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Pérégrinations
d'une pierre qui roule...
Ce joli conte
qui ravira les enfants va volontairement à l'encontre de
l'adage populaire qui dit qu'une pierre qui roule n'amasse pas mousse...
Car la petite pierre de ce "road-movie" philosophique
va profondément s'enrichir, découvrant le monde, les
hommes, la nature et le sens des choses, tirant une sage leçon
de chacune de ses expériences.
Avant d'entreprendre, un peu malgré lui, ce long voyage,
le petit caillou sans importance se tient immobile entre deux énormes
rochers surplombant la Chine, Paah et Maah (qui jouent ainsi le
rôle de père et de mère), imperturbables : «
Personne ne savait qu'il existait un petit espace entre les
deux rochers géants et que, dans cet espace minuscule, il
y avait une petite pierre. » Cette dernière n'ose
bouger, croyant que sans elle les deux gros cailloux s'écrouleront
; un jour, pourtant, ce sont les éléments qui vont
se charger de la transporter ailleurs. D'abord l'eau, puis des animaux
(un poisson argenté, un canard, une perdrix...) mais aussi
les hommes, qui tour à tour la rejettent, ou s'en servent,
la traitent avec indifférence ou lui montrent combien elle
peut être utile ; par sa faute, un homme mourra ; grâce
à elle, une femme aura avancé dans son travail...
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Chaque
nouvelle aventure est une occasion d'apprendre et d'explorer,
de percer quelques secrets du vivant et de mettre à jour
les lois implacables qui régissent la vie humaine ou
animale, sur un ton qui demeure résolument poétique.
La petite pierre découvre aussi des sensations (le vide,
l'obscurité, la fraîcheur de l'eau, la peur etc.)
et des sentiments, lorsqu'elle s'attache un peu trop à
une famille qui vit misérablement dans une cabane —
lieu où, paradoxalement, elle va comprendre ce que sont
la beauté et l'amour, mais aussi la tristesse, tirant
alors une jolie leçon : « Oui, c'est la tristesse,
mais c'est aussi l'affection. Je me suis attachée à
eux. Sans doute n'y a-t-il pas d'attachement sans souffrance.
» Le dernier enseignement n'est pas explicitement
formulé, mais l'on comprend qu'au terme de son périple,
elle a grandi, a pris de l'assurance, a accepté d'être
séparée de Paah et Maah — une parabole qui
montre que l'on peut quitter le giron parental et partir au
loin sans nécessairement être obligé d'oublier
d'où l'on vient. |
Ce récit
d'apprentissage très parlant a le mérite d'être
accompagné de superbes esquisses, des estampes dont le classicisme
sied parfaitement au rythme paisible et régulier (en dépit
de multiples changements de lieux) du voyage de la petite pierre
: car même si elle apprend beaucoup, elle semble indestructible
(ou peut-être est-ce le matériau dont elle est faite
qui renforce cette impression ?) et posséder une sagesse
incomparable, presque scientifique, qui se fonde sur l'observation
empirique du monde environnant et sur des hypothèses formulées
avec acceptation, voire soumission : "ainsi soit-il" paraît-elle
nous dire après chacune de ses découvertes ; une philosophie
du constat et une façon de mettre sur le même plan
humanité, monde végétal et monde animal qui
n'est pas sans rappeler certains écrits de l'auteur japonais
Izumi Kyôka.
B.
Longre
(février 2004)

Chine,
du côté des livres
http://www.actes-sud.fr/junior
http://ecrits-vains.com/romanciers/teisson/teisson.html
http://reunir30.free.fr/jteisson.shtml
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