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Une nouvelle
(La fin du monde) et un " roman de poche " (La
Creuse) se rangent sous le titre commun aux deux récits
: Les fins fonds, dans lequel l'épithète
évoque à la fois la finesse (la perfection ?) et l'aboutissement,
le moment où plus rien ne peut s'accomplir ("fin du
monde"), et le substantif le point le plus bas, là où
le creux ("la Creuse", vraie ou fausse) est à son
extrémité.
Dans les
deux récits, une sorte de "France profonde", faite
de villages et de gens dont l'apparence ordinaire ne laisserait
pas deviner les secrets : des voyageurs réunis par les hasards
d'un arrêt inexpliqué du train et une aubergiste qui
se mue en patronne de discothèque, ou bien deux rustres un
peu bandits s'affrontant à des notables de province dans
une sombre histoire mi-amoureuse mi-immobilière, sur fond
de fête, de feu d'artifice, de nature aquatique et d'incendie.
Et dans les deux cas, la tension narrative se fixe autour de la
rencontre entre le mystère et le quotidien. Un fantastique
incertain dans La fin du monde (assistons-nous véritablement
à l'arrêt des commodités ordinaires qui font
fonctionner la civilisation ?), et un semblant d'intrigue policière
dans La Creuse, où chacun (agent immobilier, journaliste,
prêtre, ancien bourlingueur etc.) mène une sorte d'enquête.
Au tréfonds de chacun des récits, gît l'insondable
de l'âme humaine, qui fait qu'un beau jour on prend la décision
de rester dans un lieu inconnu ou de s'élever au-dessus du
bas monde...
Jacques Réda,
connu pour ses uvres poétiques (Amen, Récitatif,
La Tourne), son goût pour le jazz et le blues, a déjà
manifesté ses penchants pour la déambulation citadine
et la découverte des petites choses du quotidien (La liberté
des rues, Le citadin). Ici, il ne se départit
pas, dans le mode du récit, de son écriture poétique
et musicale (la musique, impliquée en tant que telle, d'une
manière ou d'une autre, dans les deux intrigues) : l'évocation
d'un groupe de maisons, d'un sous-bois, d'un groupe de personnages,
d'une suite de gestes humains, d'un ensemble d'objets, tout passe
par un choix précis des mots, par un rythme syntaxique élaboré,
par un sens pertinent de la formule qui donnent à cette double
uvre narrative la finesse et la densité de la poésie
en prose.
Jean-Pierre
Longre
(février 2002)
Jean-Pierre
Longre, maître de conférences en littérature
du XXème siècle à l'Université Jean
Moulin Lyon 3, est l'auteur d'une thèse sur Raymond
Queneau, de divers ouvrages ou articles sur des écrivains
contemporains et sur la comparaison des langages littéraire
et musical.
Il participe actuellement à l'édition des romans de
Queneau dans la " Pléiade ", et effectue des recherches sur
les littératures francophones (Roumanie, Belgique, Québec).

Les
éditions Verdier
http://www.editions-verdier.fr/
http://www.editions-verdier.fr/france/auteurs/reda.htm
site
dédié à l'auteur
http://membres.lycos.fr/jfduclos/index-reda.htm
poèmes
http://iquebec.ifrance.com/rcdubois/fascicules/fasc29-12-99.html
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