de Carlos Reygadas

Mexique/Espagne 2002. Durée: 122 mn
Mention Caméra d'or Cannes 2002

avec Alejandro Ferretis et Magdalena Flores

Sortie 15 janvier 2003

 

Des routes défilent : tunnel, autoroute, chemins défoncés… Un homme descend d'un véhicule sur un plateau pelé. Des coups de feu claquent, un oiseau est égorgé… Une simple partie de chasse. L'homme, la cinquantaine, continue à s'enfoncer dans le Mexique profond, vers un village perdu au milieu des montagnes. Pour y faire quoi, demande un quidam ? "Me tuer" répond-il, placide. Une fois arrivé, il est hébergé par une vieille femme, Ascen, avec qui, peu à peu, il reprendra goût à la vie…

Ce scénario en peau de chagrin laisse place rapidement à deux quêtes parallèle s: celle des désirs et sensations nouveaux d'un homme mûr, celle du cinéma lyrique d'un jeune réalisateur mexicain de 32 ans. Carlos Reygadas signe là son premier long métrage. Japon est un film prolixe, épais, brut ; une noce avec l'image et le son pour le meilleur et pour le pire. Le tout a été tourné avec des amateurs et une grande économie de dialogues.
Reygadas s'affirme d'emblée comme le fils spirituel de Tarkovski (symbolisme, onirisme, mysticisme), le petit fils des fabricants de western et des grands photographes paysagistes, le cousin éloigné d'Abbas Kiarostami (celui du Goût de la Cerise). "Je suis fasciné par le cinéma comme moyen d'expression plus que comme outil servant à raconter des histoires, divertir, documenter ou militer. C'est un moyen incroyable pour créer et transmettre des idées et des sensations" affirme l'héritier.

Force est de constater que Reygadas brûle pellicule et bande-son par les deux bouts : Japon est un film quasiment monstrueux tant il est ambitieux et cacophonique. Des aspects réalistes se mêlent à des scènes hypnotiques sur musique classique (Bach, Pärt, Chostakovitch). L'attention portée aux personnages disparaît parfois au profit de la pure virtuosité plastique (sens du cadre, jeux de panoramiques, travail sur les lumières et les couleurs). Le récit s'égare en mille ramifications sans grande cohérence. Le spectateur passe des émotions les plus intenses au malaise et à l'ennui…
Au final, les qualités de Japon finissent par l'emporter sur ses multiples défauts, notamment grâce à l'indéfectible croyance du réalisateur en la puissance de l'image. Un film virtuose, hybride, gonflé !

Jean-Emmanuel Denave
(janvier 2003)

http://www.quinzaine-realisateurs.com/fr/archives/fichereal.asp?RealID=9934

http://www.lemonde.fr/article/0,5987,3250--276320-VT,00.html