme
descend d'un véhicule sur un plateau pelé. Des coups
de feu claquent, un oiseau est égorgé… Une simple
partie de chasse. L'homme, la cinquantaine, continue à s'enfoncer
dans le Mexique profond, vers un village perdu au milieu des montagnes.
Pour y faire quoi, demande un quidam ? "Me tuer"
répond-il, placide. Une fois arrivé, il est hébergé
par une vieille femme, Ascen, avec qui, peu à peu, il reprendra
goût à la vie…
Ce
scénario en peau de chagrin laisse place rapidement à
deux quêtes parallèle s: celle des désirs
et sensations nouveaux d'un homme mûr, celle du cinéma
lyrique d'un jeune réalisateur mexicain de 32 ans. Carlos
Reygadas signe là son premier long métrage.
Japon est un film prolixe, épais,
brut ; une noce avec l'image et le son pour le meilleur et pour
le pire. Le tout a été tourné avec des
amateurs et une grande économie de dialogues.
Reygadas s'affirme d'emblée comme le fils spirituel de
Tarkovski (symbolisme, onirisme, mysticisme), le petit fils
des fabricants de western et des grands photographes paysagistes,
le cousin éloigné d'Abbas Kiarostami (celui du
Goût de la Cerise). "Je suis fasciné
par le cinéma comme moyen d'expression plus que comme
outil servant à raconter des histoires, divertir, documenter
ou militer. C'est un moyen incroyable pour créer et transmettre
des idées et des sensations" affirme l'héritier. |
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Force est de
constater que Reygadas brûle pellicule et bande-son par les
deux bouts : Japon est un film quasiment
monstrueux tant il est ambitieux et cacophonique. Des aspects réalistes
se mêlent à des scènes hypnotiques sur musique
classique (Bach, Pärt, Chostakovitch). L'attention portée
aux personnages disparaît parfois au profit de la pure virtuosité
plastique (sens du cadre, jeux de panoramiques, travail sur les
lumières et les couleurs). Le récit s'égare
en mille ramifications sans grande cohérence. Le spectateur
passe des émotions les plus intenses au malaise et à
l'ennui…
Au final, les qualités de Japon
finissent par l'emporter sur ses multiples défauts, notamment
grâce à l'indéfectible croyance du réalisateur
en la puissance de l'image. Un film virtuose, hybride, gonflé
!
Jean-Emmanuel
Denave
(janvier
2003)

http://www.quinzaine-realisateurs.com/fr/archives/fichereal.asp?RealID=9934
http://www.lemonde.fr/article/0,5987,3250--276320-VT,00.html
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